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14 - James Yee : agent d'Al-Qaïda malgré lui
Notre feuilleton - Le jihad des convertis
Publié dans Le Temps le 27 - 01 - 2007

Ex- aumônier musulman au pénitencier de Guantanamo Bay accusé d'«espionnage et d'assistance à l'ennemi», James Yee, alias Youssef Lee, un Américain d'origine chinoise converti à l'islam, a eu du mal à prouver son innocence.
Car, dans leur paranoïa post-11-Septembre, les autorités américaines étaient convaincues qu'il était un espion au service d'Al-Qaïda. Il était, en réalité, une sorte de jihadiste malgré lui...
Si James Yee était innocent des accusations portées contre lui, des dizaines d'autres convertis à l'islam n'ont pas résisté aux sirènes de l'islamisme radical. Américains, australiens, jamaïcains, français, allemands, belges... Nés de parents chrétiens, juifs ou athées... Fraîchement convertis à l'islam le plus rigoriste par des imams extrémistes, ils ont gagné les camps d'entraînement de Bosnie et d'Afghanistan, où ils ont acquis une solide formation militaire, avant de devenir des «petits soldats du jihad» contre l'Occident mécréant. Certains sont morts dans les montagnes de Tora Bora ou en Irak. D'autres ont été arrêtés dans le cadre de la campagne internationale de lutte contre le terrorisme, jugés et écroués. Leurs parcours, qui se ressemblent en plusieurs points, peuvent être résumés en deux formules: quête désespérée de soi et folie destructrice.

Le 10 septembre 2003, le capitaine James Yee (alias Youssef Yee), aujourd'hui âgé de 37 ans, aumônier musulman du camp de l'armée américaine servant auprès des employés et des détenus musulmans du Camp Delta à Guantanamo Bay, à Cuba, débarque à l'aéroport de Jacksonville, en Floride. Il est en transit, impatient de retrouver sa famille sur la côte Ouest et de profiter de sa permission. Au moment de récupérer son bagage, des hommes en civil l'interceptent, fouillent ses valises, puis l'emmènent, enchaîné et aveuglé avec des lunettes de plongée. Les autorités militaires prétendent qu'il était en possession de documents secrets, qui comprenaient une liste de tous les prisonniers de Guantanamo, une carte de la prison elle-même et des confessions des prisonniers talibans et membres d'Al-Qaïda.

Une carrière militaire brisée
Accusé d'«espionnage et d'assistance à l'ennemi» (par ennemi, il faut comprendre le réseau terroriste Al-Qaïda), le capitaine Yee, jeune officier diplômé de la prestigieuse école militaire de West Point, et dont le père et les deux frères ont également servi dans l'armée, devient subitement un «ennemi combattant», encourant une peine de prison à perpétuité.
Son cauchemar prendra fin d'abord en novembre 2003 lorsqu'il sera libéré sans explications, puis une seconde fois, le 19 mars 2004, lorsque l'armée américaine le blanchit enfin totalement. Cela ne l'empêche pas de mettre à exécution sa décision de quitter l'armée, parce que des «accusations injustifiées ont nui de façon irrémédiable à ma réputation personnelle et professionnelle et mis un terme à mes perspectives de carrière au sein de l'armée des Etats-Unis», comme il l'explique dans sa lettre de démission, le 7 janvier 2005.
Américain, né au New Jersey, de parents d'origine chinoise, élevé en milieu chrétien, James Yee s'est converti à l'islam au début des années 90. Il se prend de passion pour sa nouvelle religion, au moment de son affectation en Arabie saoudite, après la guerre du Golfe, et fait plusieurs pèlerinages à La Mecque. Il passe ensuite quatre ans en Syrie à apprendre l'arabe et à étudier l'islam pour devenir imam. En 2000, il rejoint l'armée américaine pour y devenir aumônier musulman. Cette armée multiconfessionnelle compte une quinzaine d'aumôniers musulmans, dont l'un est actuellement déployé en Irak pour assister les soldats américains de confession musulmane mais aussi pour aider l'armée américaine à comprendre les populations irakiennes.
Après les attentats du 11 septembre 2001, Yee devient une figure précieuse de la base militaire à Fort Lewis, dans le nord-ouest des Etats-Unis, chargé d'expliquer au personnel militaire que ces attaques n'ont rien à voir avec ce que prêche la religion du prophète Mohamed. Il le fait si brillamment que l'US Army le désigne pour une nouvelle mission: aumônier sur la base de Guantanamo.
Quand il arrive dans le camp, en novembre 2002, Yee était l'aumônier le mieux noté. Il ne tarde pas à se lier d'amitié avec les autres musulmans employés dans la base, surtout des traducteurs, qui prennent l'habitude de venir manger chez lui, parce que le mess ne servait pas de viande halal.
Rapidement, les tensions s'exacerbent entre les musulmans et les autres. Lee, comme les traducteurs et militaires musulmans de la base, agacent les gardes et une partie de la hiérarchie, qui trouvaient qu'il montrait trop de sympathie vis-à-vis des détenus. Les trois aumôniers en poste avant lui avaient eu, à moindre échelle, des problèmes créés par les mêmes suspicions.
Bientôt, le petit groupe devient la risée des soldats, qui l'appellent «la clique musulmane» ou encore «le Hamas». Mais, dans l'atmosphère de paranoïa islamophobe régnant aux Etats-Unis depuis les attentats du 11-Septembre, le sarcasme le cède bientôt au soupçon.
Le général Geoffrey Miller, qui sera plus tard envoyé à la prison d'Abou Ghraib, en Irak, pour enseigner les bonnes recettes de Guantanamo, commence à soupçonner un complot islamiste. Il fait fouiller la chambre de Yee, puis ordonne son arrestation. L'enquête fait long feu, car l'aumônier ne détient aucun document secret et les téléphones qu'il faisait à Damas étaient pour sa femme palestinienne, rentrée dans sa famille pendant la mobilisation de son mari.
Ne s'avouant pas vaincus, les enquêteurs militaires inventent une nouvelle accusation contre le capitaine: il serait coupable d'adultère et d'accès à des images pornographiques sur un ordinateur (sic !). Sa femme sera informée de son «infidélité» et de sa «dépravation» présumées et son ménage brisé.

