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Qui tire les ficelles ?
POINTS CHAUDS
Publié dans Le Temps le 09 - 02 - 2009


Qualité de l'enseignement supérieur
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Du côté des enseignants : « le choix des responsables pédagogiques se fait souvent sur la base de critères autres qu'universitaires »
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Des curiosités du classement Shanghai
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Du côté de l'administration : « Notre enseignement est hautement valorisé à l'étranger. Nos élites font facilement leurs preuves dans les institutions étrangères »
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Du côté des étudiants : « On s'oriente vers la recherche scientifique, faute d'emploi »
La question de la qualité ne cesse d'être posée dans l'enseignement supérieur en Tunisie. Son évaluation dépend d'une instance à une autre. L'enseignement supérieur tunisien est classé au 27ème rang mondial et au premier rang arabe et africain par le Forum Mondial Economique de Davos. D'un autre côté, et dans un autre classement mondial, celui plus significatif des universités, établi chaque année par l'université de Shanghai, aux 500 premières places, il n'y a trace d'aucune université ou institution d'enseignement ou de recherche tunisienne.
Ceci explique le fait que le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie, M. Lazhar Bououny, a récemment proclamé que l'administration prône des objectifs de qualité. Il a annoncé que l'on doit s'orienter vers une certification de la formation en Tunisie pour élargir les perspectives face aux diplômés de nos universités et de nos écoles d'ingénieurs : « Même Microsoft a affirmé sa disposition à recruter nos ingénieurs si leurs diplômes sont certifiés », a-t-il affirmé en précisant : « Rien ne manque à notre formation universitaire et rien ne justifie cette frénésie sur l'étranger. Nos écoles de formation d'ingénieurs dispensent des formations de haut niveau et il n'y a aucune raison pour que l'on se rabatte sur des écoles françaises de province pour y affecter l'élite de nos étudiants ».
Mettre ces institutions à l'épreuve de la certification internationale ne manquera pas de leur donner un stimulant. Surtout qu'au moment où l'administration avance de telles affirmations, les enseignants et les étudiants ne sont pas aussi catégoriques. Ils constatent des manquements entravant la qualité de la formation dispensée et ne pouvant qu'affecter la valeur des diplômes délivrés. Ils considèrent même que les acteurs de la scène universitaire ont été mis à l'écart lors de l'édification des réformes devant amener à la qualité. Ils constatent une véritable désaffection des concernés par rapport à l'institution universitaire et ils déplorent une sorte de blocage n'aidant pas à édifier un enseignement de qualité pouvant contribuer à la croissance économique escomptée.
Apparemment, le mode actuel de gestion de l'université ne fait pas l'unanimité. Les enseignants et les étudiants déplorent le manque de moyens pour parvenir à l'excellence. L'administration y oppose le volume limité des ressources ne pouvant faire face à la fois à la massification de l'enseignement supérieur et à ses problématiques d'encadrement, en même temps qu'aux exigences de la qualité. Quelques experts trouvent que parvenir à la qualité n'a pas de prix. Mais il a un coût que le budget actuel des universités ne saurait y répondre.
Ces experts reprochent à l'administration de fixer des objectifs en fonction des fonds et, non, en fonction des résultats qualitatifs. Ils jugent inadmissibles que l'administration promulgue un arrêté fixant à 30 % le nombre des boursiers des grandes écoles françaises parmi l'élite de nos étudiants en dépit de la qualité de ces écoles auxquelles ils peuvent réussir à obtenir par la voie des concours : « il faut impérativement s'entendre d'abord sur la liste d'écoles supérieures qu'on estime performantes et pouvant donner le plus à nos élites pour les y affecter. Les étudiants parvenant à y avoir l'accès, doivent être automatiquement boursiers de l'Etat. La question du nombre d'étudiants boursiers ne devrait pas se poser du moment qu'il s'agit d'une plus-value évidente pour notre enseignement supérieur et pour notre économie. On n'est pas à 100.000 euros près. C'est le coût de la réussite. », disent-ils.
D'autres experts soulèvent la question du financement de l'enseignement supérieur. Ils trouvent qu'il est nécessaire que les fondations et le secteur privé s'y mettent pour soutenir la recherche scientifique. L'expérience internationale montre que les Etats ne supportent pas seuls les charges de l'enseignement supérieur. Les fondations y contribuent dans un esprit de mécénat. Le secteur privé y contribue dans un souci de performance. Les ateliers de recherche de l'université ont permis de résoudre plusieurs problématiques posées dans l'industrie ou dans les services. Les intéressés sont appelés à renvoyer l'ascenseur. Les temps de l'Etat providence sont révolus.
L'objectif de quitter le bas-fond des classements mondiaux nécessite, semble-t-il, que l'on révise le mode de gestion actuel de l'université. Entre-temps, administration, enseignants et étudiants, se renvoient la balle de la responsabilité dans la problématique d'absence de qualité.
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Du côté des enseignants : « le choix des responsables pédagogiques se fait souvent sur la base de critères autres qu'universitaires »
Les enseignants pensent qu'ils sont parmi les principaux acteurs de la scène universitaire. Ils représentent les vecteurs de transmission du savoir académique et du savoir-faire pratique. Ils sont censés être consultés pour tout ce qui touche la formation prodiguée. Or, selon ces derniers, on assiste à l'université à une véritable prise de pouvoir de l'administration universitaire. Les postures, les gestes, le ton, les termes usités par les agents en sont un signe quotidien. C'aurait été de bon aloi, si cela permettait l'amélioration du fonctionnement des institutions. Or, on assiste à l'effet contraire, l'administration, ou plutôt la bureaucratie universitaire, a phagocyté le système pour bloquer toute initiative des enseignants. Ils déplorent le trop de formalités, de papiers, de signatures.
Les enseignants constatent également que les étudiants sont de plus en plus sceptiques quant à la valeur de leurs diplômes. En classe et dans les amphis, ce sont des consommateurs amorphes des enseignements qu'on leur prodigue. Ils vivent accrochés à leur calculatrice qui les aide à gérer leurs notes et coefficients, sans plus.
Mais à leur décharge, il faut reconnaître que leurs conditions de vie et d'études sont de plus en plus difficiles. Une enquête officielle du ministère de l'Enseignement Supérieur, publiée en 1999 donne 2 chiffres alarmants: 55% des étudiants ont pour seule activité culturelle le fait de regarder la télé, et 80% estiment qu'ils ont besoin d'une assistance psychologique.
Pour les enseignants, le choix des responsables pédagogiques - du directeur de département au président d'université- se fait souvent sur la base de critères autres qu'universitaires. Par conséquent, leur gestion se fait, bon gré mal gré, dans l'intérêt du lobby qui les a soutenus. Qu'il soit politique, syndical ou régional.
Enfin, et c'est plus délicat et plus compliqué à la fois. Si on examine la participation des enseignants à la vie de l'université, c'est-à-dire les réunions de département, les conseils de classe, les jurys, les réunions de laboratoires, etc. on s'aperçoit que tout ce qui fait la vie collégiale, est devenu le lot d'une minorité d'enseignants. L'absentéisme et la démission d'un nombre de plus en plus important a pour effet pervers l'installation d'un sentiment de solitude et de lassitude chez ceux qui veulent continuer à croire au service public de l'enseignement supérieur et à sa mission "sacrée".
Les enseignants se réfugient désormais dans les cours en pensant que ça pourrait éventuellement les épanouir. Or les cours sont devenus une sorte de monologue complet et permanent. L'enseignant ne sait plus s'il ennuie ou s'il intéresse les étudiants qui ingurgitent ce qu'on leur sert dans une apathie totale et générale.
Ce n'est pas dans de telles conditions que l'on pourrait développer l'excellence.
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Des curiosités du classement Shanghai

