Face à une délégation du Congrès, Khaled Shili salue la feuille de route militaire tuniso-américaine    Bilan énergétique à fin juin 2025 : une production en baisse, mais une demande en hausse    Taxis individuels: une nouvelle grève annoncée    Sejnane : le blocage foncier du projet de village artisanal bientôt levé    Le typhon Kajiki tue cinq personnes en Thaïlande    ATL Leasing : bénéfice net en hausse de plus de 10% au premier semestre 2025    Enseignement supérieur Le système LMD au cœur de nouvelles réformes    Kais Saied : La nationalité et le dévouement, critères essentiels pour les recrutements    Elections du barreau : une profession qui a perdu sa voix    Affaire des chatons brûlés : la suspecte toujours en garde à vue    Mohamed Abbou : il faut arrêter les contre-vérités sur le recrutement des diplômés chômeurs    Tunisair : mouvement de protestation des agents contractuels de Tunisair Handling    Tunisie : l'appel d'offres pour la plateforme e-Visa déclaré infructueux    Du 31 août au 6 septembre : Kairouan vibrera au rythme du Festival du Mouled Al-Nabawi el Cherif    Ministre de l'Education : la situation de près de 24 000 enseignants a été régularisée au cours des dernières années    À partir d'aujourd'hui , la viande d'agneau importée et réfrigérée commercialisée à 38 dinars le kg    Météo en Tunisie : cellules orageuses accompagnées de pluies sur plusieurs régions    Journée du Savoir : le Président honore l'excellence et la mémoire des élèves disparus    Soldes d'été : légère baisse de la fréquentation    Volley-ball : la Tunisie s'incline face à la Colombie au Mondial U21    Finie la séance unique, retour à l'horaire d'hiver dès le 1er septembre    Les larmes de Kaïs Saïed    Athlétisme : La Tunisienne Marwa Bouzayani décroche la troisième place à la Ligue de diamant de Zurich    Fin de l'exemption fiscale aux Etats-Unis : les colis en ligne plus chers ?    EST-ASS (2-0) : La note aurait pu être plus salée !    Kamel Néji quittera la présidence du conseil d'administration de l'UIB à la fin de l'année    Le président de la République préside la cérémonie de la Journée du savoir    Tunisie – Etats-Unis : Rencontre entre Mohamed Ali Nafti et une délégation du Congrès américain    Le SNJT condamne l'interview de Rim Bougamra avec un ministre israélien    Phase expérimentale du timbre numérique à l'aéroport de Tunis-Carthage    Trump réduit le séjour des étudiants et journalistes étrangers aux Etats-Unis    L'Ambassade de Tunisie à Bagdad dément l'annulation du visa ordinaire pour les Irakiens    Changement à la tête du gouvernement en Algérie    Le lion de Chemtou retrouvé au Vatican ? Que sait-on de ce trésor tunisien ?    Météo en Tunisie : cellules orageuses accompagnées de chutes de pluies    Match CAB CA  : la FTF annonce une tolérance zéro face aux agressions    Japon : Eruption volcanique sur le mont Shinmoe à Kyushu    Oscars 2026 : Kaouther Ben Hania représentera la Tunisie avec « La Voix de Hind Rajab »    Tunis : Refus de libération pour un homme d'affaires impliqué dans un scandale financier de 240 millions de dinars    Jet de projectile contre un arbitre : le match CA-CAB suspendu    Brad Pitt et Joaquin Phoenix soutiennent le film de Kaouther Ben Hnia sur Hind Rajab        Gaza : la Tunisie réaffirme son soutien aux droits du peuple palestinien    Djerba abrite le Festival des Littératures du Sud "Kotouf Sud Festival" en octobre    JCC 2025 : ouverture des inscriptions pour la section Carthage Pro et les ateliers Chabaka et Takmil    Tabarka : le Festival Musique du Monde signe son grand retour après 21 ans    Zaineb Naoui offre 3 médailles d'or et 3 médailles d'argent à la Tunisie aux Championnats d'Afrique d'haltérophilie 2025    Eya Hosni et Yasmine Radhouani offrent une pluie de médailles d'or à la Tunisie aux Championnats d'Afrique d'Haltérophilie    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Tunisie: Face à l'impuissance du sommet, la base n'est jamais démunie
Publié dans Leaders le 18 - 08 - 2021

Par Riadh Zghal - A force d'assister aux querelles politiciennes, aux manigances de factions avides de pouvoir, à la valse des gouvernements, puis à la violence verbale et physique dans l'enceinte de l'ARP — une institution censée légiférer pour répondre aux besoins des électeurs—, à force de dégradation continue des conditions économiques, sociales, politiques, sécuritaires et surtout sanitaires, en ce moment où plus de 100 Tunisiens meurent quotidiennement, on en vient à oublier les cris de détresse et les martyrs du soulèvement de décembre-janvier 2010-2011 et ceux du terrorisme qui s'en est suivi.
