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Les grandes figures du féminisme arabe
Publié dans Leaders le 22 - 06 - 2018

Les éditions L'Harmattan ont publié dernièrement dans leur collection ‘Questions de genre', plusieurs ouvrages sur les mouvements féministes à travers le monde. Signalons en particulier : B. Florence (dir), Femmes, Sexe, Genre dans l'aire anglophone, L.Grandchamp (dir), Résistances et Emancipation des Femmes du Sud, ou encore D. Bréchemier (dir), De George Sand à Louise Michel. Celui de Leïla Tauil, Féminismes arabes : Un siècle de combat,Les cas du Maroc et de la Tunisie,qui vient juste de paraître, s'insère dans cette riche collection. Titulaire d'un doctorat en philosophie et lettres (orientation histoire des religions), Leïla Tauil est chargée de cours à l'Université de Genève (Unité d'arabe), et chercheure associée à l'Université libre de Bruxelles (CECID).C'est dire que l'auteure est une spécialiste de la question.
Bien que son livre rappelle le film documentaire de Feriel Ben Mahmoud, ‘La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe' (2014), il est un riche travail socio-anthropologique original dans la mesure où le lecteur y découvre la réponse à diverses questions portant sur l'histoire passée et présente des mouvements féministes arabes en général,telles que:
« Quelles sont les figures historiques et fondatrices des féminismes arabes, féminines et masculines, et quels sont leurs apports respectifs ? », « Quels rôles subversifs les mouvements féministes arabes, animés par des femmes au début du XXe siècle, ont-ils joué dans les espaces publics (social et politiques) dans des situations coloniales ? »,« Quel est l'impact de la réislamisation de l'offre des « droits des femmes » proposée par les actrices islamistes sur la question du genre », ou encore, « Comment est traité le fléau du harcèlement de rue dans le monde arabe ? » (p.13)
Intitulée‘Figures fondatrices du féminisme arabe du XIXe au début du XXe siècle', la première partie–le livre en compte trois, - est consacrée aux travaux des théologiens réformistes et penseurs de la ‘nahdha', et aux grandes figures féminines des premiers mouvements féministes arabes.Leïla Tauily mentionne en premierl'apport de Rifa'a al-Tahtawi, avec son livre, Le guide honnête pour l'éducation des filles et des garçons, publié en 1872, « un plaidoyer sans concession en faveur de l'éducation des filles et des femmes. » (p.19)Elle ne manque pas de citer également l'autre figure majeure égyptienne,Qasim Amin, dont le livre La Libération de la femme, publié en 1899, avait provoqué des contestations dans les milieux conservateurs,dans la mesure où il « s'appuie sur des versets coraniques et la Tradition prophétique pour démontrer le caractère non islamique de la réclusion et du voile intégral des femmes, tout en dénonçant les fondements patriarcaux du statut des femmes défini par la dite loi islamique, la charî'a, édictée par des juriste-théologiens médiévaux. » (note 42, p.23)
Comme on peut s'y attendre, Leïla Tauil cite longuement l'apport de Tahar Haddad. Ce dernier, on le sait, a été profondément inspiré par l'œuvre de Qasim Amin.Pour lui, également, « la législation chariatique relative au statut des femmes (autorité maritale, héritage, etc.) fait partie des lois changeantes et doit être revisitée à la lumière d'une égalité des sexes qui n'est, selon lui, pas contraire à l'esprit coranique et à l'exemplarité du prophète » (pp.26-27)
Effectivement, dans son ouvrage, "Notre femme, la législation islamique et la société" (1930? réédition MTE, Tunis,1978), Tahar Haddad prône clairement l'égalité successorale :
« C'est ainsi que la loi musulmane avait dicté [que la femme] doit être à la charge de l'homme ainsi que d'autres prescriptions basées sur ce principe et sur lesquelles s'appuient certains juristes pour expliquer cette différence dans le partage, notamment du fait qu'elle doit être à la charge de l'homme. Mais rien ne nous amène à croire en l'immuabilité éternelle de ce principe, d'autant que la loi musulmane avait souvent outrepassé cette difficulté en considération, sans doute, de l'évolution des Temps » (p.48).
Quant aux fondatrices du féminisme, Leïla Tauil insiste sur quatre figures emblématiques : la première est celle de l'Egyptienne Huda Shaaraoui, « véritable pionnière du mouvement féministe transnationale arabe, en énumérant ses différents engagements hautement subversifs dans le combat pour l'émancipation des femmes dans le monde arabe »(pp.13-14), jusqu'à sa mort, survenue en 1947.La seconde figure est celle de la Libanaise Nazira Zayn al-din (1908-1976), auteure, à l'âge de vingt ans, d'un « ouvrage audacieux » (p.36), al-Sufûrwa-l-hijâb(Pour ou contre le voile). Elle y développe « un argumentaire religieux pour affirmer que chaque femme musulmane devait jouir de la liberté de porter ou d'ôter librement le voileet, dans sa conclusion, elle se positionne contre le port du hijâb qu'elle considère « comme un obstacle à des rapports sociaux » qui devraient être fondés sur « la transparence ». » (pp.36-37).
