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Le problème du chômage en Tunisie : Des réformes de sortie de crise s'imposent de façon urgente
Publié dans Leaders le 18 - 07 - 2011

La contraction des activités économiques, les mouvements sociaux, la mise à l'arrêt de projets industriels dont ceux financés par les IDE (investissements directs étrangers) ainsi que le rapatriement forcé de nombreux compatriotes de Libye au cours des derniers mois sont en train d'exacerber une situation de chômage déjà très difficile. C'est en réponse à cette aggravation que le gouvernement a lancé un « programme d'urgence de relance économique et sociale » donnant priorité aux régions de la Tunisie les plus affectées par le chômage. Ce programme d'urgence vise, entre autres, à protéger les emplois menacés (180.000), à créer de nouveaux emplois salariés (40.000 entre les secteurs public et privé), à lancer des travaux d'utilité publique destinés aux chômeurs non qualifiés, et à instaurer un programme global actif d'emploi (appelé AMAL) pour aider à la réinsertion des chômeurs diplômés.
Au-delà de ce programme d'urgence imposé par le cours des évènements, la Tunisie a besoin d'un plan de réformes multisectorielles pour venir à bout du problème du chômage. Ce problème était déjà sérieux et chronique avant cette récente aggravation. Aujourd'hui, il est en train de miner les fondements même du développement socio-économique du pays.
La gravité et la chronicité du problème du chômage
Le nombre de chômeurs a dangereusement augmenté ces derniers mois pour atteindre aujourd'hui le niveau alarmant, jamais atteint, de plus de 700.000 personnes. Toutefois, si l'on se réfère aux dernières statistiques officielles disponibles, le nombre de chômeurs était d'environ 500.000 en 2010. Sur la base d'une population totale en âge de travailler et disponible sur le marché du travail (appelée population active) d'environ 4 millions d'individus, le taux de chômage moyen national était d'environ 13% en 2010.
Ce taux de chômage de 13% ne constitue pas, en fait, une exception. Il est équivalent au taux de chômage moyen annuel enregistré par la Tunisie depuis les années 80. Ce taux peut être qualifié de très élevé si on le compare à celui enregistré ces dernières années par les pays non producteurs de pétrole de la région Afrique du Nord-Moyen Orient et si on tient compte du fait que la Tunisie a enregistré des avancées économiques et sociales supérieures à celles de ces pays où le taux de chômage annuel moyen a oscillé entre 9 et 12% au cours de ces dernières années.
Par ailleurs, l'étude des séries statistiques de l'emploi montre qu'à aucun de ses plans quinquennaux de développement socio-économique, la Tunisie n'a pu atteindre les objectifs visés concernant le nombre de nouveaux emplois à créer annuellement, réaliser les niveaux projetés de baisse du taux de chômage, ou créer autant d'emplois que de nouveaux demandeurs d'emploi entrant chaque année dans le marché du travail. Les niveaux-cibles de 70-80.000 et plus récemment de 80-90.000 emplois nouveaux devant être créés annuellement ont presque toujours été révisés à la baisse au cours de l'exécution de ces plans devant la difficulté à atteindre ces objectifs.
En outre, le taux élevé de 13% de 2010 est en réalité une moyenne qui ne reflète qu'une partie du problème. En poussant l'analyse, on se rend compte que le chômage recouvre de grandes disparités en Tunisie. Il varie de façon très significative en fonction des régions de la Tunisie ainsi que du sexe, de l'âge et du niveau d'instruction des individus.
En effet, le taux de chômage est nettement plus élevé dans les régions intérieures de l'Ouest que dans les régions côtières de l'Est du pays. Il atteignait déjà des niveaux alarmants dans les gouvernorats de Tozeur et Kasserine (autour de 30%), de Gafsa (autour de 25%) et de Jendouba et Siliana (autour de 20%) en 2008.
Sur le plan démographique, le taux de chômage est bien plus élevé chez les femmes que chez les hommes (19% contre 11%) en 2010. L'écart se creuse encore davantage entre les jeunes et les adultes. Alors que le taux de chômage pour les adultes de plus de 25 ans est de 10%, il triple pour atteindre les 30% pour les jeunes de moins de 25 ans en 2010.
Enfin et aussi paradoxal que cela puisse paraître, la situation de chômage s'aggrave en fonction du niveau d'instruction. Plus les personnes sont éduquées, plus elles sont affectées par le chômage. Si en 2010 le taux de chômage n'est que de 6% pour la population active non instruite, il passe à 9% pour les personnes ayant un niveau d'instruction primaire, à 14% pour celles sortant du secondaire, et à 23% pour les universitaires. Plus sérieux encore, la situation de chômage des diplômés universitaires qui a commencé à se manifester au début des années 2000 empire d'année en année. De 31.000 en 2000, le nombre de chômeurs sortant des universités est passé à 60.000 en 2005, 128.000 en 2008 et 157.000 en 2010. Il représente le tiers de l'effectif total des chômeurs en Tunisie.
