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L'île des rêves ne fait pas rêver
Djerba en Aoussou
Publié dans Le Temps le 05 - 08 - 2008

C'est la saison où Djerba devient méconnaissable pour les résidents habituels, tunisiens ou autres. Les voitures de louages et les bus déversent sans arrêt des estivants. Les bacs fonctionnent sans arrêt pour éviter ces attentes harassantes au soleil. Les hôtels sont complets. Les restaurants, les bouffes rapides surtout, sont envahis jour et nuit par une clientèle souvent peu regardante sur le produit proposé.
Les taxis sont rares. Le nombre de voitures est multiplié par sept : imaginez la circulation un jour de marché. Les prix du poisson, déjà nettement au dessus de la moyenne nationale, suit depuis un moment la courbe ascendante du baril de pétrole. Les légumes et les fruits suivent le mouvement. L'île, telle qu'elle est perçue à travers les cartes postales et les reportages, est différente de celle qui est.

Détritus sur la plage
Les habitués des baignades matinales, pratiquement dans l'eau au lever du soleil durant toute la durée « d'Aoussou », sont chaque jour stupéfaits de la quantité de détritus qui jonchent la plage dite « publique », qui rétrécit chaque année d'ailleurs. Inutile d'en faire une liste complète : cela va des bouteilles et des canettes, tous liquides confondus, aux épluchures de melons et autres joyeusetés de couches-culottes. Bizarrement, la route goudronnée qui longe cette plage coincée entre deux hôtels d'importance est propre comme un sou neuf.
Il est vrai que de mini conteneurs sont dispersés un peu partout, mais le manque flagrant de civisme des estivants, et la rareté des passages de la voierie, donnent à cet espace un aspect désolant. Pire : l'endroit appelé Sidi Hachani, magnifique plage sableuse, eau vert émeraude en permanence, des palmiers au bord de l'eau, loin de tout mouvement, placée juste au début de cette longue langue de sable que la mer dépose, est devenu un véritable dépotoir. Les campeurs, venus d'ici ou d'ailleurs, plus d'ailleurs que d'ici d'ailleurs, jettent leurs détritus à bout de bras, au vu et au su de tous. Les enfants participent à la fête d'ailleurs : allez leur raconter des histoires de monde propre et d'environnement après !!
« L'île des rêves » dites-vous ?

Erosion
Il est à remarquer que chaque matin, des engins appartenant à des sociétés privées, payées par les hôteliers, criblent le sable seulement devant chaque hôtel, et renvoient toutes les algues en mer. Il faut que les touristes ne soient pas importunés par cette végétation naturelle..... Pourtant à chaque colloque, réunion, séminaire sur « la protection du littoral », on insiste sur l'importance des algues comme barrière protectrice contre l'érosion marine. Résultat des courses : il y a quelques années, l'un des premiers hôtels construit à Djerba, à plus de 80 mètres de l'eau, à été littéralement grignoté, démoli et reconstruit depuis. Aujourd'hui, c'est au tour d'un des hôtels les plus prestigieux de voir les vagues cogner la dérisoire barrière de sable à quelques mètres des murs... Un autre hôtel voisin a choisi de faire appel à une protection plus étudiée : deux longs boyaux goudronnés remplis de sable protègent la plage, mais on continue chaque matin de ratisser pour que ne subsiste aucune brindille d'algue.....La mer finira par avoir raison de tout cela, de toutes façons.

Les touristes et les autres
Durant « Aoussou », plusieurs familles viennent camper quelques jours au bord de l'eau. Les uns avec un matériel sophistiqué, tente igloo, barbecue en fer forgé, table et tabourets en plastique, requin gonflable pour les enfants, et toute la panoplie classique soldée dans les supermarchés européens avant l'été. D'autres avec la guitoune classique, avec couffins, canouns, tapis. D'autres squattent les parasols fixes en les entourant d'une grande fouta ou d'une bâche, et cela fait une petite tente circulaire. En plus de ceux qui dorment à la belle étoile. Et cela fait du monde. Un rituel bénéfique. D'autres citoyens viennent chaque jour, tôt le matin et au coucher du soleil.
Fait remarquable : à ces deux moments de la journée, où la lumière, la couleur du ciel, la limpidité et la température de l'eau sont une merveille, il n'y a pratiquement personne devant les espaces réservés aux hôtels, les transats sont vides et on ne voit aucune silhouette barbotant dans l'eau, à quelques très rares exceptions près.
Alors que les deux endroits réservés « au public » sont noirs de monde : éclaboussures, cris d'enfants qui plongent à partir des épaules des parents, des groupes entiers sont dans l'eau, des familles qui font cercle autour d'une vieille personne qui prend ainsi un petit plaisir et profite des effets que tout le monde juge bénéfiques de ce genre de baignade à cette période de l'année et à ces moments précis de la journée.

