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Force de l'argument et non argument de la force
Tribune : Université
Publié dans Le Temps le 29 - 03 - 2009

L'Université est une institution qui s'est toujours caractérisée par un très haut degré de spécificité. Il en est de même de toutes ses composantes. Il faut être clair. Cette institution se différencie fortement de l'entreprise et de l'administration pour ne citer que ces deux types d'organisation.
Au sein de l'université coexistent plusieurs acteurs, types de relations et catégories d'organisations. Pour l'organisation des étudiants, il faudra remarquer que la relation qu'entretient cette institution, même s'il s'agit d'un syndicat, est loin d'être une relation employé-employeur. Loin de là. Faut-il le rappeler. C'est syndicat très spécifique. Un syndicat d'étudiant.
Cette spécificité n'enlève, bien entendu, rien du tout à l'importance de l'organisation estudiantine. Organisation au sein de laquelle se sont formées des générations entières, que ce soit dans le cadre du mouvement national, dans celui de la construction du nouvel Etat indépendant, ou, plus tard, avec la diversité des orientations idéologiques.
Or, nous constatons tous, et le constat est unanime, que depuis quelques années déjà, rien ne va dans cette organisation. L'UGET a perdu ces dernières années de sa représentativité d'une manière drastique. La violence qu'on croyait n'être plus qu'un mauvais souvenir réapparaît sur certains campus universitaires.

I- Leviers fondamentaux : Clarté, représentation et démocratisation :
L'UGET ne semble plus représentative des étudiants tunisiens, tant au niveau de sa base qu'à celui de ses différentes structures dirigeantes. Il faut être clair. Notre pays compte, désormais, plus de 380.000 étudiants répartis entre 192 institutions universitaires encadrées par treize universités. Jamais le problème de représentativité de l'UGET ne s'est posé avec autant d'acuité que lors de ces derniers mois. En effet, une partie de l'UGET n'a pas participé aux dernières élections des membres des étudiants aux différents conseils scientifiques. L'UGET a ainsi, déserté l'endroit qui était censé être naturellement le sien à l'Université. Or, au lieu de se remettre en cause, de poser les problèmes de représentation, d'adhésion et toute la pratique de ces dernières années, les dirigeants de l'Organisation procèdent à une véritable fuite en avant. Ils annoncent un congrès accompagné d'une consécution de grèves dont on parvient mal à cerner ni le substrat de légitimité chez les dirigeants qui en ont décidé, ni la pertinence des objectifs s'il y en a, par delà l'effet d'annonce.
Cette crise ne peut être dépassée, à notre sens, qu'en recourant à plusieurs leviers à la fois. Le premier de ces leviers est l'adhésion. L'adhésion à une organisation syndicale, quelle que soit sa nature d'ailleurs, catégorielle ou nationale ou les deux à la fois, n'induit nullement un modèle unique d'adhésion et de fonctionnement. En effet, pour l'adhésion, les personnes concernées peuvent adhérer, à plusieurs syndicats à la fois, dans le cadre du pluralisme syndical. L'adhésion peut aussi avoir lieu, naturellement, dans le cadre de l'ouverture du même syndicat à tous les adhérents potentiels de ce syndicat. Cette dernière variante est manifestement et indubitablement celle de l'UGET. Car, il s'agit du syndicat des étudiants tunisiens qui les a réunis historiquement, pendant des décennies et par delà les enjeux. Il faut donc éviter le mélange des genres. On ne peut en aucun cas fonctionner sur les deux systèmes à la fois d'un premier côté. Car, au fond, autant s'il peut paraître concevable d'adhérer par cooptation dans une association, le faire dans un syndicat altère la nature même de celui-ci. Cela ne s'est jamais, d'ailleurs, vu à notre connaissance dans aucun pays, cela dit au passage. Dans les situations de pluralisme organisationnel, les syndicats sont en concurrence directe pour les adhérents, pour la réalisation des objectifs etc.
L'UGET est un autre cas de figure. Elle n'a jamais été, depuis sa naissance, un syndicat de cooptation. Il ne serait pas normal qu'elle le devienne aujourd'hui. C'est le syndicat de l'ensemble des étudiants tunisiens : Historiquement et actuellement. Par delà les vicissitudes. Cette équation vérité n'a vu au cours des décades aucun phénomène capable de la rendre désuète, même si elle a été perturbée au passage. Tout le reste, à savoir lesdites perturbations, auront vacillé entre choix improductif et velléités hégémoniques finissant dans une perspective peu heureuse pour ne pas dire dramatique et encore moins légitime : celle d'une organisation prestigieuse otage d'une minorité.
Les leçons de l'histoire, et surtout de la nôtre, sont vraiment à méditer : les temps sont à la réconciliation et non à l'accaparement. Ceci quelles que soient les raisons qu'on serait tenté d'invoquer. Il s'agit de la destinée de notre jeunesse. Elle mérite franchement mieux : se réapproprier sa propre organisation. L'UGET est son organisation.
Le second levier est celui de la démocratisation. Ce levier est étroitement lié au premier. En effet, qui s'imagine une organisation démocratique et non représentative pour pousser très loin le raisonnement : personne. Ces deux leviers fonctionnent nécessairement ensemble. La représentativité est le substrat nécessaire, mais non suffisant, à la démocratisation. Or, il est temps que plusieurs groupes d'étudiants qui se conçoivent en tant que militants apprennent le sens de ce terme. Il en est de même des autres étudiants qui ont déserté l'UGET, à défaut d'une pratique démocratique et transparente. C'est aussi le droit de la majorité des étudiants d'apprendre à exercer les règles de la démocratie dans leur organisation.
Il y a à gager que si les générations futures n'apprennent pas la pratique démocratique à l'université, ces générations ne l'apprendront jamais.

