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Que faire des animaux errants ?
Chiens et chats achetés à prix fort (pour faire « in ») puis abandonnés…
Publié dans Le Temps le 11 - 02 - 2008

Nécessité d'une législation adéquate ; et au fait, pourquoi la Société protectrice des Animaux (SPA) s'en est-elle désengagée ?
Traditionnellement, les Tunisiens ont un rapport bien précis avec les chiens et les chats : la fonction de l'utilité. Le chien pour garder, un territoire, ou des troupeaux, en donnant l'alerte. Ces fameux chiens blancs, à la forme de la tête bien particulière et la queue en un magnifique point d'interrogation. Si non il y a les chiens de chasse.
Le chat, lui, est le prédateur des rats, des souris, et de certains insectes rampants, sans plus. . Ni caresses, ni promiscuité. Chacun à sa place. Chacun a son statut. Et ce, depuis la plus lointaine antiquité. Or, on constate quand même une certaine propension, toute nouvelle, à acquérir des animaux de compagnie, de race de préférence. Cela fait plus chic. Cela s'accompagne aussi d'une augmentation du nombre d'animaux abandonnés, errants, dangereux donc, pour la circulation, pour les passants, et comme vecteurs de contagion éventuelle.
Il est vrai que, l'habitude d'adopter des animaux de compagnie est toute nouvelle. Une habitude de pays riches et de couches sociales plus qu'aisées. Et cela entraîne un nouveau commerce bien juteux. Il suffit de remarquer l'importance des rayons d'alimentation dans les supermarchés, les spots publicitaires mal venus lorsqu'on propose du velouté de poulet pour chat gourmet, alors que l'actualité est dominée par la famine, les gens déplacés et les restos du cœur pour les SDF. Des trusts qui se font une guerre féroce , parce que c'est un marché faramineux. A titre d'exemple, on compte, en France, 9 millions de chiens et 10 millions de chats : un pactole de 3 milliards d'euros pour l'alimentation, 675 millions d'euros en soins, 50.000 emploi stables et ...440.000 tonnes d'excréments !!! En Belgique un million de chiens et un million et demi de chats Ajoutez à cela tout ce qu'on dépense pour les jouets, mais oui, les literies, les colliers, les soins de beauté aussi, les vêtements même, les défilés, les concours de beauté...Le chien et le chat sont devenus parfois des accessoires de mode...Pour la Tunisie , aucune statistique fiable n'existe à ce jour. Il est vrai que l'habitude d'adopter des animaux de compagnie est toute nouvelle. Elle est loin d'entrer dans les mœurs.
Mais une nouvelle mode se fait jour ici et là. Il suffit de lire certaines petites annonces dans la presse, ou les offres faites sur Internet, pour réaliser l'ampleur du marché des chiens de combats. Pit-bulls, rottweilers, dobermans, commencent à être vus, accompagnant des bandes de jeunes. Dans les arrière-boutiques d'un marché connu de la capitale, les affaires vont bien. On y trouve toutes les races à la mode : bassets, épagneuls, chiens papillons, des caniches nains, des chihuahua même ( 20 cm à l'âge adulte !!). Mais aussi des chiens de combat, « avec pedigree » même !!!. Il y a urgence : mettre en place une législation claire et répressive, pour empêcher la prolifération de ces molosses, et de les voir, devenir des armes redoutables en des mains de jeunes adolescents, faisant les fiers-à-bras.

L'air du temps...
Et l'animal « adopté », parce qu'il est offert, ou pour obéir à un caprice d'enfant, ou parce que c'est dans l'air du temps, grandit vite, occupe un espace, a d'autres exigences, devient gênant, n'est plus le petit toutou, le jouet qu'on croyait avoir, et qui va se comporter comme un objet inanimé, comme si on avait acheté une raquette de tennis, ou un vélo. On va commencer à s'en lasser parce qu'il salit, on va s'apercevoir que cela implique des obligations quotidiennes, de soins, de nettoyage constant, de nourriture. Le chien aboie, répond à ses congénères la nuit, une nuisance, pour les voisins aussi. Trouver où placer l'animal en cas de petite absence. C'est plus compliqué en cas de voyage. On n'est pas équipé, ni pour le transport, ni pour l'hébergement. On mesure à ce moment l'écart qui existe entre les désirs et l'image que le propriétaire se faisait de l'animal et la réalité brute.

Des meutes sauvages
Commence à germer à ce moment l'idée de l'abandon. On cherche d'abord une personne à qui fourguer la bête. En cas d'échec, on décide de passer à l'acte. Pour se donner bonne conscience, on dépose l'animal pas loin d'un restaurant, à côté d'un marché, pour « qu'il trouve à manger ». Pour les nombreuses portées non voulues de chats, c'est carrément en rase campagne quand ce n'est pas un sac de jute et hop, en mer !!. Peu, très peu osent aller jusqu'à l'euthanasie.
Par ailleurs, le développement du secteur touristique, des hôtels du bord de mer, la concentration de restaurants en certains lieux précis, à la mode, des fast food et autres dans des zones très restreintes, les quantités de détritus, les dépotoirs sauvages, les ordures ménagères des villes qui étaient simplement entassées hors de la cité, vont être les lieux où vont croître et se développer des meutes de chiens, redevenus sauvages, des groupes de chats renversant toutes les poubelles. Des hordes hiérarchisées où le croisement des races va donner des individus plus robustes. Et les accidents de la circulation. Des cadavres sanguinolents d'animaux restent là sur la chaussée, aplatis par toutes les roues des poids lourds et des voitures....Devant les dangers que cela représente, les municipalités n'ont recours qu'à un seul moyen pour combattre périodiquement ces bandes errantes, dangereuses : des campagnes « d'assainissement » à coup de fusil . Mais ce système est inadéquat, parce qu'il ne résout le problème que de façon conjoncturelle. Il faut dire aussi qu'une infime minorité de municipalités sont équipées en matériel nécessaire, camions avec cages, fourrières aménagées, personnel formé.
Il faut aussi constater l'absence des associations de protection des animaux dans beaucoup de régions et dans beaucoup de grandes villes. L'état des lieux est maigre à ce niveau. Les associations qui existent n'ont pas, ou n'ont plus, d'envergure nationale suffisante, ni une coordination cohérente entre elles, ni moyens suffisants.

