Expert met en garde : ''Ne jouez pas avec l'or des Tunisiens, cela pourrait tourner à la catastrophe''    Mars : découverte qui relance la question de la vie    Météo en Tunisie : temps brumeux, pluies sur les régions ouest    Avant le Hajj : un médecin met en garde et donne les principales recommandations    Mondial 2026 : l'Italie à la place de l'Iran ?    La patente devient électronique : une nouvelle plateforme digitale attendue en septembre    Le Japon rend hommage à Bourguiba à Monastir    Fini l'anarchie !...L'Etat frappe d'une main ferme contre les occupants illégaux du domaine public    Aides sociales en Tunisie : 280 dinars, qui en profite et comment les obtenir ?    ATB aux côtés de la profession pharmaceutique: un engagement renforcé via le CNOPT    Royaume-Uni: une loi historique contre le tabac    Titre    Palais El Abdelliya organise la 4ème édition de l'initiative 'Un monument... et des enfants'    Zouhaïr Ben Amor: L'espèce humaine face à ses propres limites biologiques    Film Michael : Jaafar n'a pas imité, il est devenu le nouveau Michael Jackson dans l'opus hommage    Le ministre réunit Hamdi Meddeb et Mohsen Trabelsi : que se passe-t-il ?    La faculté de médecine de Sousse lance le projet "Biogene 4 Med" pour la recherche sur les maladies cancéreuses    L'Université de la Manouba et la Fondation Tunisie pour le Développement signent un partenariat stratégique    ESS – Espérance : où et quand suivre la finale en direct    Météo en Tunisie : cellules orageuses locales accompagnées de quelques pluies l'après-midi    Marchés apaisés : le pari de Donald Trump fait grimper l'or    Scatec inaugure deux centrales photovoltaïques phares à Tozeur et Sidi Bouzid    Mare Nostrum Voice Festival en Tunisie pour une 3ème édition au Théâtre de l'Opéra de Tunis    Les étudiants de l'Université de Sfax entrent dans le Guinness des Records avec une startup IA    Ooredoo Tunisie, sponsor officiel de la 50e édition du festival international de Dougga    Driss Guiga, l'ancien ministre et avocat tunisien est décédé    Neïla Chaabane - Le professeur Sadok Belaïd nous a appris à réfléchir et à questionner la règle de droit    Qui était Driss Guiga, ancien ministre décédé ce dimanche    Driss Guiga, ancien ministre de Bourguiba, est décédé    La menthe verte: Fraîcheur, traditions et art de vivre    Visite nocturne surprise de la ministre de la Justice à Ben Arous    Passerelles Savoirs-Médias : la FTDJ, SavoirsEco et Expertise France engagent une dynamique inédite pour rapprocher recherche et médias en Tunisie    La Cité des Sciences à Tunis accueille le Cosmonaute russe Kirill Peskov    Liverpool vs PSG et Atlético de Madrid vs FC Barcelone : ou regarder les demi-finales de Ligue des Champions UEFA    Recrutement de travailleurs tunisiens : la Tunisie et l'Italie signent un accord    Inauguration de Isharat Gallery à Sid Bou Saïd: une réhabilitation lumineuse de l'abstraction tunisienne    Général Mohamed Nafti - Trois Lettres Persanes    El Kazma et K-off : Sous le signe du rire, la résilience et la réflexion    9 avril : Musées et sites historiques gratuits en Tunisie    Match PSG vs Liverpool : où regarder le match des Quarts de finale aller de la ligue des champions UEFA du 08 avril    Vidéo-Buzz : la pub LEGO spécial Coupe du monde 2026 avec les stars du foot : secrets de tournage    Analyse - Récupération en Iran: «Il faut sauver le pilote Ryan»    Augmentation tarifs Musées Tunisie 2026 : Agences de voyage en colère    Gouverner dans le brouillard permanent: les trois qualités du dirigeant de demain    Artémis II lancée : une mission spatiale habitée vers la lune, plus de 50 ans après Apollo 17    Mohamed Nafti: L'engrenage de la destruction    L'effet Jaouadi ou le triomphe de l'excellence opérationnelle    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Ecoutons les «Confidences tunisiennes», de Marie Nimier
Publié dans Leaders le 31 - 03 - 2024

«La seule tribu dont je me revendique est celle dont les membres écoutent les histoires des autres et en les écoutant les font leurs» Sophie Bessis
Les livres écrits en français et qui prennent pour cadre la Tunisie ne se comptent plus. Après ceux de Didier Decoin, Michèle Fitoussi, Olivia Elkaim, Pauline Hillier… qui, en 2023, situaient leur narration dans une période passée, plus ou moins lointaine, de l'histoire du Pays, voilà que l'année 2024 s'ouvre sur «Confidences tunisiennes»* de Marie Nimier, un ouvrage qui nous gratifie d' une émouvante mosaïque de la Tunisie et des Tunisien.nes d'aujourd'hui.