Les défis à relever
Selon les études faites sur le sujet, le chômage rencontre quatre défis majeurs qu'il y a lieu de relever si on désire s'attaquer sérieusement au problème du chômage en Tunisie.
Le premier défi consiste à améliorer la situation de l'emploi dans les régions intérieures de l'ouest du pays, malgré l'insuffisance des ressources naturelles et surtout hydriques pour développer une économie agricole prospère, et malgré la préférence générale des investisseurs privés d'installer leurs projets d'investissement dans les régions côtières du pays. Ces dernières sont plus riches en infrastructures et services de base et plus proches des marchés de consommation nationale et des ports d'exportation à l'étranger.
Le deuxième défi est que bien qu'il soit communément reconnu comme étant décent (4-5% par an), le taux annuel de croissance de l'économie s'est révélé insuffisant pour pouvoir créer autant d'emplois qu'il y a de nouveaux demandeurs d'emploi entrant annuellement sur le marché du travail. Dans sa structure actuelle, l'économie tunisienne n'arrive pas à générer plus de 15.000 emplois nouveaux par an pour chaque 1% de croissance annuelle. Quantitativement, des niveaux de croissance plus élevés (7-8% au moins d'après certains études de simulation) devraient être atteints si on espère créer un nombre adéquat d'emplois.
Le troisième défi est que la qualité même de cette croissance devrait subir une transformation structurelle profonde si on veut non seulement créer plus d'emplois mais aussi résorber le problème du chômage des diplômés des universités. Les secteurs porteurs de notre économie -- qui sont l'agriculture, les industries manufacturières de textiles et habillement, de cuir, d'agro-alimentaire, de composants automobiles et le tourisme -- sont fortement demandeurs de main-d'œuvre, mais d'une main d'œuvre à faible qualification. Ces secteurs ne génèrent qu'une demande relativement marginale en emplois pour diplômés sortant de l'université. Malgré les apports de plus en plus importants des IDE (investissements directs étrangers), les industries implantées en Tunisie sont pour la plupart basées sur la sous-traitance et faiblement utilisatrices de savoir et d'innovation technologique.
Le quatrième défi est d'améliorer l'environnement des affaires et assouplir le marché du travail. Malgré les progrès enregistrés, l'environnement des affaires se caractérise par une intervention encore trop pesante et déstabilisatrice de l'Etat. Les études effectuées sur ce sujet ont montré que l'environnement des affaires est miné par des transactions qui sont basées sur le privilège, la fraude et la corruption, rendues possibles par les agissements abusifs des proches de l'ancienne équipe dirigeante. Par ailleurs, le marché du travail demeure très rigide, surtout quand il s'agit de règles et procédures régissant le recrutement et le licenciement, la compression des dépenses, ou la restructuration des entreprises.
Les réformes à lancer d'une façon urgente
Relever ces défis exige la mise en œuvre d'une série de réformes multisectorielles qui vont bien au-delà des actions de sauvegarde contenues dans le «programme d'urgence de relance économique et sociale» que le Gouvernement vient de lancer avec l'appui des partenaires techniques et financiers de la Tunisie. Parmi ces réformes, je voudrais citer les plus importantes:
1- Réorienter les programmes de développement de façon à ce qu'ils servent équitablement toutes les régions du pays sans exception. Laisser à la traîne les régions intérieures du pays n'est plus permis dans la Tunisie post-révolutionnaire d'aujourd'hui. La réaffectation récente par le gouvernement des engagements du budget 2011 où 80% des dépenses d'investissement ont été alloués aux régions intérieures s'inscrit exactement dans cette perspective. Il s'agit là d'un programme spécial de « rattrapage » de ces régions. Il devrait être poursuivi et amplifié de façon à mettre encore davantage l'accent dans ces régions sur le développement des infrastructures économiques et sociales, la promotion des IDE (investissements directs étrangers) et l'appui au lancement de projets nationaux notamment par les jeunes. Plus généralement, il faut que le principe d'équité soit adopté dans les arbitrages et les affectations budgétaires destinées aux diverses régions dans le cadre des prochains plans quinquennaux de développement.
2- Lancer un programme tous-azimuts visant à la promotion des systèmes d'innovation technologique en Tunisie. Un tel programme est nécessaire pour permettre aux entreprises tunisiennes de monter en valeur ajoutée et en gamme technologique. Ce système devrait être ouvert aussi bien aux grandes qu'aux petites et moyennes entreprises (PME) qui constituent 95% du tissu entrepreneurial tunisien, mais qui ont actuellement des capacités d'innovation propres très limitées. Il devrait aussi être ouvert à tous les secteurs et filières et à tous les stades de développement de ces filières. Tout cela devrait être appuyé par un renforcement des compétences et des outils de financement appropriés à mettre à la disposition des jeunes entreprises innovantes.