- Plusieurs classements d'universités sont établis à travers le monde. Mais les experts et les académiciens considèrent que les critères du classement Shanghai sont les plus objectifs.
- Le classement Shanghai cite 500 universités. Il donne des rangs propres à chaque université pour les 100 premières et établit cinq autres lots (100ème à 150ème, 150ème à 200ème, 201ème à 300ème, 301ème à 400ème, 401ème à 500ème ).
- Sur les cinquante meilleures universités au monde selon le classement Shanghai, 37 sont américaines, cinq sont britaniques (4ème - 10ème - 23ème - 25ème et 48ème ), deux sont japonaises (20ème et 22ème ), deux sont canadiennes (23ème et 36ème ), une est suisse (27ème ), une est française (39ème), une est danoise (42ème ) et une est hollandaise (46ème ).
- Sur les 100 premières universités, 53 sont américaines, 11 sont britaniques, six sont japonaises et six sont allemandes, quatre sont françaises, quatre sont canadiennes et quatre sont suédoises, trois sont suisses, deux sont australiennes, deux sont hollandaises, une est norvégienne, une est finlandaise, une est russe, une est danoise et une est israélienne.
- L'université Harvard conserve la pôle position, talonnée par l'université Stanford et l'université Berkley de Californie. L'université britanique « Oxford » vient en 4ème position.
- La première université française vient en 39ème position. Il s'agit de l'université Paris 06.
- 23 universités françaises sont citées : 39 - Paris 6 *52- Paris 11 *83- Ecole Normale Supérieure de Paris *99- Université de Strasbourg 1 *102-150 Paris 7 *151-202 Grenoble 1 et Paris 5 *203-304 Ecole Polytechnique, Lyon 1, Méditerranée, Montpellier 2 et Toulouse 3 * 305-402 Ecole Supérieure des Mines, Ecole Supérieure Physique et Chimie de l'industrie, Aix-Marseille 1, Bordeaux 1, Nancy 1 et Paris 9. * 403-504 Ecole Normale Supérieure de Lyon, Université Bordeaux 2, Lille 1, Nice et Rennes 1.
- L'unique université arabe citée est l'université du Caire. Elle fait partie du lot (403ème à 504ème).
Sept universités israéliennes sont citées: Hebrew Univ Jerusalem (64ème place), Technion Israel Inst Tech (102 - 150), Tel Aviv Univ (102 - 150 ), Weizmann Inst Sci (102 - 150), Ben Gurion Univ (203 - 304), Bar Ilan Univ (305 - 402) et Univ Haifa (403 - 504).
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Du côté de l'administration : « Notre enseignement est hautement valorisé à l'étranger. Nos élites font facilement leurs preuves dans les institutions étrangères »

