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Irak: Voilà comment Bush va nous mener dans le mur !
Le Temps du Monde
Publié dans Le Temps le 22 - 01 - 2007

Après avoir «libéré» l'Irak de la dictature de Saddam Hussein, les Américains ont plongé ce pays de 17 millions d'âmes, sans le vouloir ou par ignorance de ses réalités, dans une guerre civile qui a fait jusque là, selon les chiffres d'un récent rapport des Nations Unies, plus de 650 000 victimes civiles et militaires, d'ailleurs plus de victimes civiles que de militaires, parmi lesquelles un peu plus de 3 000 américaines.
Mais alors que le monde entier continue de critiquer l'entêtement du gouvernement américain à poursuivre sa campagne de démocratisation au forceps dans un pays fortement divisé, le président George W. Bush persiste lui aussi dans sa fuite en avant, en menaçant d'attaquer… l'Iran, qu'il accuse, sans doute à raison, d'alimenter le conflit interethnique sévissant actuellement en Irak. Le président américain vit-il dans notre monde ou dans un autre, irréel et céleste, celui que lui décrivent les pasteurs évangélistes qu'il fréquente assidûment ?
Francis Fukuyama, professeur d'économie politique internationale à l'université Johns Hopkins de Baltimore, père de la défunte théorie de la «fin de l'Histoire», le pense sérieusement qui a déclaré dans une interview au quotidien français ‘‘Le Monde'' (14 janvier): «Malgré les dernières élections, aux Etats-Unis [où Bush et les républicains ont perdu la majorité au Congrès], et les critiques adressées à l'administration, il y a une incapacité à reconnaître la réalité telle qu'elle est. Un des moments les plus significatifs a été la réception donnée pour Donald Rumsfeld quand il a quitté le Pentagone. George Bush a déclaré que l'invasion de l'Irak avait représenté un ‘‘raz de marée dans l'histoire de la liberté humaine''. On a l'impression qu'ils vivent dans un autre monde.»

Cinq ans d'errements, de mensonges et de destructions
Souvenons-nous : les objectifs invoqués par l'administration américaine pour justifier l'invasion de l'Irak en mars 2003 étaient de «libérer» ce pays de la dictature de Saddam Hussein, d'éliminer les armes de destruction massive en sa possession, ainsi que les moyens d'y parvenir et les programmes qui y sont associés, de couper les liens présumés entre l'Irak et le terrorisme international et d'empêcher le régime baathiste en place à Bagdad de briser l'équilibre régional et de devenir ainsi une menace plus grande pour la région, et au-delà.
C'est sur la base de ces arguments, qui paraissent aujourd'hui presque farfelus, que le soutien du Congrès avait été obtenu par la Maison Blanche pour lancer les troupes américaines – et alliées – dans l'aventure irakienne.
Par la suite, et lorsqu'il était devenu évident que l'Irak ne possédait pas d'armes de destruction massive et qu'il n'avait pas de liens avec le terrorisme international, les néo-conservateurs dans l'entourage du président américain ont inventé un autre argument, honorable s'il en est, qui est la promotion de la liberté et de la démocratie dans le Grand Moyen Orient, étant entendu – dans leur esprit du moins – que l'Irak post-Saddam pouvait (ou devait) servir de laboratoire puis de modèle exportable dans toute la région.
Inutile de préciser ici que cet argument était, dès le départ, tout aussi superfétatoire que les précédents. Car les Américains ne soutiennent la démocratie dans un pays ou une région que si – et seulement si – celle-ci convient à leurs objectifs économiques et/ou stratégiques. La démocratie est d'ailleurs souvent perçue par eux comme une terrible menace dès que les peuples qui s'en saisissent votent librement dans un sens contraire aux intérêts des Etats-Unis ou à ceux de leurs alliés. On en a eu récemment l'illustration avec les sanctions infligées par Washington aux Palestiniens qui ont osé voter, en mars dernier, pour le mouvement Hamas, donnant ainsi un camouflet aux Américains et aux Israéliens qui cherchaient à les en dissuader en utilisant des menaces ouvertes.
En fait – et cela nous le savions et disions à haute voix – et l'actualité nous en apporte les preuves évidentes chaque jour que Dieu fait, la véritable raison qui a présidé à l'invasion de l'Irak est à rechercher dans le fait que ce pays possède la deuxième réserve de pétrole dans le monde, très facile à exploiter, et se trouvant au cœur de la plus grande réserve mondiale d'hydrocarbure, qui lui confère une importance stratégique considérable. Le fait que l'invasion d'un pays de 17 millions d'âmes impliquait de gros risques pour la stabilité régionale et mondiale, ainsi que pour les intérêts états-uniens même, ne semble pas avoir inquiété outre mesure les responsables à Washington. La suite, on la connaît…
Reste les experts, comment n'ont-ils pas vu la catastrophe venir ? En fait, les plus honnêtes parmi eux n'ont pas manqué de prévenir Bush et ses collaborateurs des difficultés incommensurables que leurs troupes auraient à surmonter en Irak. Mais ils ont eu beau prédire les pires catastrophes, ils n'ont pas été écoutés. Car la guerre était déjà planifiée et mise en œuvre dans une atmosphère de ferveur nationaliste que les Etats-Unis n'ont pas connue depuis la guerre du Vietnam, voire la Seconde guerre mondiale.

