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Nos élèves sont-ils devenus dépendants du portable ?
Milieu scolaire
Publié dans Le Temps le 10 - 05 - 2008

Il n'y a pas chez nous de loi interdisant strictement l'usage du téléphone portable dans nos écoles, sauf en temps d'examen. Aujourd'hui plus de 80% des élèves de l'enseignement de base et secondaire sont en possession d'un portable. On ne peut pas les priver de cet appareil qui constitue pour la plupart un moyen de liaison efficace et rapide entre les enfants et leurs parents en cas d'urgence.
Mais ce qu'on peut reprocher chez ces élèves, c'est surtout l'usage qu'ils en font pendant les heures de cours.
Il n'y a pas chez nous de loi interdisant strictement l'usage du téléphone portable dans nos écoles, sauf en temps d'examen. Aujourd'hui plus de 80% des élèves de l'enseignement de base et secondaire sont en possession d'un portable. On ne peut pas les priver de cet appareil qui constitue pour la plupart un moyen de liaison efficace et rapide entre les enfants et leurs parents en cas d'urgence. Mais ce qu'on peut reprocher chez ces élèves, c'est surtout l'usage qu'ils en font pendant les heures de cours. Le téléphone mobile devient ainsi un jouet électronique entre les mains de nos élèves peu soucieux des risques qu'ils peuvent courir suite à une utilisation exagérée et souvent inutile de cet appareil. Dans des proportions moindres, les élèves du primaire sont aussi touchés par ce phénomène. Ces gamins veulent profiter à leur tour de la technologie moderne en possédant leur propre portable qu'ils reçoivent de leurs parents en guise de cadeau d'anniversaire ou en récompense à une réussite scolaire ! Il faut dire que ces petits enfants sont de vrais cracks dans la manipulation de leurs portables. Que dire alors des collégiens et des lycéens ! En effet, ces derniers l'utilisent à tort et à travers, partout à la récré et même dans les salles de classe pour se faire passer des SMS ou procéder à un téléchargement des photos, des séquences vidéo ou des chansons qu'ils échangent par Bluetooth.. Tout cela se passe à l'heure du cours, dans le dos du prof. Mais beaucoup sont pris en flagrant délit en train de prendre même des photos de leurs camarades ou de leur prof.
D'autres sont surpris alors qu'ils sont absorbés par l'un de ces jeux programmés dans le portable ! Et ce qui est pire est que le portable sonne souvent en cours alors qu'il doit être coupé avant l'entrée en classe ! « Cela arrive souvent, nous confie un prof, alors qu'on est en plein cours, on entend un portable sonner dans un cartable ou dans une poche, c'est la mère du gosse qui lui téléphone pour savoir si ça ce passe bien ! Le déroulement de la leçon est alors perturbé ! » C'est devenu quotidien de voir des portables saisis par le prof et remis à l'administration : l'élève concerné est alors puni, le portable est récupéré ensuite par ses parents mais finit par se trouver de nouveau entre les mains de l'enfant, qui refait bientôt son délit. Et ainsi de suite... Les dépassements dangereux liés au portable sont nombreux. La pratique la plus grave est celle appelée « happy slapping », sûrement importée de l'extérieur, de par son nom étranger, (de l'anglais slap = gifle), un jeu idiot qui consiste à filmer avec son portable une agression physique perpétrée sur un élève et à la diffuser ensuite sur des blogs ou à l'envoyer vers d'autres portables, histoire de se marrer ! Et puis, c'est une sorte de défi dans lequel se lancent certains élèves pour montrer à leurs camarades ce dont ils sont capables !
