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Le plaisir de se faire déplumer
Veillées ramadanesques
Publié dans Le Temps le 17 - 09 - 2008


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Formules diverses et novatrices des commerçants...
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On triple les prix et on pratique, partout, la vente liée ...Et pourtant c'est interdit par la loi.
Chaque année, dans la même période, le sujet revient et le constat est le même : les salons de thé changent leur carte, triplent le prix de la consommation, et pratiquent sans gêne la vente liée.
Malgré une loi claire et des contrôles fréquents, les commerçants abusent et trouvent pour justifier leur manœuvre des formules diverses et novatrices. Un petit tour auprès des cafés nous révèle que les prix peuvent grimper autant que le souhaite le commerçant, le consommateur est prêt à payer, avec grand plaisir.
L'histoire des veillées ramadanesques est belle comme une fête en éternel recommencement. Gâteaux, sucreries, jeux de cartes, jeux de société, familles et amis, ambiance chaleureuse, feuilletons à volonté...l'énumération est digne d'un programme de vacances bien animées. Tout cela est bien joli, s'amuser sans dépenser un sou à l'heure où respirer seulement coûte cher. Mais pour que cela soit possible, il ne faut surtout pas mettre le nez dehors. Cette année, les prix ont encore grimpé et le must de cette année est devenu généralisé partout : le musicien ou le DJ qui agace. Cet « artiste » qui implique un droit de spectacle n'a généralement rien de spécial, limite chanteur de karaoké, animateur de soirée. Ce qui le caractérise la plus, c'est la dimension commerciale qu'il confère à la soirée. Les commerçants ont trouvé la bonne formule : le droit de spectacle sera comptabilisé dans l'addition et présenté sous le titre « divers », sous forme d'assiette de sucreries tunisiennes ou de coupes de balwza. La loi a interdit la vente liée longtemps pratiquée pendant le mois de ramadan ; les commerçants n'ont plus le droit d'obliger le client à consommer un produit « annexé » à un autre, par exemple une boisson et un gâteau. Pour contourner cette loi, pour rentabiliser au maximum les soirées, la formule « droit de spectacle » marche à merveille. Pour 5 personnes, une assiette de pâtisseries tunisiennes, 5 morceaux à 10d...Même si le spectacle n'est qu'un pauvre DJ qui s'essaie à l'art d'agacer l'audience, on paie.
Le problème c'est que le consommateur accepte cette situation et trouve un plaisir fou à chercher un nouveau salon de thé tous les soirs pour dépenser son argent. Si on se fait arnaquer on se dit qu'on n'y reviendra plus et on cherche un nouvel endroit. Et les places ne manquent pas. Certains bars convertis en spécial ramadan, prévoient des stars des hôtels tunisiens et des dîners gala pour égayer la soirée. Le soda devient à 10d, une chicha à 25d, une assiette de pâtisseries obligatoire à 20D, pour 4 personnes l'addition dépasse les 50 dinars.
Plus l'endroit est huppé et la star connue, plus les prix augmentent. Cela n'empêche rien puisque tous les clubs et les salons sont pleins à craquer tous les soirs. Il faut dire que la concurrence est rude et que chaque commerçant innove pour séduire et faire dépenser le maximum. Jeux de société, déco et lumières raffinées, service impeccable, chacun son créneau. Le pauvre consommateur qui se plaint des prix et n'arrive pas à joindre les deux bouts, c'est le même qui dépense des fortunes tous les soirs ?


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