II- Leviers décisifs : Débat, respect du droit et bannissement de la violence :
Face à la récente tournure des événements, à savoir un simulacre d'appel à un congrès et plusieurs grèves, nous avons malheureusement droit à un débat larvé, fait d'invective, de haine et de maximalisme. Dans ce débat, des notions importantes nous semblent galvaudées. En effet, des notions aussi importantes que l'autonomie de l'université et du mouvement de l'organisation estudiantine sont, désormais, mises à mal et ceci depuis quelque temps déjà. Pourtant, il faut savoir raison garder et essayer d'y voir plus clair surtout en matière d'indépendance de l'organisation et de ses comportements.
De prime abord, la revendication de l'indépendance d'une organisation, quels que soient sa nature et son rayonnement, n'autorise nullement le recours, par ses étudiants, à la violence. Non, non et encore non à la violence. Rien n'autorise la violence. Ceci est valable par delà les considérations.
L'usage de la violence au sein des enceintes universitaires est inadmissible. Il est synonyme de comportement rétrograde et d'incapacité de convaincre. Il faut avoir le courage d'apprendre, surtout quand on est jeune, à opposer la force de l'argument à l'argument de la force. Ceci est capital. C'est un enjeu de civilisation. La réussite de ce pari est impérative quelles que soient les évolutions, les conjonctures et les vicissitudes. La violence doit être bannie.
Par ailleurs, l'indépendance d'une organisation, quels que soient sa nature et son rayonnement, ne permet nullement la violation des règles élémentaires du droit. Ni le droit interne de l'organisation et encore moins le droit en vigueur dans le pays. Il faut que l'UGET fasse l'apprentissage du respect du droit. C'est le type d'apprentissage de gestion de relations, pas forcément amicales, mais, pacifiées et respectueuses.
Il faut que les étudiants parviennent à s'initier à dialoguer sans violence au sein de cette prestigieuse organisation. C'est le pari fait, en 1988, lors du dix-huitième congrès extraordinaire de cette institution. Ce congrès a été en fin de compte un excellent règlement des problèmes du passé et un fabuleux pari sur l'avenir. Celui de la maturité de tous les étudiants qu'ils soient politisés et militants d'ailleurs. Force de constater aujourd'hui que le pari en question est loin d'être tenu encore à ce jour. Pourtant, il faudra le tenir. Toute notre communauté nationale se doit de contribuer à permettre de bannir la violence et tous les autres comportements agressifs de nos institutions universitaires.

III-Leviers facilitateurs : Rôle des universitaires, des anciens de l'UGET et des associations académiques :
Au bout de cette crise, nous serons, désormais, face à une nouvelle situation. Cette dernière se caractérise par l'absence de solution miracle. Nous sommes au début d'un nouveau processus. Celui des marches de l'escalier de la restructuration et de la réforme. Aucune organisation ne peut faire, en situation de crise, l'économie de l'intervention de plusieurs acteurs de l'institution à laquelle cette organisation appartient.
En effet, plusieurs intervenants peuvent y concourir sans porter, en quoi que ce soit d'ailleurs, atteinte à l'indépendance de l'UGET. Des universitaires, des anciens de l'UGET ou encore des associations académiques peuvent jouer le rôle de facilitateurs de la réussite de ce processus. Ils peuvent le faire à plusieurs enceintes universitaires, à l'aide et à l'appui de la préparation d'un congrès résultats d'un consensus entre les étudiants de toutes les orientations, y compris ceux qui ne revendiquent aucune obédience. Cela est du domaine du possible. Tous les intervenants décrits peuvent apporter leur contribution pour parvenir à la restructuration de l'UGET. Ceci est le véritable gage de son indépendance dans une université réformée et se dirigeant vers de nouveaux horizons. Indépendance comprise comme il se doit, à moins d'avancer vers l'indépendance de l'UGET à reculons ! Mais, cela relève d'un autre débat si c'en est encore un.


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