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Mohamed Salah Ben Ammar - Immigration: On ne voit bien qu'avec le cœur !
Publié dans Leaders le 12 - 07 - 2022

"N'oubliez pas l'hospitalité. Elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges". Hébreux 13:2
Depuis quelque temps, et dans une indifférence honteuse, chaque matin nous apporte son lot de migrants morts.
• Après avoir erré neuf jours en Méditerranée, vingt-deux personnes dont trois enfants sont mortes de noyade ou de déshydratation !
• Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, dénonce "une attaque contre l'intégrité territoriale" de l'Espagne, après la mort de plusieurs dizaines de migrants d'origine africaine lors d'une tentative d'entrée vendredi matin de près de 2 000 d'entre eux dans l'enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc. Tout un symbole. Les images de ce massacre sont d'une cruauté rarement atteinte.
• Au Texas 46 corps de migrants ont été découverts dans un camion, ils étaient recouverts d'épices pour steak, il y a deux ans c'était en Angleterre qu'on découvrait 39 corps de migrants congelés dans un camion.
• Fin juin à la frontière Tchado-libyenne, 20 personnes sont mortes de soif, leur véhicule était tombé en panne en plein désert…
Un décompte macabre qui n'en finit plus.
En ces temps de vagues successives de pandémie où le commerce mondial des biens et marchandises a réussi à survivre et même à prospérer, il en a été autrement pour la circulation des humains.
C'est à ne plus rien y comprendre ! Bruno Le Maire ministre de l'économie en France, nous a expliqué cette semaine que la pénurie de main-d'œuvre est la deuxième urgence après le pouvoir d'achat en France, d'autre part, comme pour souffler le chaud et le froid son collègue du gouvernement Gérald Darmanin ministre de l'intérieur, bombe le torse et multiplie les menaces contre les migrants. Après avoir puni les pays du Maghreb en réduisant drastiquement la délivrance de visas pour la France aux ressortissants des trois pays, voilà qu'il menace de prendre des décisions unilatérales qui rendraient possible l'expulsion de « tout étranger » qui « a commis des actes graves » en levant notamment la condition de l'âge d'arrivée en France ! Dans un mépris total du droit international, il propose de dénoncer les accords signés entre deux pays souverains. Tout petit déjà ce ministre confondait immigration et insécurité.
Ils sont indissociables dans ses propos, il ne prononce jamais l'un sans l'autre. Il arbore fièrement un bilan de 2700 expulsions d'immigrés clandestins en un an…pour un pays de près de 70 millions d'habitants. Remarquable bilan. Peu importe ce discours plait. Il amène de l'eau au moulin de l'extrême droite.
Marine Le Pen a été deux fois de suite au second tour des élections présidentielles, en partie grâce à des brebis égarées venues de la gauche comme de la droite, Manuel Valls et Darmanin en tête, reprennent en chœur ces thématiques. Le Pen s'est dite prête à voter les lois anti-immigrations qui iraient dans le sens qu'elle souhaite même (surtout) si elles sont proposées par le ministre en question. L'avenir s'annonce brun. Ce vent mauvais souffle au nord comme au sud.
Au moment où la famine menace 450 millions de personnes dont une grande partie vit en Afrique, le fossé continue à se creuser entre le nord et le sud dans tous les domaines.
Jamais dans l'histoire de l'humanité les disparités n'ont été aussi grandes. Et Même si on observe l'apparition de poches de pauvreté un peu partout, les pays du nord malgré les crises n'ont jamais été aussi riches, le niveau de vie en termes de sécurité alimentaire, de logement, d'accès aux distractions, de voyages touristiques, d'habillement, d'achats appareils électroménagers ou d'automobiles…les moyens actuels des citoyens des pays dits développés sont incomparablement plus élevés que ceux d'il y a 50 ans. Ces sociétés ont fait des loisirs une nécessité, la moindre petite privation d'un confort non indispensable devient une injustice intolérable. A l'ère de la communication tous azimuts cette surabondance de moyens contraste avec la misère, le désespoir de millions de personnes, elle est d'autant plus choquante que tous voient en temps réel sur les écrans de leur téléphone l'énorme différence qui existe de l'autre côté, parfois c'est une simple barrière qui les sépare, comme c'est le cas à Mellila ou à Tjuana ou à El Paso.
Nos sociétés, parfois qualifiées de postmodernes qui, à la moindre occasion déclarent haut et fort leur attachement aux Droits de l'Homme et à la démocratie libérale et qui font semblant, quand cela les arrange, de réprimander les régimes qui ne les respectent, se recroquevillent de plus en plus sur elles-mêmes et refusent d'admettre clairement que l'immigration est une nécessité pour elles.
Le discours est à l'opposé de la réalité. Le cri de désespoir d'un ancien premier ministre français, par ailleurs fort respectable, raisonne encore dans nos oreilles : « « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde... » Certes mais ce n'est que la moitié de la vérité, la France ne serait pas ce qu'elle est sans cette main d'œuvre étrangère.