3- Elargir l'espace d'intégration géographique de l'économie tunisienne au delà de l'Europe. L'intégration mondiale est un facteur puissant de progrès technique et de hausse de la productivité et l'expérience de la Tunisie en matière de diversification des destinations des exportations l'illustre assez bien. Le projet d'accès au régime de statut spécial avec l'Union Européenne va certainement apporter beaucoup d'avantages en termes de croissance et de création d'emplois. Mais il faut aller plus loin pour élargir l'espace d'intégration économique au delà de l'Europe.
4- Signer des accords spéciaux de coopération et d'échanges avec les pays émergents ayant déjà franchi la phase de restructuration de leur économie et pris le « tournant technologique » qui les a aidés à résoudre ou au moins atténuer le problème du chômage. Il s'agit là des pays «nouvellement émergents» (Chine, Inde, Brésil, Malaisie) et des pays «anciennement émergents» (Corée du Sud, Singapour, Taiwan, Thaïlande). Nos techniciens et chercheurs ont été trop longtemps écrasés sous la chape de plomb du régime déchu qui sous prétexte de discipline budgétaire, a imposé d'énormes restrictions à leurs ouvertures et déplacements à l'étranger pour assister à des forums, séminaires, ou ateliers, pour suivre des programmes de formation et des stages de perfectionnement ou pour effectuer des voyages d'études essentiels à l'épanouissement de leurs connaissances et l'enrichissement de leur expérience professionnelle. Les programmes de coopération proposés devraient aider à rompre avec cette pratique destructrice.
5- Attirer les IDE qui se distinguent par leur capacité d'aider à la création, l'adoption et l'adaptation aux conditions de la Tunisie des innovations et expériences technologiques qui ont fait leur preuve. Le modèle de croissance suivi jusque-là par la Tunisie a permis d'attirer des IDE (investissements directs étrangers) ayant aidé à l'établissement d'industries manufacturières légères qui sont compétitives à l'échelon international mais qui sont à faible valeur ajoutée et intensité de savoir et d'innovation. Cela devrait évoluer vers des systèmes plus sophistiqués à haute valeur ajoutée et intensité technologique, pouvant faire appel à davantage de compétences tunisiennes de haut niveau.
6- Accélérer l'exécution des réformes structurelles du secteur recherche-développement. Le rendement à l'investissement public dans la recherche-développement en termes d'innovation concrète est faible en Tunisie à cause de nombreuses contraintes qui réduisent l'efficacité de l'effort public. Un certain nombre de programmes de réforme sont en cours de mise en œuvre. Il est maintenant devenu urgent d'accélérer cette opération tout en affinant et renforçant les activités orientées vers l'innovation technologique qui ont l'impact le plus direct sur l'augmentation de la valeur ajoutée des activités économiques et de l'emploi des diplômés. En 2008, le nombre de brevets d'invention déposés internationalement par des Tunisiens n'était que de 26, un chiffre inférieur même à la moyenne de la région Afrique du Nord-Moyen Orient.
7- Renforcer les secteurs techniques et scientifiques à tous les échelons de l'enseignement. Les enquêtes d'évaluation du climat d'investissement en Tunisie ont fait ressortir qu'il est nécessaire de réorienter davantage l'enseignement, surtout supérieur, ainsi que les programmes de développement des compétences, de réinsertion professionnelle et de recyclage des travailleurs vers les secteurs techniques et scientifiques. Cela devient encore plus urgent si on aspire à ce que cet enseignement réponde aux besoins d'une économie de plus en plus tournée vers l'innovation, le savoir et la technologie. Aussi, de nouveaux programmes de coopération doivent être développés avec le secteur privé afin de parvenir à une meilleure adéquation entre les contenus de l'enseignement et les besoins des entreprises.
8- Assainir l'environnement des affaires au moyen de mesures appropriées concernant la restructuration du secteur bancaire (qui est en cours de lancement), la bonne gouvernance par la transparence, le respect des droits de propriété et des réglementations et le contrôle des pratiques de corruption, d'abus de confiance et de clientélisme.
9- Accroitre la flexibilité du marché du travail en assouplissant les règles et procédures actuellement trop rigides qui régissent les modalités de recrutement et de licenciement, la mobilité du travail, la restructuration des entreprises, etc. Il y a aussi urgence à mettre l'accent sur l'ensemble du processus de développement des compétences, de la réinsertion professionnelle et du recyclage des connaissances des travailleurs.
Le chômage est un facteur de déstabilisation sociale et politique qui pourrait avoir à court et à moyen terme des effets indésirables sur le processus de construction démocratique en cours dans notre pays. Il est donc indispensable de s'y attaquer de façon urgente. La Tunisie ne peut pas se permettre le luxe d'attendre l'aboutissement des prochaines échéances électorales pour lancer les réformes profondes nécessaires à la réduction du chômage. Il est du devoir de notre gouvernement de s'y atteler dans les plus brefs délais.
Salah DARGHOUTH
[Ex-Manager à la Banque Mondiale]


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