L'administration clame sur tous les toits que ce n'est pas un hasard si les étudiants tunisiens réussissent là où ils passent. D'ailleurs, ils se révèlent souvent plus performants que les autres étudiants des pays émergents et, même, des pays de l'OCDE. L'enseignement supérieur tunisien a été classé 39ème dans le monde par le Forum de Davos. La Tunisie est première en Afrique et dans le Monde arabe. Si quelques universités sud-africaines précèdent les tunisiennes, c'est en raison d'une différence de choix entre les deux politiques d'enseignement supérieur. La Tunisie a prôné la démocratisation de l'enseignement supérieur alors que l'Afrique du Sud a un enseignement supérieur sélectif et payant. La Tunisie est fière d'offrir à chaque bachelier une inscription à l'université et l'enseignement est gratuit. Le résultat est là pour comparer l'impact social des cursus universitaires dans les deux pays. Des médecins tunisiens travaillent par centaines en Afrique du Sud, faute de professionnels autochtones.
Selon l'administration, cette vocation sociale handicape l'enseignement supérieur sous d'autres angles car les ressources de l'Etat sont limitées. Mais la Tunisie est toutefois parvenue à élever le taux de contribution à la recherche scientifique à 1,25 % du budget et c'est un autre point auquel d'autres pays ne sont pas parvenus.
Les stratèges de l'Etat pensent qu'une telle situation de la recherche scientifique et de l'enseignement supérieur n'empêchent pas la Tunisie de poursuivre sa marche vers la quête de la qualité.
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Du côté des étudiants : « On s'oriente vers la recherche scientifique, faute d'emploi »

Les étudiants sont sceptiques quant à la performance dans l'enseignement supérieur en Tunisie. Pour eux, il ne s'agit nullement d'une négation de la qualité académique des cursus académiques locaux mais, plutôt, de la quête d'efficacité que l'on retrouve dans les sites universitaires étrangers. « Interrogez n'importe quel étudiant sur les stages locaux qu'il effectue dans l'industrie et vous allez découvrir les raisons ! », répliquent-ils. « Les stagiaires passent le clair de leur temps à faire des travaux subalternes (photocopie, saisie, etc.). Parfois, on lui délivre son attestation de stage par complaisance et sans qu'il ne mette jamais les pieds dans un atelier ».
Les étudiants jugent qu'à l'opposé de ce caractère quasi-caduc des stages d'étudiants en Tunisie, les mêmes stages à l'étranger sont rigoureux autant au niveau de la formation académique que pratique.
Un étudiant de l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis explique : « quelques uns de mes collègues en France ont effectué des stages sur des chantiers d'aéroports et de ports. Il s'agit d'une véritable immersion dans la sphère de la production. J'ai eu également l'opportunité de côtoyer des étudiants américains. Ils bossent certes très dur mais ils sont choyés et ils ont des moyens énormes pour les études et les recherches. Ils ont des accès directs sur les chantiers, les usines, les hôpitaux et tous les services publics. Ils sont même encouragés pour effectuer ça par des bonus de services communautaires. Par contre, en Tunisie, l'université est encore isolée et c'est ce qui explique notre absence dans les classements de qualité. Sous nos cieux, on s'oriente vers des Masters parce qu'on n'a pas trouvé d'embauche. Les 35.000 inscrits en Mastère l'ont fait, en majorité, parce qu'ils n'ont pas trouvé d'autres choses à faire. C'est désolant mais c'est comme ça »


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