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La fascination diabolique de la première cigarette...
Tabagisme en milieu scolaire
Publié dans Le Temps le 16 - 10 - 2009


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M.Khaled Hamami, sociologue : « L'influence venant du milieu familial ou des amis »
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Khaled, 15 ans, élève en troisième année : « Je n'arrive pas à m'en défaire »
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Intidhar, 17 ans, élève en 4ème année : « Les campagnes anti-tabac ne m'ont jamais fait changer d'avis »
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Dr.Chadlia Abdeljouad, chef de l'unité d'éducation pour la santé à la direction de la médecine scolaire et universitaire : «Assurer un périmètre de sécurité autour des écoles »
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M.Fethi Limam, père de deux enfants : « Introduire la lutte contre le tabac dans les manuels scolaires »
En passant hier devant l'un des collèges de la banlieue nord de Tunis, quatre jeunes, trois garçons et une fille, âgés d'à peine 13 et 14 ans, fumaient chacun, une cigarette. La fille cachait la cigarette entre ses mains alors que les garçons la tenait en haut comme s'ils voulaient dire aux passagers et à leurs amis qu'ils n'ont aucun souci et qu'au contraire ils éprouvent un sentiment de fierté puisqu'il s'agit d'un symbole de liberté à se sentir « homme adulte », en somme.
Interrogé sur ce geste, ces collégiens ne décrochent pas. Au contraire, ils estiment que le tabac est utile pour « se distraire et atténuer le stress du quotidien », d'autant plus que le fait de fumer dans la rue « ne dérange » personne, c'est mieux que de fumer dans les toilettes du Lycée, disent-ils. Quant à la fille, elle préfère allumer des cigarettes dans sa chambre plutôt que dans la rue, de peur que l'un de ses parents ou de ses proches ne la voient.
La réponse de ces jeunes est plus inquiétante dans la mesure qu'ils ne sont pas conscients du danger de la cigarette malgré les campagnes de sensibilisation organisées en milieu scolaire et à travers les médias. Des campagnes n'ont pas encore donné leur effet.
En effet, les études sur le tabagisme réalisées en Tunisie montrent que le tabac se répand parmi les jeunes avec une prévalence allant de 30 à 35%, dont 6% appartiennent à la tranche d'âge allant de 12 à 14 ans et 20% sont âgés de 18 à 20 ans, des taux prévus à la hausse, l'année prochaine.
Le milieu scolaire est de plus en plus affecté par ce fléau avec un taux de 8,3% de collégiens sont fumeurs (ce pourcentage est élevé à 11,8% chez les garçons contre 4,4% chez les filles).
La plupart des jeunes fumeurs sont des garçons (55,8%) contre 17,7% des filles.