On en est venu à oublier que la révolte était une révolte de jeunes arrivés à l'âge de l'accès à la vie active mais abandonnés sur le carreau par un système économique désormais incapable de générer les emplois et les investissements nécessaires au développement. On en est venu à oublier que ces jeunes qui ne demandaient ni réforme de la constitution ni celle des institutions, mais des emplois qui leur permettraient une vie digne et libre, sont restés hors des sphères du pouvoir sauf exception. Pourtant, l'avenir à bâtir est le leur, mais ils n'étaient pas prêts à prendre les rênes pour le bâtir. Se révolter sans projets, sans perspectives ouvre des boulevards aux opportunistes, aux avides d'argent et de pouvoir pour occuper la place et ruser pour écarter tous ceux qui tentent de barrer la route à leurs ambitions insatiables et à faire prévaloir l'intérêt général.
Pourtant en dix ans, combien d'avancées auraient pu être réalisées si les moyens disponibles avaient servi à créer de la richesse au lieu d'être dilapidés par des choix nocifs au plan institutionnel et de la gouvernance, des hésitations qui ont vidé de leur substance des lois tantôt non appliquées, tantôt établies de sorte que toute force motrice de changement soit bloquée ? Il en est ainsi de la décentralisation, de l'économie sociale et solidaire, de la digitalisation de l'administration, de l'écosystème d'investissement, de l'éducation, de la santé…
Pourtant, les leviers de développement économique et de création d'emploi ne manquent pas dans notre pays. Certains étaient déjà à l'œuvre avant 2011 et auraient pu être poursuivis et améliorés. On aurait pu s'employer à la mise à niveau des divers secteurs d'activités économiques, plus particulièrement ceux de l'agriculture et des services, grâce à un apport de technologies et d'innovations, la stimulation de l'essaimage et des alliances d'entreprises, l'accélération du processus de création d'entreprises dont les startup, le nettoyage du cadre législatif et l'élagage de toutes les dispositions désuètes d'un autre temps, la réforme du système éducatif de la maternelle à l'université, de manière à préparer les nouvelles générations à disposer des capacités nécessaires à la nouvelle économie façonnée par le savoir et les mutations technologiques, la mise en place des bases d'une gouvernance décentralisée des régions, la valorisation des ressources matérielles et immatérielles locales...Mais cela nécessitait une stratégie bien pensée, bien négociée avec les partenaires sociaux divers et pas seulement historiques. Les brouillages des luttes politiciennes ont empêché et empêchent encore la mobilisation de tous autour d'un projet commun. Alors, il faut maintenant se rendre à l'évidence: la poursuite du processus de démocratisation est en danger. Vouloir instituer la démocratie en misant exclusivement sur un changement de régime politique qui a fini par conduire à une faillite économique s'est avéré un échec cuisant. Aujourd'hui, certains appellent à une seconde révolution mais cela ne servirait-il pas in fine à revenir à la case départ, sans projet, sans programme, sans stratégie et sans leadership ?
En revanche, la solution pourrait résider dans l'action dans un domaine politique et démocratique autre que celui du sommet. Ce serait celui du local et du régional où il s'agira de mobiliser les énergies des divers acteurs, de faire de la coopération une règle de gouvernance, de réunir les capacités collectives disponibles pour identifier les besoins et les priorités économiques et sociales, les soumettre au gouvernement tout en œuvrant à les satisfaire en exploitant les moyens disponibles de manière créative. Cela revient à faire de la démocratie délibérative de proximité un levier de changement au profit du plus grand nombre. Cela est moins utopique qu'il ne paraît aux yeux de ceux qui craignent l'exercice d'une telle démocratie. Des expériences réussies existent déjà. Elles ont été menées par des organisations de la société civile, certaines ont réussi à réaliser des projets et à améliorer le quotidien de certains groupes sociaux, d'autres telles ces 40 associations qui ont dressé un bilan des besoins du gouvernorat de Sfax et l'ont soumis au gouvernement*. Mais cela reste partiel, limité et dispersé. Néanmoins, l'expérience reste instructive et ouvre la voie à des possibles envisageables.
Si le sommet n'arrive pas à produire les changements de rupture espérés et s'enlise dans ses contradictions, rien n'empêche de réaliser des changements incrémentaux à partir de la base. Agir à la base est aussi l'occasion d'un exercice de civisme et de comportement nourri par les valeurs démocratiques. La multiplication des changements locaux et régionaux, grâce à la résolution et la persévérance des acteurs sociaux, pourra générer une nouvelle dynamique susceptible de secouer la léthargie au sommet et l'ensemble du système. Pour aboutir, les changements partant de la base nécessitent la coopération d'acteurs de divers horizons sociaux, l'exploitation de l'intelligence collective pour imaginer des méthodes de travail et des moyens innovants plutôt que de se soumettre à des idéologies brumeuses et des vœux pieux.
Il n'est pas interdit d'imaginer le jour où des acteurs de la société civile, réunissant des jeunes sans emploi, des cadres administratifs spécialisés, des entrepreneurs tous secteurs confondus, des universitaires et autres citoyens soucieux de l'intérêt général d'une délégation, d'une région, d'une localité, se mettent ensemble pour se donner une vision et des objectifs à atteindre, mobilisent les ressources matérielles et immatérielles disponibles, élèvent leur voix à l'unisson, s'écrient «oui on peut!», au lieu du «le peuple veut» qui n'engage personne, agissent alors et déclenchent une dynamique aux effets multiplicateurs.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.