Nouvelles menaces sur le Moyen-Orient
Près de cinq ans après, la «mission civilisatrice» américaine s'est transformée en un véritable cauchemar. Pour les Irakiens d'abord, qui sont aujourd'hui plongés dans une guerre civile sanglante et qui voient s'évaporer chaque jour davantage le rêve d'un Irak souverain, relativement démocratique, où les diverses communautés ethniques et confessionnelles le composant vivraient en paix.
Pour les Américains ensuite, qui n'ont plus vraiment le choix entre retirer leurs troupes du pays le plus rapidement possible, au risque de laisser ses immenses ressources pétrolières aux mains de bandes armés, et rester indéfiniment dans un pays dont ils ne contrôlent guère plus aujourd'hui – et encore très imparfaitement – que quelques enclaves hyper-militarisées.
Pour les Arabes également, qui sont confrontés désormais à des menaces autrement plus graves – et réelles – que les introuvables armes de destruction massive de Saddam.
Parmi ces nouvelles menaces, que l'occupation américaine de l'Irak à carrément créées, on citera la perspective de plus en plus probable d'un Irak désarticulé et éclaté en plusieurs mini-Etats dirigés par des chefs de guerre sans foi ni loi – cela s'est déjà vu en Yougoslavie, en Somalie et en Afghanistan –, un Iran en voie de se doter du nucléaire militaire, un conflit régional généralisé entre sunnites et chiites qui raviveraient les anciennes rancœurs et provoqueraient des bains de sang, une alliance chiite – le fameux croissant formé par les Chiites d'Iran, d'Irak, du Liban, d'Arabie saoudite et des autres pays du Golfe –, indépendante des Etats-Unis, qui contrôlerait la plus grande réserve d'hydrocarbure du monde.
A ce propos, l'appel lancé, mardi dernier, par les Etats-Unis et huit pays arabes, à «la non-ingérence dans les affaires intérieures irakiennes» et à la soustraction de l'Irak aux affrontements entre «des pouvoirs régionaux ou internationaux» ne visait-il pas, sans les nommer, l'Iran et ses alliés régionaux (Syrie et Hezbollah) ? Cet appel a été lancé au terme d'une réunion au Koweït entre la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, en tournée dans la région pour «vendre» le nouveau plan américain pour l'Irak, et les chefs de la diplomatie du groupe dit des «6+2», c'est-à-dire les six monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ainsi que l'Egypte et la Jordanie.
A toutes ces menaces s'ajoutent celles liées à la crise libanaise, qui semble encore dans l'impasse, à l'enlisement du processus de paix israélo-palestinien, malgré les ouvertures – souvent d'ailleurs sans lendemain – des dirigeants israéliens et américains, et à la montée en puissance des groupes salafistes jihadistes au Maghreb après avoir essaimé au Machreq.
A moins que l'on réussisse à les éliminer à temps toutes, ces menaces – et les désordres qu'elles sont en train d'engendrer au Moyen-Orient – pourraient déborder cette région hyper sensible et porter atteinte – si ce n'est déjà fait – à la paix et à la stabilité dans le monde.

