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Rafik Darragi: Les passions destructrices de l'homme
Publié dans Leaders le 22 - 07 - 2020

Par Rafik Darragi - «J'ai soudain le sentiment d'être né dans cette ville», disait Amin Maâlouf dans son livre, Origines, p.298, (Grasset, 2004) parlant de son «pèlerinage» à La Havane où il est allé se recueillir sur la tombe de son grand-oncle Gebrayel.
Qui n'a jamais ressenti lors d'une flânerie dans une ville au nom mythique cet étrange sentiment d'appartenance ? Nous l'avons connu nous-mêmes, à l'occasion d'un séjour à Cordoue. Pourtant, contrairement à Amin Maâlouf, nous ne sommes pas venus là pour prier sur les mânes d'un ancêtre. Non, nous n'avons aucun mausolée d'aïeux dans cette ville, aucun patrimoine à revisiter. Néanmoins, le sentiment de recueillement que nous avions alors ressenti en arrivant dans cette emblématique cité de la gloire omeyyade en Espagne, ne devait pas être différent de celui du romancier libanais. Parce que nous étions venus de si loin pour rêver du Grand Passé, sur les pas du héros duFaucon d'Espagne, notre ferveur était immense et certainement non moins émouvante que celle du pèlerin qui, à bout de force, pose enfin son front sur le sol béni.
Pour celui qui a parcouru l'Andalousie sur les traces du prince omeyyade, Abd al-Rahman 1er, dit le Conquérant, fondateur en l'an 756 de la puissante dynastie des Omeyyades en Andalousie, pour celui qui a médité à Ecija, à Carmona ou encore sur les ruines d'El Zahira, ce pèlerinage laisse un arrière-goût d'amertume et de tristesse. Certes, il existe un sentiment qui sommeille au plus profond de nous-mêmes, fait d'effroi et de mystère qui, devant les ruines chargées d'histoire, comme celle d'El Zahira près de Cordoue, surgit pour nous rappeler notre condition humaine, l'inévitable chemin de toute chair, cette perte de l'épanouissement humain. Mais en Andalousie, à Cordoue, plus qu'en tout autre endroit, il est rare qu'un Arabe musulman ne se soit jamais senti à la croisée de ce sentiment ineffable, ce désir mystérieux jailli du plus profond de son être et la force évocatrice du spectacle grandiose qui s'offre à son regard : sollicitation ô combien objective, celle de deux forces, aussi fortes l'une que l'autre qui, en un instant, s'emparent de l'esprit, l'étreignent et le subjuguent.
C'est que Cordoue, comme Séville ou Grenade, ne symbolise pas uniquement la grandeur passée des Andalous. Celle qui fut longtemps le cœur de la civilisation arabe en Andalousie, représente également, à notre sens, les passions destructrices de l'homme et sa propension à semer la ruine et la désolation. Car Cordoue n'est pas célèbre seulement à cause d'Averroès dont les statues ornent quelques places, certes, mais plutôt à cause de sa Grande Mosquée. Abd al-Rahman 1er, qui l'avait construite, avait tenu à ce qu'elle fût la réplique exacte de la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, sa ville natale.
Or que peut voir aujourd'hui le visiteur à Cordoue? Une mosquée profanée, défigurée à l'extrême, avec force croix, effigies et autres reliques, transformée en musée, avec, comble du mauvais goût, une immense chapelle érigée en plein milieu de la majestueuse salle de prière.
A Séville, même spectacle affligeant. A Grenade,comme pour rappeler, si besoin est, que la victoire est à l'Inquisition, à l'Alhambra il n'y pas seulement les jardins et les splendides palais arabes, ces joyaux artistiques incomparables qui attirent des milliers de touristes chaque jour. Un immense édifice de style vaguement baroque, érigé à la gloire de Charles Quint, assombrit les lieux et dissimule l'entrée du palais des Nasrides.
Récemment, le 10 juillet 2020, un décret du Conseil d'Etat turc a décidé la réouverture de Ayasofya, l'ancienne grande basilique chrétienne Hagia Sophia, au culte musulman comme mosquée. Edifiée sur un ancien temple d'Apollon, et surnommée depuis le règne de l'empereur Constantin II(r.337-340) la Grande Eglise de Byzance, Hagia Sophia, dédiée au Christ, « sagesse de Dieu », était considérée comme la plus grande cathédrale du monde chrétien de l'époque.Elle fut convertie en mosquée par Mehmet II au XVe siècle.Mais en 1934 elle fut transformée en musée.C'est aujourd'hui l'un des musées les plus fréquentés en Turquie.Et comme on le devine, les réactions contre ce décret du Conseil d'Etat turcà travers le monde ne tardèrent pas.
Pourquoi donc tous ces sacrilèges, et ces profanations ? Certes, en matière de jugement sur ces questions, les appréciations à visée réaliste relèvent de l'utopie : l'approbation ou la condamnation étant bien souvent liée aux intérêts de celui qui s'érige en juge. Triste habitude qu'a l'homme de vouloir accumuler et montrer les preuves matérielles de ses succès, de ses victoires, de ses vengeances !
Alors, un moment, l'esthète en vous se réveille ; en Espagne, comme à en Turquie, émerveillé par tous ces lieux chargés d'histoire, l'esthète ancré dans l'instant a beau faire ; son esprit s'égare ; les passions destructrices du vainqueur continuent à se profiler devant son regard et l'immense nostalgie de l'envahir.


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