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Publié dans Le Temps le 30 - 03 - 2010

L'application de la loi anti-tabac est entrée en vigueur depuis vendredi 19 mars 2010. Il s'agit du décret émanant du ministre de la santé publique numéro 2611 de l'année 2009 qui complète le décret 2248 de l'année 1998 qui, lui, fixe les lieux publics où il est interdit de fumer, notamment les cafés et les restaurants et qui vise à protéger les fumeurs passifs et interdire toute publicité de tabac.
Toutes les mesures susceptibles de mener à bien les dispositions de ces décrets ont été arrêtées pour partir du bon pied et on espère bien que toutes les parties concernées s'impliqueront efficacement pour aboutir aux objectifs escomptés.
Les personnes qui fréquentent les lieux publics concernées par la nouvelle loi sont généralement des gens adultes chez qui la prévalence du tabagisme reste élevée (45%). Elles sont plus ou moins conscientes des méfaits du tabac et ont une certaine disposition à observer les règlements en vigueur. Ces fumeurs auront certes besoin d'un certain temps pour s'adapter à cette nouvelle loi, quitte à commettre durant les premiers jours quelques infractions, par inadvertance ou par oubli, mais ils s'habitueront à éteindre leur cigarette avant d'entrer dans un lieu public ou choisiront d'aller dans les espaces réservés aux fumeurs. Les débuts sont toujours difficiles ! Le ministère de la Santé publique n'aura peut-être pas l'effectif nécessaire d'agents ni les moyens suffisants pour contrôler régulièrement et efficacement ces lieux ; ce sont plutôt les propriétaires et les gérants des cafés et des restaurants qui devraient veiller à l'application de cette loi anti-tabac.
En milieu scolaire, le tabac gagne du terrain Cependant, la sensibilisation et l'information sur le tabagisme et ses méfaits doivent se poursuivre et se concentrer désormais sur les établissements scolaires et universitaires où l'usage de la cigarette prend de l'ampleur parmi les collégiens, lycéens et étudiants, aussi bien filles que garçons. Les études réalisées sur le tabagisme montrent que 35,5 % des jeunes de 20 ans et plus sont fumeurs et que 55,8 % des garçons et 17,7 % des filles ont au moins goûté une fois au tabac. De même, une enquête nationale sur la santé des adolescents et des jeunes scolarisés montre que le milieu scolaire est de plus en plus affecté par ce fléau révélant que 5,8 % de fumeurs appartiennent à la tranche d'âge allant de 12 à 14 ans (élèves de collèges) et que 80 % des élèves des classes terminales sont des fumeurs (lycéens). Un constat on ne peut plus alarmant ! Quoique la majorité de ces élèves soient conscients des effets néfastes de la cigarette sur leur santé, ils continuent à fumer, car la cigarette demeure, à leurs yeux, un symbole de virilité chez les garçons et de liberté et d'égalité chez les filles. Une telle mentalité qui sévit parmi la majorité des jeunes doit changer, d'autant plus qu'il s'agit d'un danger évident et que leur santé et leur avenir sont en jeu. Les conclusions qu'on peut tirer des conversations tenues avec ces jeunes fumeurs peuvent se résumer ainsi : c'est en général entre 12 et 14 ans qu'un élève goûte pour la première fois au tabac, que tout commence par un souci d'indépendance qui se transforme aussitôt en une dépendance complète de la cigarette et que certains se contentent de quelques cigarettes par jour alors que d'autres atteignent jusqu'à 10 à 15 cigarettes, surtout ceux des classes terminales qui peuvent fumer davantage à l'approche des examens. Un budget de plus en plus considérable est consacré par ces jeunes scolarisés à l'achat des cigarettes qu'ils se procurent auprès des kiosques installés devant et aux alentours des établissements scolaires.
Pour une meilleure sensibilisation en milieu scolaire Les chiffres cités ci-haut pourront « grossir » davantage si des campagnes de sensibilisation au sein des établissements (collèges, lycées et universités) ne sont pas lancées et poursuivies à longueur d'année. Les élèves constituent la tranche d'âge où l'on a le plus besoin d'encadrement et de conseil. Selon les experts en la matière (médecins, psychologues et sociologues) qui confirment tous la dangerosité du tabac pour la santé de l'individu, la lutte contre ce fléau doit se faire dès la première enfance au sein même de la famille où les parents doivent assumer leur responsabilité dans la sensibilisation aux méfaits de la cigarette. Le début de l'adolescence est aussi la période la plus importante pour la prévention du tabagisme. A cette période où les enfants commencent à chercher leur autonomie et à s'éloigner un peu de l'autorité parentale, l'école et la société doivent assumer leur rôle dans l'information et la communication en vue d'éclairer ces jeunes adolescents sur les conséquences néfastes du tabagisme. Les cours de sciences naturelles, les clubs scolaires relatifs aux activités scientifiques, culturelles et sportives sont des lieux propices pour mener des campagnes de sensibilisation destinées à la lutte contre le tabac en milieu scolaire. Le ministère de l'Education et celui de la Santé devraient faire périodiquement l'état des lieux dans tous les établissements pour dresser un bilan clair sur la prévalence du tabagisme en milieu scolaire, ce qui déterminera la nature des mesures à prendre pour du moins endiguer, sinon éradiquer, ce fléau chez nos élèves.
Il y a toujours des solutions Pour ce faire, les spécialistes dans la lutte contre le tabac en milieu scolaire préconisent un tas de mesures destinées à faire prendre conscience des risques encourus par les élèves fumeurs. Parmi ces solutions, il faut préparer les élèves dès l'école primaire, à travers les programmes et les activités scolaires, à être prédisposés à dire non à la cigarette pour qu'ils restent non fumeurs ; il faut surtout offrir aux élèves un environnement qui les aide à choisir de ne pas fumer : le corps enseignant doit en donner l'exemple, car un enseignant ne saurait convaincre ses élèves de la nocivité du tabac alors que lui-même fume pendant le cours ! Il faut faire de sorte que les perceptions et les idées positives portées sur la cigarette par les élèves (virilité, indépendance, liberté…) soient chassées de leurs esprits, moyennant des conférences données par des spécialistes, des films documentaires, des panneaux de publicités affichées dans les classes et l'enceinte de l'établissement…, tout cela permettrait de montrer aux élèves que le tabagisme n'est pas aussi bien perçu qu'ils le pensent généralement. Toujours est-il que de telles initiatives doivent se poursuivre à longueur d'année et sans relâche pour que les élèves reçoivent le message et l'assimilent bien et, partant, ils changeront leurs attitudes vis-à-vis du tabagisme.
Hechmi KHALLADI


La loi anti-tabac est bel et bien entrée en vigueur -Qu'a-t-elle prévu pour le tabagisme en milieu scolaire ?


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