Ajoutons à cela le vol des portables dans les écoles qui devient un phénomène inquiétant. Plusieurs cas de vol sont déclarés par des élèves victimes à l'administration de l'établissement qui procède à une enquête souvent sans résultat, faute de preuves ou de témoins. Pourtant, l'administration ne cesse de rappeler aux élèves de ne pas porter d'objets de valeur à l'école (bijoux, fournitures scolaires de luxe...). Le portable passe ainsi pour un objet de valeur, du moment que certains élèves disposent de portables dernier cri dont le prix est très élevé ! D'autres élèves distraits et maladroits peuvent rentrer le soir sans leur portable parce qu'ils l'ont tout simplement oublié à l'école ou laissé tomber dans la rue, le bus ou le train ! Faut-il blâmer les parents pour avoir acheté aussi cher un portable à leur rejeton qui, généralement, n'en apprécie pas la valeur et risque de le perdre à tout moment, d'une manière ou d'une autre. Car, il faut dire que la plupart des élèves possédant un portable (surtout ceux du primaire et du collège) peuvent se faire racketter à tout moment, puisqu'ils s'en servent à tous les coins de rue ! Les cas de rackets sont malheureusement très fréquents ! Et dire que des téléphones portables conçus spécialement pour des gamins en très bas âge (3 à 8 ans) sont de plus en plus mis en vente sur le marché. Ils sont si simplifiés qu'on peut les assimiler à un jouet. Où sont donc les associations de défense de l'environnement et celle du consommateur ? Ces associations doivent dénoncer publiquement la dangerosité de ces portables mis en permanence à la disposition des jeunes enfants, ne serait-ce que du côté sanitaire, étant donné que leur cerveau est en plein développement et qu'il est établi scientifiquement que l'enfant absorbe 60% d'ondes électromagnétiques de plus qu'un adulte ! Le rôle de ces associations consiste à susciter certaines précautions chez les parents concernant l'achat de téléphones portables pour leurs enfants, en les mettant en garde contre les risques auxquels ils les exposent en leur présentant à l'occasion de leur anniversaire ce « maudit » cadeau !
Aux dires des jeunes contactés dans des collèges et lycées, le téléphone portable est devenu un outil indispensable dont ils ne peuvent se passer ; ils y tiennent comme à la pupille de leurs yeux. D'ailleurs, certains trouvent que l'administration scolaire n'a pas le droit d'interdire l'utilisation du portable dans l'établissement prétextant que certains cas urgents nécessitent le recours au portable pour prévenir immédiatement les parents : « Il y a des cas urgents qui n'attendent pas et nous sommes obligés d'utiliser le portable, par exemple : refus de se faire octroyer un billet de retard, une exclusion éventuelle du cours, un accident scolaire quelconque, un appel urgent de la part d'un parent... » D'autres vous tiennent le même discours en termes plus provocateurs : « Il n'y a pas de raisons sérieuses pour l'interdiction du portable à l'école. Le fait que certains perçoivent d'un mauvais œil l'utilisation du portable par la majorité des élèves dans l'enceinte scolaire relève d'une certaine attitude conservatrice des adultes envers les technologies modernes, alors qu'ils l'utilisent eux-mêmes, combien de fois le portable d'un prof sonne en plein cours et souvent il n'hésite pas à répondre à l'appel ! » D'autres élèves plus raisonnables vous déclarent : « Personne ne peut nier l'utilité du portable pour les élèves quand il s'agit d'un problème sérieux qui nécessite le contact des parents. Mais pendant les cours, il faut qu'ils sachent qu'ils sont fautifs sur ce point, la salle de classe est faite pour étudier et non pour téléphoner. L'administration doit obliger les élèves à éteindre leurs portables avant l'entrée en cours sous peine de sanctions très sévères ! » Et pourtant, la plupart des élèves n'éteignent pas leurs appareils et se contentent de les mettre sur le mode silencieux, ce qui leur permet de consulter chaque appel et peut-être d'y répondre au moins en envoyant discrètement un message ! En agissant de la sorte, nos élèves sont-ils devenus dépendants du téléphone portable ? Cependant, le choix final appartient en premier lieu aux parents, car ce sont eux qui payent la facture. A eux de voir s'ils souhaitent ou non doter leurs enfants de téléphone portable et surtout à quel âge. A l'état où nous sommes arrivés, le bon sens est de conseiller à nos chérubins d'en faire une utilisation modérée.


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