L'écoute
Marie Nimier est d'ailleurs rompue à ce genre d'exercice, puisqu'elle a déjà publié en 2019 «Confidences», en ayant recours au même procédé. Après un «appel à confidences», l'auteure est restée deux mois à Tunis et a recueilli les confidences d'anonymes en direct, mais aussi par téléphone et parfois par écrit: «…je me suis retrouvée à la fin de mon séjour avec une quantité impressionnante de notes et d'enregistrements…» (p.15), résultat qui n'étonne pas si on croit les propos d'un de ses confidents: « Ici en Tunisie il y a beaucoup à cacher. Et qui dit beaucoup à cacher dit beaucoup à raconter à quelqu'un qu'on ne reverra jamais. Quelqu'un qui sait à la fois garder les secrets et les délivrer.» (171)
Cependant, il ne s'agissait pas de publier ces confidences telles quelles,: «… mais de m'en inspirer pour écrire des nouvelles…» (p.13) et c'est ainsi que l'on se trouve en présence de 56 récits d'une longueur moyenne de 3-4 pages mais qui peut se réduire à un bref paragraphe ou bien, à deux reprises notables, prendre de l'ampleur et atteindre 14 pages pour l'un et 24 pages pour celui qui clôt le livre, comme s'il s'agissait de prolonger le plaisir en repoussant sans cesse la fin.
Des Tunisien.nes
Les récits, à l'image des confident.es, abordent les sujets les plus divers et variés; ils vont des plus communs et anodins comme: «la chasse aux mouches; le premier chéquier, les chiens errants, les effets hallucinatoires de la saupe, la nuisance sonore des hauts parleurs appelant à la prière…»; aux plus sérieux et graves comme: «la corruption, le chômage, la pénurie des denrées de base , l'émigration clandestine, la fuite des cerveaux, le départ des élites, les luttes féministes… » sans oublier les préoccupations les plus intimes comme: «l'homosexualité, le mariage orfi, le tabou de la virginité, le vaginisme…»
Sans pour autant donner dans l'exotisme et afin désigner au mieux les réalités spécifiquement tunisiennes, ces récits souvent émouvants, bienveillants et parfois drôles, recourent plus d'une fois à la Darja, le dialecte tunisien, au niveau des mots: adhan (l'appel à la prière), chméta (se réjouir du malheur d'autrui), harza (la masseuse); mais aussi au niveau des expressions: Brabbi (s'il te plaît), mlaïktou thqila (antipathique), hlib el ghoula (rare et précieux)…
Le dispositif narratif
«Ces objets littéraires» écrits à partir de témoignages oscillent entre fiction et réalité comme le «docufiction» ce genre cinématographique aujourd'hui très en vogue et très pratiqué. Ainsi parfois la réalité investit l'espace fictionnel comme lorsque une confidente rend hommage à Lina Ben Mhenni, la militante politique et féministe très connue ou lorsqu'une autre décrit sa passion obsessionnelle pour l'écrivaine française Marie NDiaye et c'est encore plus flagrant lorsque le confident n'est pas anonymisé et qu'il raconte son vécu comme le fait l'universitaire bien connu Mohamed Chérif Ferjani.
D'autres fois, Marie Nimier, comme pour ne pas s'approprier entièrement les récits qui lui sont confiés, laisse apparaître les «coutures» en reproduisant les interpellations des confident.es: «C'est vraiment très intime, et moi j'ai senti que tu avais besoin d'intime quand tu m'as parlé de ton projet» (P97) lui confie l'une et un autre lui demande: «Et toi, qu'est-ce que tu fais comme travail? Tu écris des livres, ou seulement des confidences?» (P112). Quant à l'ultime confident, une sorte de séducteur obsessionnel, il demande à l'auteur: «j'ai envie de te plaire… j'aimerais te séduire par ma sincérité. Est-ce que ça t'excite un peu, ce que je te raconte?»…
Le lecteur ignore la réponse de Marie Nimier à ce bonimenteur, mais il sort de ce livre ravi par sa drôlerie, sa bienveillance et sa beauté.
«Confidences tunisiennes», Marie Nimier, Gallimard, 2024, 256p. 20,50€
Slaheddine Dchicha


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.