Concernant la Tunisie, Leila Tauil a choisi de « s'attarder sur la figure de Bchira Ben Mrad,(m.1993) car elle a réussi en tant que pionnière à créer, dès 1936, le premier mouvement féminin à l'échelle nationale à partir de l'Union musulmane des femmes tunisiennes, qui promeut l'éducation, la participation des femmes dans la société et la libération du pays. » (p.39). Née en 1913, d'un père théologien, enseignant à l'université de la Zitouna, et virulent adversaire de Tahar Haddad, elle participe, néanmoins, en 1938, à la création de la revue Jeune Tunisie (Tounes al fatat), où, « fait remarquable, elle publie ses articles sans user de pseudonyme et défend clairement l'éducation de la gent féminine. » (p.41)
Enfin, la quatrième fondatrice du féminisme arabe est la marocaine Malika El Fassi (1919-2007). Comme Bchira Ben Mrad, elle est issue d'un père théologien enseignant à l'université islamique al-Qarawiyyîn de Fès. A l'âge de 15 ans, elle dénonce dans un article publié dans la revue al-Maghrib, la mise à l'écart des femmes dans la société marocaine et leur non-accès à l'université. En 1946 elle fonde l'association ‘Les sœurs de la pureté' au sein du parti Istiqlal avant d'interpeller publiquement les ‘ulamas', appelés à définir le statut des femmes marocaines musulmanes.
Il faut souligner que les lignes de force de la nouvelle émancipation des femmes, la substantifique moelle de ce travail socio-anthropologique, se trouve plutôt dans la seconde partie du livre de Leïla Tauil. Elle est en effet, exclusivement consacrée à l'évolution du mouvement féministe des après-indépendances au Maroc et en Tunisie, deux pays, qui, pour l'auteure, se ressemblent et se rejoignent :
« Le choix de ces deux pays (Le Maroc et de la Tunisie) se justifie par le fait qu'ils ont respectivement une longue tradition féministe qui se traduit sur le terrain par un puissant réseau associatif féministe, qui depuis des décennies, réclame l'instauration d'une véritable égalité des sexes dans les espaces privé et public ». (note 14, p.14)
Parlant d'abord du féminisme historique marocain et du rôle éminent joué par le mouvement social issu de la gauche politique, Leïla Tauil cite l'engagement exemplairede Latifa Jbabdi, « figure phare du féminisme marocain ». Fortement politisée dans le milieu scolaire, Latifa Jbabdi fut incarcérée en 1977 pour « atteinte à la sûreté de l'Etat ». Les affres de la prison renforcèrent ses convictions. Elle crée, quelques temps après sa libération,le journal Le 8 mars, bientôt transformé en mouvement du 8 mars. En 1987,ce mouvement féministe devint l'Union de l'action féminine (UAF). Latifa Jbabdifut à l'origine de la pétition « Un million de signatures » lancée en 1992 pour réclamer la réforme du Code du statut personnel, avant de parler des réformes de la ‘moudawana' qui ont suscité de vives tensions en 2000 entre féministes et islamistes. Précisons que ces tensions ont été à l'origine des réformes de 2004 et du fameux « féminisme islamique d'Etat », un habile compromis élaboré par les autorités marocaines.
Concernant la Tunisie au lendemain de l'indépendance, l'auteure attribue la naissance du mouvement féministe aux mesures prises par le Président Bourguiba commele Code du statut personnel, promulgué le 13 août 1956, les droits politiques accordés aux femmes en 1957, la généralisation de l'enseignement pour les filles et les garçons en 1958, la politique de planning familial en 1960 ou encore le droit à l'avortement généralisé en 1973. Mais à partir de cette date, face à la montée de l'islamisme,le gouvernement tunisien commença à adopter des positions régressives à l'égard de la politique d'émancipation des femmes.L'arrivée de Ben Ali au pouvoir changea quelque peu la donne. Il renforça le féminisme d'Etat, notamment, « en plaçant le Code du statut personnel en position de « supra-légalité » (p.82).
Enfin la troisième et dernière partie est consacrée au rôle des associations féministes séculières lors du Printemps arabe et la récente émergence du féminisme islamique au Maroc. Dans l'ensemble, ces mouvements « se caractérisent par la mixité et ne se réclament pas toujours explicitement du féminisme. Les militantes de ces nouvelles associations défendent toutefois les acquis du Code du statut personnel tout en intégrant les droits des femmes dans un ensemble de revendications démocratiques ( Etat de droit, libertés individuelles, justice sociale, etc. »)(p. 99). Ces diverses associations sont parvenues enfin à faire inscrire l'égalité des sexes dans les nouvelles Constitutions, grâce entre autres,à deux militantes cyber-activistes,respectivement Fedwa Misk, au Maroc en 2011,et Henda Hendoud,enTunisie en 2014.
Féminismes arabes : Un siècle de combat, Les cas du Maroc et de la Tunisie,est une source précieuse d'informations, riche d'enseignements pour tout un chacun, agréable à lire,qui se révèle, en fait, être une double affirmation: l'affirmation non seulement d'une maîtrise, d'un savoir-faire indéniable, mais aussi d'un apport réellement nouveau. En effet, cet ouvrage est une analyse sans concession qui répond fort bien à l'évolution des mentalités, donc au Progrès. Les idées de libération de la femme sont désormais en marche et le stéréotype de la "femme arabe soumise" bel et bien révolu, mais la lutte continue. Même, en Tunisie, à l'heure où l'on reparle de la loi de succession et que la commission des libertés individuelles et de l'égalité appelle les Tunisiens « à contribuer à l'approfondissement du dialogue au niveau national d'une manière calme, responsable et efficace», (www.leaders.tn du 08/06/2018 ), il est encore tôt de crier victoire car, faut-il le souligner, le mouvement féministe est un concept très large, qui englobe non seulement l'égalité sociale et juridique entre les femmes et les hommes, mais également l'égalité personnelle, politique, économique et culturelle dans la société civile comme dans la vie privée. Dans le monde arabe, malheureusement, "l'aube aux doigts de rose" dont parle Homère se fait toujours attendre.
Leïla Tauil, Féminismes arabes : Un siècle de combat. Les cas du Maroc et de la Tunisie.
L'Harmattan, Paris, 2018, 182 pages, 19,50 €.


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