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Elections présidentielles en Tunisie: le vote des cafés
Publié dans Leaders le 12 - 09 - 2019

Par Sofiane Zribi. Il est minuit passé. Le café de Am Kaddour, blotti dans la médina ne désempli pas. Venus tôt pour regarder ensembles la retransmission du débat télévisé pour élections présidentielles, les habitués comme les badauds sont encore là à discuter et analyser. A la manière des Tunisiens! Voix haute, blagues, caricatures, moqueries mais aussi avec un humour dont seuls les habitants des faubourgs ont le secret.
Le café a des airs des jours d'un grand match de football. Toutes les tables sont occupées, mais les clients ont éprouvé le besoin de s'assembler en grands cercles de débats. Chacun y va de sa répartie. Personne n'est indifférent. Les serveurs eux-mêmes, pourtant soumis à rudes épreuves pour répondre de suite à toutes les demandes, ne peuvent s'empêcher de s'immiscer dans le débat et de jeter leurs commentaires à la masse sans attendre la réponse.
Salah, réparateur de mobylettes, est le plus bruyant: «Abir Moussi, c'est vrai que c'est une femme, mais elle vaut mille hommes!» crie-t-il. «Mais non, mais non, rétorque son ami Brahim, épicier de son état. Il faut voter Youssef Chahed, il a mis les bandits en prison et connait son affaire!».
Brouhaha général «Chahed, mais tu es fou, les choses vont de mal en pis et puis il est entre les bras d'Ennahdha!» s'égosillent une bonne dizaine. «Pas du tout», s'évertuent à réfuter ses fans. Il aura fallu quelques minutes pour que les discussions deviennent audibles. «Ecoutez, vous voulez la stabilité, la tranquillité et la propreté? Votez Abdelkrim Zbidi», prescrit Fethi, médecin généraliste du quartier, qui, pour une fois a vu son cabinet se vider tôt ce soir. Le Docteur Fethi est respecté et aimé, il impose un instant de silence rapidement rompu par le jeune Yassine. «Moi je vais voter aussi pour un docteur, et ça sera Lotfi Mraihi!», lance-t-il. «Mais tu es fou » lui répond son père venu avec lui? «D'où il vient celui-là?, ajoute-t-il, ma fille, qui est une grande économiste me dit que Mraihi sera une catastrophe pour le pays, il veut arrêter les importations et tout faire fabriquer en Tunisie, comme si l'on était capable! Son programme est Stalinien et il nous ramènera que de la pauvreté!»
C'est alors que le vieil Am Chedly, qui tirait en silence sur sa chicha se décide à parler. «Vous voulez de la justice sociale et voir les pauvres s'en sortir, proclame-t-il, votez Hamma Hammami ou Mongi Rahoui!» Stupeur générale ! «Am Chedly qui ne rate aucune prière à la mosquée, propose maintenant de voter communiste» s'tonne la plèbe du café. Abdesselam, son neveu, revient vers lui : «Tu veux dire Cheikh Mourou, ou Seifeddine Makhlouf ou Hatem Boulabiar, ce sont ceux-là les candidats qui se réclament de l'islam?» «Non,Non» répond Am Chedly, «Je sais ce que j'ai dit, A la rigueur votez Kais Said !».
L'atmosphère se détend. Malgré son caractère réservé et sa voix rugueuse, Kais Said remporte un silence respectueux rapidement coupé par le jeune Yassine. «Mais vous êtes fou, vous ne votez pour élire une Miss Tunisie, s'époumone-t-il. Vous vous prononcez à partir de votre jugement subjectif, vous vous décidez après avoir vu tel ou tel candidat cinq minutes à la télévision, répondre à une question abstraite d'une manière encore plus abstraite. Arrêtez brabbi, pensez un instant que c'est l'avenir de la Tunisie qui est entre vos mains!» Son père, si Mustapha, banquier de son état acquiesce, se montrant même fier de son fils. «Oui, il a raison!» dit-il, «On ne réfléchit pas assez, on est emporté par nos passions, regardez le jeune Elyes Fakhfakh, il me parait bien. Regardez Mohamed Abou, il est cohérent bien qu'il a une femme difficile que Dieu lui vienne en aide. Regardez Said Aïdi, il est timide mais il a de la jugeote et puis vous oubliez Mehdi Jomaa, il a été un bon premier ministre et c'est un technocrate efficace. Et n'oubliez pas madame Selma Elloumi, c'est une femme discrète mais très entreprenante!»
«Ah, YaHarsa lui répond Am Chedly, du temps de Bourguiba ou Ben Ali on votait sans sortir de la maison et maintenant vous avez une pléthore de candidats, trop c'est trop, mais dites-moi, si Nabil Karoui devient président, on fait quoi?» «On transfère Carthage à la Mornaguia! on sera le premier pays au monde gouverné par un homme en prison!» Rire général et brouhaha.
«Il parait qu'à la prison on ne mange plus que de la Makarouna!» rétorque Abdesselam. «Mais vous êtes sérieux ? Comment l'ISIE a-t-elle permis cela, un candidat en prison, un autre qui nous envoie des messages depuis sa villa à Cannes, mais c'est qui ces candidats, Souk et Dallel». Le Docteur Fethi reprend la parole: «Je vous ai dit il faut voter Zbidi!» «Non moi c'est Chahed!» Moi, c'est décidé c'est Abir, j'en suis même amoureux!»
Dans d'autres cercles de cafés, même ambiance, même vie, mêmes discussions. Il parait que la flamme du débat s'est emparée du pays tout entier. Dans les administrations, dans les salles d'attente, dans les bus, femmes et hommes discutent, et même les jeunes connus pour être réticents se sont joint à la masse. Des psychiatres ont signalé que des gens consultent pour des crises d'angoisse car ils ne savent plus pour qui voter au point de perdre le sommeil!
La Tunisie entière est en effervescence, dans le doute et dans l'angoisse mais avec une certitude aujourd'hui : Malgré la crise économique, malgré les coups que lui a portés le terrorisme et dont elle arrive aujourd'hui à s'en défaire, malgré son environnement géopolitique chargé de nuages, la Tunisie est bel et bien un état démocratique. Les Tunisiens le savent et ils en sont fiers d'être les pionniers de cette chose inconnue dans le monde arabe: La liberté.
Une autre inconnue les taraude: le résultat des urnes, mais ils en auront le cœur net d'ici quelques jours.


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