Un «flagrant déni de justice»
Le capitaine Yee passe 76 jours en cellule d'isolement dans une prison où sont incarcérés d'autres cas célèbres de la lutte contre le terrorisme. Ironie du sort, note Philippe Bolopion dans son livre ''Guantanamo, le bagne du bout du monde'' (éd. La Découverte, Paris 2004), «on lui dénie même les droits conférés aux détenus de Guantanamo, qu'il tentait de réconforter quelques jours plus tôt: pas de tapis de prière, pas de flèche indiquant La Mecque pour prier.»
Ce cauchemar américain, le capitaine Yee l'exposera dans un ouvrage de 240 pages ''Pour Dieu et mon pays'' (''For God and Country'', éd. PublicAffairs, New York, octobre 2005), où il exige des excuses du Pentagone pour le «flagrant déni de justice» dont il dit avoir été victime. Il les attend toujours, ces excuses...
«Je crains parfois que mon épreuve provienne simplement du fait que j'étais l'un d'entre eux, un musulman. J'étais un soldat, un citoyen et un patriote. Mais dans le regard d'une minorité suspicieuse et mal avisée, qui a perdu de vue la vocation d'intégration de l'Amérique, j'étais avant tout un musulman», écrit-il.
Cette minorité était si suspicieuse qu'elle a reproché à Yee de parler parfaitement l'arabe comme la plupart des prisonniers, de faire ses prières comme eux, de les saluer d'un ''Assalam aleikoum'' et de dénoncer le maniement irrespectueux du Coran par certains gardes». «Il est avec nous ou avec l'ennemi ?», lança un jour l'un des officiers.
«Certains soldats nous trouvaient trop sensibles aux conditions des détenus ou trop critiques de leur traitement», écrit le capitaine Yee, au sujet du personnel musulman, «ce qui a mené à cette idée que nous prenions leur parti». Une fois lancées, «les accusations ont été répétées et exagérées lors des chaudes soirées cubaines, alimentées par l'ennui de jeunes soldats et la vodka à bas prix», ajoute-t-il.
L'ex-aumônier s'attarde aussi la dénonciation d'un traducteur ayant assisté à un bout de conversation entre lui et un détenu hospitalisé. «Il a rapporté que je m'étais moqué d'une affiche d'opérations psychologiques (...). L'affiche disait : "Le temps est venu de coopérer", ce qui est difficile à traduire en arabe. Nous discutions de cela lorsque le linguiste nous a entendus et pensé que la conversation était subversive.»
Lors de chacune de ses visites en cellules, les gardes criaient «aumônier dans le bâtiment» à plusieurs reprises avant de le laisser entrer. «J'ai eu le sentiment que cela servait d'avertissement pour toute personne engagée dans un comportement dont on ne voudrait pas que je sois témoin», écrit-il.
Yee décrit également dans son livre des scènes d'une violence inouïe, notamment la neutralisation d'un prisonnier par huit gardes surexcités et armés d'équipements antiémeutes. Après l'opération, ils se sont félicités «en se frappant les mains ou torse contre torse, comme les joueurs professionnels de basket. C'était une étrange célébration de victoire pour huit hommes contre un», commente-t-il.
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