La tentation de la première cigarette ?
Dans les cafés, devant les lycées, dans la rue, à la fac, on croise partout des jeunes, cigarette à la bouche. Pour imiter les adultes ou pour s'imiter les uns les autres. Une bonne partie des adolescents tunisiens finissent par tomber dans le tabagisme, et la cigarette devient le compagnon le plus fidèle.
La majorité des jeunes interrogés affirment qu'ils se sont adonné au tabagisme à la maison (influencés par le milieu familial) ou bien encouragés par leurs amis, particulièrement au cours des rencontres ou des soirées.
Constat malheureusement vrai comme le montre une étude portant sur les habitudes tabagiques d'enfants et d'adolescents âgés de 13 à 19 ans, menée par le Service d'Epidémiologie et de Statistiques Médicales à l'Hôpital Farhat Hached de Sousse, sur un échantillon de jeunes (1 600 élèves scolarisés).
Il ressort des résultats de cette étude que la prévalence du tabagisme à la cigarette était de 7% lorsqu'il n'existait aucun fumeur dans la famille contre 7,9% s'il y a au moins un fumeur. Le phénomène est accentué lorsque la mère est tabagique (9,1% contre 7,5 %). Il gagne en accuité lorsque le père ou un des frères est tabagique et de façon significative en cas d'absence de la mère du foyer (20% versus 7,4%).
Sa prévalence augmente également de manière claire avec l'âge. En effet, les proportions des fumeurs réguliers augmentent avec l'âge, passant chez les garçons de 3,4% à 13 ans à 32,3% à 19 ans. Ce phénomène étant remarqué chez les garçons qui par ailleurs, consommaient plus précocement leur première cigarette que les filles.
Tabagisme passif
Une autre enquête (Global School Health Survey (GSHS)) réalisée par la Direction de la Santé Scolaire et universitaire, avec le soutien de l'OMS a ciblé, en 2008, un échantillon de plus de 4000 élèves répartis dans 25 établissements publics.
Théoriquement, ce sont des élèves des classes de 7ème, 8ème et 9ème années de base qui ont entre 12 et 15 ans.
Les résultats de l'enquête ont montré que la cigarette fait des ravages en milieu scolaire avec 20% des élèves interviewés. Parmi ces jeunes 25,3% ont déjà essayé de fumer au moins une fois, 14,9 ont goûté à la nicotine à 12 ans, 20,7% à 13 ans , 25,1% l'ont fait à 14 ans et 28,5% à 15 ans. Les chiffres indiquent, par ailleurs, que 18,7% des élèves non fumeurs comptent se «reconvertir» à la cigarette l'année prochaine, alors que 84% des élèves fumeurs souhaitent arrêter de fumer.
Mais le risque, c'est la recrudescence très importante des autres formes de tabac dont principalement la « chicha » (le narguilé), préférée par 8,6% des adolescents interrogés.
Mais ce qu'ignorent ces jeunes, c'est que le narguilé correspond à 100 cigarettes (soit 5 paquets).
Que faut-il faire alors face à cette réalité choquante si l'on sait qu'une cigarette contient plus de 4 mille substances nocives responsables de maladies comme les cancers, les inflammations, les infarctus cérébraux et cardiaques. En plus, elle vieillit la peau et favorise le développement d'abcès et de caries dentaires.
Pour accompagner la prévention contre le virus A (H1N1), le ministère de la Santé publique a placé la lutte contre le tabagisme au centre de ses préoccupations en 2009, proclamée année de lutte contre le tabagisme et ce à travers la plan national de lutte contre le tabac
Ce plan prévoit notamment d'aider toutes les personnes concernées à résister à la tentation de la première cigarette, surtout chez les jeunes et les adolescents à travers la distribution de supports éducatifs et l'organisation des campagnes de sensibilisation, avec la participation des associations, structures et organismes concernés.
En effet, la direction de la médecine solaire et universitaire a programmé lors de la Journée des clubs de santé (le 23 octobre) et la Journée de santé universitaire (le 18 novembre) une vaste campagne sur « La prévention contre le tabagisme » laquelle concerne les élèves, les parents d'élèves, les enseignants et l'administration.
L'Organisation nationale de la jeunesse scolaire a élaboré un programme d'éducation sanitaire destiné aux élèves des écoles et aux jeunes des centres de formation professionnelle. Ce programme comporte l'organisation du 16 au 21 novembre 2009 de la semaine sans tabac, manifestation ouverte aux élèves, collégiens et lycéens.
De son côté, l'Organisation tunisienne de l'éducation et de la famille a lancé, récemment, à Tunis une campagne anti-tabac, basée sur des discussions avec les citoyens et en particulier les jeunes, sur les méfaits du tabagisme.
Malgré ces actions, le nombre des fumeurs surtout les jeunes augmente en Tunisie. Les statistiques précisent que même avec la hausse des prix du tabac (la dernière remontant au 13 juillet 2009), le Tunisien consomme 17 cigarettes par jour en moyenne et consacre 5% de son revenu au tabac. Ces dépenses supplantent celles des fournitures scolaires, l'hygiène, la culture et les loisirs.
Alors ne serait- ce pas là important de s'interroger sur l'efficacité de ces campagnes ? Et que faut-il faire ?

Faire face aux facteurs de risque
Arrêter de fumer n'est, certes pas, chose aisée. La plupart des études ont soulevé la notion « de jeune âge » au début de tabagisme, et de ce fait la prévention doit se faire tôt chez les jeunes enfants qui n'ont pas encore le «caractère oppositionnel» des adolescents.
Il faudrait peut-être, donc, passer à la vitesse supérieure et donner des preuves concrètes aux jeunes sur les méfaits du tabac, en les informant mieux et éduquant le public, en entreprenant des actions d'éducation pour la santé dès l'école primaire et ce au sein des clubs de santé, quitte à choquer.
Il s'agit aussi d'empêcher l'accessibilité, la proximité et la disponibilité du tabac près des établissements scolaires.
En bref, trois axes sont prioritaires : la prévention, l'aide au sevrage et l'application de la loi pour combattre ce fléau.
Aymen Barkallah
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M.Khaled Hamami, sociologue : « L'influence venant du milieu familial ou des amis »
« Il n'y a pas que la nicotine qui développe une dépendance chez le fumeur, la gestuelle, l'habitude et l'accessibilité de la cigarette sont autant de facteurs non négligeables de l'addiction que peuvent avoir certaines personnes.
Le comportement tabagique est fortement lié à l'influence du milieu familial, des amis et des caractéristiques sociodémographiques.
En effet, le comportement tabagique du père ou de l'un des frères était associé avec le tabagisme des jeunes de sexe masculin. C'est dire l'intérêt à développer, en parallèle aux actions ciblant les jeunes, des programmes éducatifs et promotionnels spécifiques aux parents ».

