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Douze ans après... le retour de Selma Baccar
Publié dans Le Temps le 14 - 11 - 2017

Avec la sortie nationale de "Al Jaida", Selma Baccar signe son quatrième long métrage et interpelle les consciences égarées des Tunisiens qui rêvent de faire renaître cette institution carcérale féminine que fut Dar Joued, dont le Code du statut personnel signa l'acte de décès. A découvrir ce film qui revisite les années cinquante mais qui, en filigrane, nous installe dans une Tunisie contemporaine taraudée par les vieux démons de l'intégrisme, du sexisme et de l'ordre moral...
Depuis le mythique "Fatma 75", Selma Baccar aura peu tourné mais ses films laisseront à chaque fois l'empreinte chaude d'une réalisatrice exigeante et l'affirmation d'un cinéma foncièrement féministe. Que ce soit avec "La Danse du feu" (1994) où elle rendait hommage à Habiba Messica ou "Khochkhach" (2005) où elle envisageait déjà une réflexion sur le monde carcéral et l'aliénation, Selma Baccar est toujours restée dans les thématiques qui lui tenaient le plus à coeur. Tout en multipliant les angles d'attaque et les prétextes narratifs, elle est toujours demeurée une véritable militante qui n'hésite pas à faire fonctionner dans son cinéma les ressorts du naturalisme sociologique si chers à un Emile Zola voire un Béchir Khraief qui, lui aussi, se faisait le chantre d'une vérité crue embusquée au sein des artifices d'une fiction née du réel.
Un huis-clos entre années cinquante et réveil des projets obscurantistes
C'est dans cette même veine que s'inscrit le nouveau film de Selma Baccar. Intitulé "Al Jaida", cette oeuvre raconte le vécu de quatre femmes qui se retrouvent à Dar Joued, une institution de redressement des femmes récalcitrantes qui, après jugement, y étaient enfermées. Cette institution a bel et bien existé et n'a disparu que relativement tard, laissant un sillage funeste mêlant arbitraire et répression. Se retrouvant enfermées dans un huis-clos pesant, les quatre femmes vont se confier les unes aux autres, se racontant et se dévoilant dans un enfermement auxquelles elles trouvent les moyens de résister. Figure de cette violence morale et de cette incarcération physique, la "Jaida" est la geôlière toute-puissante, à la fois maton dérisoire dans une prison de femmes et garante de l'ordre établie. C'est ce personnage qui donne son titre au film de Baccar qui vient de faire sa sortie dans le circuit commercial après une première projection dans le cadre d'une soirée spéciale des JCC.
Dans ce film, Behija, Hssaina, Leila et Emel se retrouvent à Dar Joued pour des raisons différentes et se lieront grâce à une complicité qui leur permet d'atténuer leurs douleurs respectives. L'action du film se déroule entre l'été 1954 et l'indépendance de la Tunisie en 1956, sur fond de retour triomphal du leader Bourguiba et de la promulgation du Code du statut personnel qui garantira aux femmes leurs droits et viendra mettre un terme à l'institution Dar Joued. C'est, à travers quatre destins croisés, l'histoire de ce pénitencier pour femmes qui se trouvait au coeur de la ville de Tunis, qui est racontée dans ce film par Selma Baccar.
Quatre prisonnières face à leurs geôlières et aux spectateurs contemporains
Clin d'oeil à l'histoire et probablement trait autobiographique, le film s'achève sur une scène contemporaine, en 2011, à l'Assemblée nationale constituante où la petite-fille de Béhija, députée démocrate, défend les droits des femmes et milite contre le retour de l'ordre moral. Selma Baccar a bel et bien été cette députée, parmi d'autres, puisque la cause des femmes fut l'un de ses combats à l'assemblée constituante. Mais est-ce pour autant que la Béhija du film fut sa grand-mère? Ou bien serait-elle l'aïeule métaphorique et symbolique de toutes les Tunisiennes dans leur combat incessant pour la liberté?
Nous reviendrons prochainement sur ce film qui constitue l'un des événements de notre rentrée cinématographique ainsi qu'un hymne à la liberté et un regard engagé posé sur la Tunisie des années cinquante à nos jours. Car au fond, cette geôlière et ses prisonnières ne sont-elles pas l'expression même du projet obscurantiste qui vise les Tunisiennes dans leur liberté? Et ces prisonnières face à leur geôlière ne sont-elles pas le symbole même de l'espoir qui, même dans la souffrance carcérale, jamais ne retombe?


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