Un vide alarmant
Il y a déjà la Société Protectrice des Animaux (SPA). Elle a joué un rôle déterminant au moment où les associations de protections des animaux, toutes les associations « vertes », n'existaient pas ou étaient encore balbutiantes et sans effet majeur. La SPA a été aussi un partenaire important dans toutes les campagnes pour éradiquer la rage, parce qu'elle était pratiquement présente dans toutes les grandes villes tunisiennes. Une dizaine de centres. Elle a aussi organisé des campagnes de stérilisation de chats ( une semaine intensive par an), signé des « conventions » avec des hôpitaux et des hôtels, autour desquels rôdent ces bandes. Mais malheureusement, et on ne sait pourquoi, Il ne reste aujourd'hui que trois centres en activité. Tunis, Sousse, Sidi Bouzid. Ce dernier, pratiquement financé par la Fondation Brigitte Bardot, assurait, il y a quelques mois encore, « des soins gratuits pour les chevaux et les ânes essentiellement, la gestion d'un hôpital, alimentation et soins vétérinaires pour les animaux ainsi que le salaire des infirmiers » (1). Aux dernières nouvelles, aucune activité n'a été enregistrée ces derniers mois........ Et il n'y a pas moyen d'avoir accès à des informations fiables, toutes les personnes contactées , dans les centres en questions , se retranchent derrière un mutisme incompréhensible. Seule, la présidente de l'association, « absente pour raisons de santé » a proposé de nous recevoir à Tunis le 17 février, mais à condition « de ne pas répondre à toutes les questions » et « souhaite lire l'article avant sa parution » ( !!!), « car souvent, les journalistes interprètent mal ou faussement nos réponses, ou les orientent comme cela leur semble le mieux....» (!!!!!) . Peu importe les arguties avancées, après coup. On est inquiet par la régression de cette association qui serait pourtant capable de continuer de jouer un rôle important........
Et depuis quelques temps, apparaissent dans cet « espace » de la protection des animaux, de nouvelles associations, financées par des fondations internationales, ou par de simples particuliers, offusqués par la souffrance de ces animaux abandonnés, l'absence de refuges organisés, le manque d'action civique en ce domaine. La SPANA , par exemple, fondation anglaise, fortement impliquée dans divers domaines animaliers au Maghreb, finançait quelques projets de protection animale en Tunisie. Elle a ouvert, depuis un moment, un centre qui fonctionne très bien dans les régions du centre.

S.O.S animaux
S.O.S-Animaux est la petite dernière. Créée en octobre 2007, par des bénévoles passionnés, des femmes surtout, pas loin de Nabeul, cette association, a un plan d'action assez ambitieux. D'abord la sensibilisation par l'éducation. A commencer par les enfants. Un programme éducatif intégré dans les cours scolaires et ce, en partenariat avec l'Education Nationale. A commencer par les jardins d'enfants, les écoles primaires et secondaires, la création de clubs, des visites sur le terrain, l'organisation de concours. « Mais les agriculteurs aussi sont une autre cible, pour changer cette vision que l'on a, de façon générale, de l'animal », insiste le Dr Raoudha Mansour., présidente de l'association.
Un vaste programme sanitaire est en cours de réalisation : en plus de la stérilisation des animaux errants, pour limiter cette prolifération, des campagnes de vaccinations anti-rabique, des soins de toutes les maladies parasitaires sont prévus. Et surtout porter secours aux animaux en détresse, ceux qui ne peuvent pas se faire adopter parce que portant des séquelles d'accidents, déformations, paralysie, par la mise en place de centres d'accueil, de refuges, pour faciliter l'adoption.
Mais, cette association a très peu de moyens, malgré l'énergie et la volonté des adhérents. Ni terrain pour installer un centre d'accueil, ni finances suffisantes pour de véritables campagnes d'envergure, ni budget pour créer des emplois stables, ni voitures pour des actions ciblées. Malgré le peu de moyens, une chatterie fonctionne déjà : un espace très bien aéré, éclairé, ensoleillé. Des alvéoles individuelles, d'une propreté particulière. Un échantillon de ce que cette association se propose de mettre en place.
Les campagnes de nettoyage à coup de fusil ne sont pas la solution. Impulser une dynamique de structuration régionale pour faire éclore des associations locales, aider à la coordination des actions menées par celles qui existent, organiser des stages de formation pour les bénévoles, trouver des sponsors ou des mécènes, sont les priorités du moment.
(1) Source : Fondation B. Bardot


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