Le caddie des émigrés
Il n'y a jamais de petits bénéfices. Les émigrés locaux ont pris des habitudes immuables. A l'arrivée, beaucoup d'entre-eux rapportent des appareils électriques, mixers, moulins électriques, des postes de radio, des magnétos, beaucoup de périphériques pour ordinateurs, des PC portables, des appareils photos, des pompes, des outils, etc. Il y a du neuf, mais beaucoup sont usagés. On les appelle les « ferrailleurs », parce que tous savent ici que la majorité de ces objets, déjà utilisés, viennent de la rue, ramassés de nuit. L'habitude de mettre à la rue les objets qu'on n'utilise plus dans certains quartiers de Paris et des grandes villes est bien connue. Une aubaine pour les étudiants qui se « meublent » ainsi gratuitement, et une aubaine pour nos « ferrailleurs », qui revendent ici leur récolte annuelle. Quelques dinars de plus sont toujours les bienvenus.
Pour les supers-marchés et les grosses épiceries de l'île, c'est la saison de bonnes affaires !!! Pratiquement tous les émigrés repartent avec une énorme provision de denrées alimentaires. Et tous mettent en avant le coût de la vie et les avantages qu'ils ont à acheter des dizaines de grosses boîtes de concentré de tomate, d'harissa, des boîtes de thon et de sardine, des dizaines de kilos de pâtes, de couscous, de semoule, de sucre, les crèmes pâtissières même. Il suffit d'aller dans les grandes surfaces pour voir les rayons de conserves et de pâtes pratiquement vides à la mi-journée.
Ne parlons pas des épices et des queues incessantes qu'on voit devant le moulin spécialisé, des kilos de bsissa, de sorgho, ni des bidons métalliques pleins de kadid.
Ce n'est pas un hasard si les voitures prisées par nos émigrés sont les gros breaks, aux coffres volumineux. Et de bons amortisseurs.... Surtout.

La mort des Festivals
Un peu partout, en Tunisie, l'été est la période des festivals. On veille tard, il fait bon, les espaces sont là pour les activités culturelles. Djerba est un des pôles touristiques d'importance. On ne parle que de « tourisme culturel » comme créneau porteur. Et à Djerba ces espaces ne manquent pas. En plus de ce monumental Théâtre de Plein Air, de la Maison de la Culture , du Centre Culturel Méditerranéen, de la cour du Fort Ghazi Mustapha( Fort Espagnol), des placettes de Houmt-Souk, il y a pratiquement une salle de spectacle dans chaque hôtel.
Mais dites-moi donc, où sont passés ces Festival dits « internationaux » ? Le Festival du Film Historique et Mythologique, embourbé un soir dans un Casino, ne s'en est jamais plus relevé. La médiocrité et l'incompétence aidant, il est bien mort et enterré depuis.... Le Festival International d'Ulysse, l'une des plus anciennes manifestations culturelles, qui s'est illustré par des activité de grande qualité durant plusieurs sessions, s'est lentement transformé en organisme d' « animation », puis s'est laissé engloutir dans les surenchères de ceux qui cherchent les tremplins, a lentement agonisé lui aussi avant de rendre l'âme à son tour....
Des jeunes étudiants en cinéma, pleins d'allant et de bonne volonté, voulant organiser « une rencontre cinématographique » avec projections, débats, ont vu leur programme mis en cause, le refus de leur donner l'espace promis au Centre Culturel. L'intervention directe du maire a permis de dénouer la situation. A quoi servent donc ces bâtisses qui sentent la naphtaline ?
Des espaces qui ne demandent qu'à être vivants, pourtant, ce Théâtre de Plein air et ce Centre Culturel. Obscurs, vides, silencieux, alors qu'à côté, sous les murs du Fort, brillent les lumières d'une grandiose fête foraine : énorme roue, des autos tamponneuses, des baraques de loteries et des stands de toutes sortes, de la bouffe, des décibels..... Tourisme culturel, dites-vous ?


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