Tout en dénonçant « l'invasion » ces pays ne se privent pas d'aller puiser, insidieusement, dans les ressources humaines du sud. Des ouvriers agricoles saisonniers aux chercheurs de haut niveau, tous y passent et c'est normal, il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi, les humains se déplacent depuis la nuit des temps. C'est le double discours qui est insupportable. En donnant l'impression qu'elles sont plus sensibles au sort d'un baleineau coincé dans un estuaire qu'à celui des naufragés, ces sociétés à la surabondance affichée se décrédibilisent aux yeux des autres nations. Leur discours sur les valeurs universelles et les droits humains, les démocraties libérales deviennent inaudibles, pire il alimente la haine et nourri leur alter ego sur l'autre rive, les idées d'extrême droite n'ont pas de frontière, elles ne sont pas l'apanage exclusif des riches.
Les traditionnelles digues érigées après la seconde guerre mondiale contre des idéologies destructrices se fissurent sous les coups de boutoir de la révolution conservatrice mondiale. Qui aurait imaginé un retour sur la scène politique de l'extrême droite en Allemagne, du parti fasciste en Italie, des victoires électorales de l'extrême droite en Autriche, aux Pays-Bas, au Danemark, un Donald Trump au pouvoir aux USA, une Marine Le Pen avec 89 députés à l'Assemblée Nationale en France, un Viktor Orban faire un quatrième mandat, un Narendra Modi en Inde, un Vladimir Poutine en Russie, un Tayyib Erdogan en Turquie, "Bong Bong Marcos" (BBM) fils de l'ex-dictateur Ferdinand Marcos aux Philippines… ? Du Nord au Sud l'idéologie portée par les nouvelles droites nationalistes, populistes gagne du terrain à travers le monde. Elles ont toutes un même fonds de commerce principal, l'Autre. Elles font plus de malheurs au sud, plus de morts, plus de destructions.
Selon un rapport du FMI « en 2019, le monde compterait 270 millions d'immigrés, définis comme des personnes qui ne vivent pas dans leur pays de naissance. La population d'immigrés s'est accrue de 120 millions de personnes depuis 1990. Cependant, depuis 60 ans, la proportion d'immigrés dans la population mondiale reste stable autour de trois pour cent.
Le même rapport du FMI précise « l'augmentation d'un point de pourcentage de l'afflux d'immigrants par rapport au total de la population active d'un pays augmenterait la production de ce pays d'environ un pour cent à la cinquième année ».
En ces temps de COVID renaissant, il est sidérant de constater à quel point les thématiques portées par l'extrême droite se banalisent. A l'heure où on s'attendait à plus de solidarité, bizarrement les cœurs se durcissent. Le slogan « préférence nationale » a déteint de tous les côtés à gauche comme à droite. L'intolérance est en marche. Des théories qui ne choquent plus grand monde au nord comme au sud. Le pendant de ces idées extrémistes est, « nous sommes en danger », « l'affirmation de notre « identité nationale » doit être notre priorité ». Chacun a ses référentiels propres, sa lecture de l'histoire sociale, sa supposée culture, son mode de vie…qu'il oppose à celui de l'autre, mais tous se retrouvent dans l'exclusion de l'autre celui qui est différent. Une Europe blanche, une Amérique chrétienne, une Inde débarrassée des autres, sous-entendu des musulmans, une Oumma unie, un monde arabe uni du Golfe à l'Atlantique…
Il s'agit évidemment de définir une identité « mythique » unique, immuable, gravée dans le marbre et surtout d'essayer de démontrer qu'elle est supérieure à celle de l'Autre, de la lui imposer. Le terme assimilation a insidieusement remplacé intégration dans les propos. Entre ces droites nationaliste des différences existent, les référentiels différent ou divergent même mais il est frappant de voir à quel point ils ont tous ont en commun, les mêmes aprioris négatifs sur les Autres, les étrangers, les minorités, ceux qui une religion ou une couleur de peau différente…
Certains pays se barricadent et érigent à grands frais des murs en béton mais en réalité ils rêvent de murs culturels hermétiques.
Ils ne sont pas à une contradiction près, l'immigré est celui qui vient chez vous mais celui des nôtres qui part s'installer à l'étranger est qualifié d'expatrié !
On glorifie sa réussite et on en fait le symbole du génie créatif de notre pays et c'est parfaitement légitime mais pourquoi ne pas admettre que c'est aussi vrai pour l'autre.
Chacun se bat pour que sa culture et consacre des sommes importantes pour la diffuser à travers le monde et c'est légitime mais pourquoi s'acharner à vouloir contrer celle de l'autre. Cette conduite est d'autant plus ridicule que ces combats d'arrière-garde sont vains à l'ère des réseaux sociaux et de la communication débridée qu'ils offrent.
Aucun continent, aucun pays, aucune religion n'échappe à ce vent mauvais et à ce repli identitaire anachronique. Nationalistes, traditionalistes ont le beau rôle de jouer sur les angoisses et les peurs. Réseaux sociaux, fake news, argent qui tombent du ciel les font gagner des voix à chaque élection. Au sud, ils portent des drapeaux différents de ceux du nord mais en réalité ils sont identiques, ils jouent tous sur les mêmes cordes, les mêmes angoisses, les mêmes peurs, ils utilisent tous les deux le même logiciel.
L'ouverture à l'autre est un enrichissement, la diversité culturelle n'est pas un slogan d'idéalistes inconscients, la générosité face à la détresse ou aux catastrophes humanitaires est le devoir de toutes les sociétés qu'elles soient au nord ou au sud, riches ou pauvres.
Il ne s'agit pas d'états d'âmes mais d'un cri du cœur car « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry - Le Petit prince


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