Khaled, 15 ans, élève en troisième année : « Je n'arrive pas à m'en défaire »
« Je fume depuis bientôt deux ans. J'ai commencé très tôt avec des amis, certains ont lâché, pas moi. Je n'arrive pas à m'en défaire, c'est devenu une sorte de rite, après avoir mangé, devant un café, quand j'attends quelqu'un ou quand je stresse, il me faut une cigarette. Il m'arrive très souvent de fumer, alors que je n'en ai pas envie. Il suffit que le train tarde, que quelqu'un me tende une cigarette ou encore que quelqu'un en allume une devant moi pour que je me mette à fumer. Je n'arrive pas à l'expliquer, c'est comme ça, la cigarette devient mon compagnon le plus fidèle ».
Intidhar, 17 ans, élève en 4ème année : « Les campagnes anti-tabac ne m'ont jamais fait changer d'avis »
« J'ai toujours eu le sentiment que les responsables qui viennent nous visiter à l'école pour organiser des campagnes de sensibilisation nous prennent tout le temps de haut, ils nous martèlent la même chose et les mêmes clichés et viennent nous donner des leçons, alors que n'importe qui sait que le tabac est nocif. Ces campagnes ne m'ont jamais fait changer d'avis.
L'expansion du tabagisme auprès de la gent féminine et surtout les jeunes filles est incontestable. Devant notre lycée, plusieurs filles n'hésitent plus à allumer une ou plusieurs clopes, histoire de bavarder, le temps d'une récréation ou d'une heure creuse ».
Dr.Chadlia Abdeljouad, chef de l'unité d'éducation pour la santé à la direction de la médecine scolaire et universitaire : «Assurer un périmètre de sécurité autour des écoles »
« On a intensifié les campagnes de sensibilisation sur cette question, depuis les années 90 à l'échelle nationale et régionale, en particulier dans le cadre des clubs de santé scolaire et les journées de la santé universitaire.
En 2009, année proclamée année de lutte contre le tabac, nous avons œuvré surtout à réaliser des nouveaux spots à la télévision ainsi que des nouvelles affiches sur la prévention contre le tabagisme.
En avril dernier, lors d'un atelier de réflexion organisé avec le bureau de l'UNICEF, toutes les parties concernées (médecins de la santé scolaire, professeurs encadreurs des clubs de santé et représentants des composantes de la société civile) ont été d'accord, sur la nécessité d'appliquer la loi interdisant la vente de cigarette en détails, d'augmenter le prix du tabac, d'assurer un périmètre de sécurité autour des écoles, des collèges et des lycées, d'inciter le personnel scolaire à ne pas fumer en milieu scolaire et encourager les élèves à pratiquer les activités physiques et artistiques.
L'ensemble de ces rencontres a offert l'opportunité d'examiner des questions telles que les liens entre tabagisme et cancer, les consultations d'aide au sevrage et la prévention du tabagisme, en milieu éducatif ainsi que l'évaluation du degré d'efficience des stratégies nationales de lutte contre le tabagisme, notamment en milieu scolaire et universitaire.
M.Fethi Limam, père de deux enfants : « Introduire la lutte contre le tabac dans les manuels scolaires »
Les bureaux de tabac n'accordent aucune attention à l'âge de ceux qui achètent des cigarettes. Même s'ils ne sont pas très nombreux, ces collégiens se débrouillent plutôt pour en avoir dans leur entourage.
Je propose d'introduire la lutte contre le tabac dans les manuels scolaires, l'interdiction de la vente de cigarettes aux mineurs et le parrainage des établissements scolaires par des ONG.
Il faut, également, veiller à l'application de la loi promulguée en 1998 interdisant de fumer dans les lieux publics et de concevoir des supports dissuasifs et de promotion contre la consommation des cigarettes.


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