Diviser pour régner ou la vieille rivalité entre chiites et sunnites
C'est donc dans cette atmosphère délétère et grosse d'imprévus que le président Bush a présenté, le 10 janvier, son énième plan – très controversé – pour l'Irak. Ce plan prévoit essentiellement l'envoi d'un contingent supplémentaire de 21 500 soldats pour aider à stabiliser Bagdad et la province d'Anbar, centre de l'insurrection sunnite.
Ce maigre renfort pourrait-il changer la donne ? Les experts et officiers américains estiment que 21 500 hommes de plus, c'est, à la fois, «trop peu et trop tard». Des gradés de l'US Army ont même surnommé la nouvelle stratégie le JEL (Just enough to lose, «Juste assez pour perdre»).
Les 21 500 soldats de plus pourraient, dans le meilleur des cas, aider à réduire les violences à Bagdad et à sécuriser davantage la zone verte, mais de là à stabiliser le pays et à mettre ainsi en place les conditions d'un hypothétique retrait des troupes américaines du pays, il y a un pas que les observateurs les plus optimistes se garderaient de faire. Or, les mêmes experts et officiers estiment que Washington espère commencer le retrait de ses troupes avec l'envoi de la campagne pour les présidentielles américaines de novembre 2008, c'est-à-dire dans un an et demi. On ose à peine penser ce qui adviendra alors de l'Irak. Et de toute la région…
La secrétaire d'Etat Condoleeza Rice, actuellement en tournée au Moyen-Orient, avait lancé il y a deux ans un concept nouveau, effrayant de cynisme, celui de «chaos créateur». Le chaos, on l'a compris, ce sont nous autres Arabes et musulmans qui devrions en supporter les affres. Nous en avons déjà un avant-goût (amer) en Irak. Mais pour créer quoi exactement ? Et qui va bénéficier de ses retombées ?
La réponse, je l'ai trouvé dans cette phrase d'Edward Luttwak, expert en politique militaire, chercheur au Centre d'études internationales et stratégiques (CSIS) de Washington, dans une récente interview au quotidien français ‘‘Libération'' (10 janvier), que j'invite les lecteurs à méditer: «Le projet américain [de démocratisation du Grand Moyen Orient] a échoué, mais il a néanmoins créé, sans que ce soit son intention de départ, un nouveau Moyen-Orient. La vieille rivalité entre chiites et sunnites s'y est métamorphosée en un conflit dynamique, et les Etats-Unis sont désormais en bonne position pour ‘‘diviser et régner''. Les Américains bénéficient du soutien de l'Arabie Saoudite pour protéger le Premier ministre libanais Fouad Siniora, qui est sunnite, contre le Hezbollah chiite. En Irak, les Etats-Unis appuient les chiites contre les sunnites, et il leur suffirait d'avoir quelques milliers d'hommes basés à Bagdad pour soutenir le gouvernement irakien, dominé par les chiites. Dans la région, les sunnites sont désormais si effrayés par l'influence croissante de l'axe chiite, composé de l'Iran, de l'Irak et du Hezbollah, qu'ils appuient réellement, pour la première fois, la politique américaine. En l'an 2000, le réseau Al-Qaida avait presque les mains libres en Arabie Saoudite. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. En divisant ainsi pour régner, les choses iront au mieux pour les Etats-Unis, qui pourront exercer leur puissance sans grand effort. Dès que l'administration Bush comprendra cela, elle entamera son désengagement militaire d'Irak.» Froide logique qui donne froid au dos. D'autant que, dans la même interview, Luttwak affirme aussi ce que beaucoup d'experts américains prennent déjà pour sûr, à savoir que «les Etats-Unis vont bombarder les sites nucléaires iraniens avant la fin de l'année. En raison de la division entre chiites et sunnites, le sort de l'Iran ne suscitera par beaucoup de sympathies.» Bref, chaos pour chaos, le pire est encore à venir…


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