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Le handicapé dans la ville
ENQUETE
Publié dans Le Temps le 08 - 09 - 2008

Rencontres : Le Père D. Tommy-Martin : « l'urgence est de préserver les acquis »
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Am Tijani : « je dois attendre qu'on me hisse dans le métro »
D'énormes avancées sont faites sur le plan législatif pour donner aux citoyens handicapés la protection nécessaire. Obligation est faite à toutes les administrations de prévoir une rampe d'accès aux chaises roulantes.
La réalité est tout autre. Il suffit de regarder simplement la cité pour nous apercevoir que dans le quotidien, tous handicaps confondus, ces non- voyants, ces sourds-muets, ces handicapés moteurs , usent de stratagèmes personnels pour déjouer les obstacles et souffrent dans tous leurs déplacements, parce qu'on a très peu tenu compte de leurs besoins, que les trottoirs, les moyens de transports, les indications, la conception de l'espace commun, public et privé, sont faits pour des citoyens dits valides.
Le non voyant d'abord. C'est sa canne qui lui sert de « sonar » pour détecter les obstacles et les embûches. Généralement ils intériorisent si parfaitement leur trajet qu'ils sont capables de vous dire à quel endroit ils sont, à quelle distance approximative de telle boutique, etc. Ils faut dire aussi que très souvent ils ont des itinéraires immuables.
Mais parfois ils se heurtent à des obstacles indétectables et extrêmement dangereux pour leur intégrité physique. Ainsi, les bornes en béton sur les trottoirs pour empêcher les stationnements sauvages, sont des pièges qui font trébucher les non voyants parce que très souvent la canne passe au dessus. De la même façon, des panneaux posés à même le trottoir pour signaler, flèche à l'appui, l'existence d'un taxiphone, d'un fast-food, d'une salle de jeu, ou le menu d'un restaurant, provoquent des chutes et des pertes d'équilibre. Dans certaines villes, la hauteur des plaques de signalisation ne sont pas aux normes voulues, soit trop basses, soit plantées de telle façon que le trottoir ne permet plus une circulation aisée. Les services compétents ferment les yeux sur tous les objets qui pendouillent par delà les devantures des magasins, robes, cartables, espadrilles, qui surprennent, dérangent, et parfois blessent ces usagers handicapés de la vue.
Le plus grave, c'est la volonté manifeste des services concernés de ne pas sanctionner les automobilistes qui utilisent les trottoirs comme parking. Malgré de nombreux articles publiés dans nos colonnes à ce sujet, nous constatons avec tristesse qu'à la rue d'Alger, Rue de Suisse, Rue de Hollande, et ailleurs, les choses sont en état, et tant pis pour les handicapés s'ils ne trouvent pas de passage, ils n'ont qu'à ne pas circuler à pied sur les trottoirs, avoir une voiture et stationner au mépris de la loi comme ces messieurs -dames!!! Qu'on se mette juste un moment à la place d'un non voyant, en fermant totalement les yeux, et qu'on essaie de traverser une rue en ville, sans savoir si le feu est au rouge ou au vert, sans avoir une idée sur la vitesse du véhicule qui arrive et à quelle distance il se trouve.
Ne parlons pas des marchands ambulants, ni des étals sauvages qui se multiplient ces derniers temps : rue Abdennasser et toutes les rues avoisinantes deviennent le lieu d'une anarchie sans nom. Comment voulez-vous qu'une personne valide y circule aisément ? Que dire alors d'un non voyant ou de tout autre handicapé ?

