Le Temps-Agences - Le Premier ministre libanais Fouad Siniora affirme que son gouvernement assume les pouvoirs présidentiels au lendemain de l'expiration du mandat d'Emile Lahoud, chef de l'Etat sortant. Faute de quorum, en raison du boycottage de l'opposition pro-syrienne, la Chambre des députés a laissé passer vendredi minuit le dernier délai constitutionnel pour désigner un nouveau président de la République. "En cas de vacance (...), les pouvoirs de la présidence reviennent au cabinet (lequel est) légitime et constitutionnel", a fait valoir Siniora lors d'une conférence de presse à Bkerke, près de Beyrouth. L'opposition, emmenée par le Hezbollah et soutenue par la Syrie et l'Iran, ne reconnaît toutefois plus la légitimité du gouvernement pro-occidental de Siniora. "Il n'y a pas lieu de s'inquiéter", a déclaré Siniora après avoir une rencontre avec le patriarche maronite Nasrallah Sfeïr. "Aucun Libanais, moi le premier, n'acceptera qu'il n'y ait pas de président de la République". Le ministre des Télécommunications Marouane Hamadeh, l'une des personnalités chrétiennes anti-syriennes les plus en vue, a parlé de "période de transition courte". "Nous nous consacrerons principalement à obtenir le plus vite possible un président", a-t-il promis. La Chambre des députés est une nouvelle fois convoquée le 30 novembre pour tenter de désigner une personnalité chrétienne consensuelle. En dépit de la situation de vide politique, sans précédent depuis neuf ans, rien n'indique pour le moment que le bras de fer entre gouvernement et opposition pourrait se prolonger dans les rues. Il n'y a aucune raison pour que les citoyens libanais s'inquiètent pour leur sécurité, a assuré le ministre de l'Intérieur, Hassan Al Sabaa. Les boutiques et cafés de Beyrouth étaient ouverts hier comme si de rien n'était et la circulation y était normale, l'armée ayant allégé le dispositif de sécurité mis en place à la veille de l'élection présidentielle avortée. Avant de quitter la présidence, Lahoud a confié spécifiquement à l'armée la tâche d'assurer la sécurité sur l'ensemble du territoire - une initiative jugée sans valeur juridique par le gouvernement de Siniora. Mais les Nations unies, les Etats-Unis, l'Union européenne et les Etats arabes modérés comme l'Arabie saoudite, l'Egypte et la Jordanie devraient ne reconnaître que la seule autorité du cabinet Siniora. Le report au 30 novembre de la session parlementaire implique une vacance d'une semaine au sommet de l'Etat, mais la majorité gouvernementale s'est employée à la dédramatiser. Saâd Hariri, chef de la majorité parlementaire, a souligné que celle-ci restait acquise à la recherche d'un consensus sur le nom d'un président qui serait élu pour six ans. "Je m'engage devant l'ensemble des Libanais (...) à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour régler les choses et parvenir à l'élection d'un nouveau président de la République dans les plus brefs délais", a déclaré dans un communiqué le chef de file du camp antisyrien. L'ancien général Michel Aoun, chef du principal groupe parlementaire chrétien et candidat de l'opposition à la présidence, s'était proposé comme chef de l'Etat intérimaire jusqu'aux législatives de 2009. Certains parlementaires de la coalition au pouvoir militent en faveur de l'élection du président à la majorité simple, en cas de blocage persistant. A l'Onu, le secrétaire général Ban Ki-moon s'est déclaré "profondément inquiet de la fragilité de la situation" et a invité toutes les parties à œuvrer à un compromis au Liban. "Je soupçonne toujours certaines forces, que ce soit la Syrie ou l'Iran, de vouloir déstabiliser le Liban mais je crois qu'il y a une action modératrice arabe et internationale", a confié Hamadeh à Reuters. Il n'a pas exclu que la tenue de la conférence de paix sur le Proche-Orient organisée cette semaine par les Etats-Unis à Annapolis, à laquelle la Syrie devrait participer, ait joué un rôle à cet égard. "Il y a Annapolis et les Syriens veulent faire preuve de bonne conduite, mais je ne sais pas combien de temps cela durera", a-t-il ajouté. Selon la presse libanaise, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a appelé avant-hier le dirigeant druze antisyrien Oualid Djoumblatt pour "réaffirmer le soutien continu des Etats-Unis au Liban".