La galère des handicapés moteurs :
Ce sont eux qui souffrent le plus. La chaise roulante, outil extraordinaire pour aider ces personnes à se mouvoir en ville, devient un fardeau, un véhicule très difficile à manœuvrer par manque d'accès en nombre suffisants et correctement signalés. Faites une vérification au centre ville, des hectomètres de trottoirs sans une seule dénivellation pour permettre à ces usagers plus que fragilisés physiquement d'entrer dans une banque, une administration, ou simplement rejoindre des amis installés à la terrasse d'un café.
Malgré la législation qui impose une entrée particulière réservée aux handicapés moteurs, une rampe d'accès aux normes bien précises, on constate, çà et là, que ces obligations ne sont pas respectées, et que même si rampe il y a, elle n'est pas du tout conforme aux règles. On fait peu de cas du degré d'inclinaison pour permettre une montée qui ne se transforme pas en torture pour les muscles des bras. Souvent, le passage est exigu, placé de telle façon que l'usager doit faire plus que des efforts pour accéder à l'endroit voulu. Un exemple frappant : un grand magasin de la capitale, possédant deux entrées donnant sur des rues parallèles, applique bien la loi. Il y a une rampe d'accès d'un côté, mais pas de l'autre. Le handicapé doit faire tout le tour du bloc pour pouvoir venir dépenser ses sous à l'intérieur !!
Et les exemples les plus dérangeants viennent de ceux qui normalement doivent être des modèles. Avenue Habib Thameur : la Trésorerie Générale , la Paierie Générale, Le Bureau de Relations avec les Citoyens du Gouvernorat de Tunis, la Poste mitoyenne, une grande banque voisine, absolument toutes ces administrations ne possèdent aucune rampe pour permettre aux citoyens handicapés d'y avoir accès, et ce contrairement à la loi !!!
Aussi grave encore : le Théâtre Municipal de Tunis, notre grande fierté, n'a pas encore aménagé d'accès à ces handicapés moteurs, malgré les innombrables réclamations, et ainsi, on les prive du droit de se divertir et d'assister à des concerts ou des représentations !!
Par ailleurs, aussi bien dans les banques, que dans les bureaux de poste, la hauteur des guichets est faite pour les gens dits « normaux », le handicapé doit soit parler à voix haute, soit demander l'aide d'une personne, employée ou pas. Et dans les deux cas, le principe de confidentialité, droit de tout citoyen, lui est dénié.
De la même façon, ils ne peuvent pas facilement retirer de l'argent des distributeurs automatiques de billets ( DAB) : en effet la position, la hauteur du clavier, ne permettent pas une manipulation aisée. Avenue Bourguiba, pas loin de la place Ibn Khaldoun, un distributeur est niché dans une alcôve, et il faut monter trois marches pour y accéder !! D'ailleurs il n'y a aucune dénivellation dans le trottoir face à ces distributeurs. Si le citoyen ordinaire peut facilement se déplacer sur le trottoir, ce n'est pas le cas de ces handicapés moteurs.
Tous ces handicapés, temporaires ou définitifs, suite à un accident, une maladie, par héritage congénital, ou simplement par les effets de l'âge sur le corps, sont des citoyens à part entière. De ce fait, ils ont droit à la même qualité de vie. Tout le problème des associations, et de nous tous, aujourd'hui, est de mener ce combat pour assurer l'égalité, selon le mot d'ordre lancé par Handicap International : « Kif-Kif » !! Il faudrait commencer par revoir notre conception de l'espace urbain, intégrer des représentants des handicapés dans les comités qui délivrent les permis de construire pour imposer des normes qui tiennent compte de leurs besoins.
Fatah Thabet
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Rencontres : Le Père D. Tommy-Martin : « l'urgence est de préserver les acquis »
Après des études de Pédagogie à Paris, le Père Dominique Tommy-Martin est venu s'installer en Tunisie dans le but de venir en aide aux handicapés, parallèlement à ses fonctions ecclésiastiques. En 1958, un club est né en ce sens, et avec des parents d'enfants, il a participé à la création de l'UTAIM, association reconnue en 67. Puis des sections à Gabès, où il officiait, puis à Sfax. Diplômé en sciences de l'éducation le Père Dominique, dit « Toumi », surnom sous lequel il est connu dans le sud, n'a cessé depuis plus de 50 ans d'apporter son soutien et son aide aux associations d'handicapés.
Quelles sont les urgences aujourd'hui ?
Il faut plutôt parler d'une urgence, c'est de ne pas perdre les acquis après tant de progrès accomplis dans ce domaine de la prévention, de la législation, qui garantit la place des handicapés dans la société, leur éducation, leur accompagnement, leur intégration. Mais
aujourd'hui le taux de remboursement des caisses est resté le même depuis une dizaine d'années et ne s'est pas adapté aux coûts spécifiques de prise en charge de certaines catégories de handicap, tels que le poly-handicap ou l'autisme. Beaucoup d'associations se
trouvent dans une impasse économique parce que tout a augmenté mais pas les subventions qui leur ont permis de créer des projets productifs. Le découragement les guette, la routine risque de s'installer. Donc faire face très vite à cette situation pour ne pas perdre nos acquis.
Les obstacles en ville pour les personnes handicapées ? »
Des mesures législatives d'importance ont facilité l'accès aux institutions publiques et privées pour les personnes handicapées. Mais le reste doit suivre. Imaginez simplement les difficultés d'une personne en chaise roulante dans des toilettes inadaptées, les embûches des trottoirs et des chaussées, pour les malvoyants. Et le regard des autres !!! Il va de la condescendance à la pitié. Et cela débouche sur de l'aumône. Les handicapés ont des droits et sont capables d'exercer des métiers. L'obstacle majeur est ce regard de rejet qu il faut combattre, pour arriver à intégrer ces citoyens de plein de droit.

Am Tijani : « je dois attendre qu'on me hisse dans le métro »
Am Tijani a 60 ans. Ex ouvrier du bâtiment, spécialiste en étanchéité, il a eu les deux jambes sectionnées par un train à la gare de Tunis en 1987. Il vit depuis en chaise roulante, de mendicité, du côté du marché central. Il dit avoir écrit un peu partout des lettres pour une aide à la pose d'un moteur pour soulager ses efforts et se déplacer plus facilement. Aucune réponse à ce jour.
« Les administrations on mis en place des rampes d'accès, par obligation, mais il est difficile d'y arriver parce qu'il faut faire tout un détour pour trouver un passage dans le trottoir. D'ailleurs à la poste, j'arrive à peine à hauteur du guichet. Je n'arrive jamais à
utiliser le taxiphone, c'est trop haut pour moi. Pour prendre le métro ou le bus j'attends que des personnes bien charitables me soulèvent et me posent à l'intérieur de la rame. Cela peut prendre deux heures parfois. Vous ne pouvez imaginer ma terreur dans les bousculades lors du Ramadan ou personne ne fait plus attention à vous et parfois même vos êtes considéré comme « gênant » pour la circulation. Je ne vous raconte pas ma peur de ne trouver personne pour m'aider à descendre. Parfois des petits voyous me bousculent et jouent en faisant tournoyer ma chaise roulante......Que voulez-vous que je vous dise de plus ? »


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