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Pas de statistiques, pas de données : manque de visibilité
Violence à l'égard de la femme
Publié dans Le Temps le 05 - 04 - 2007

« Il y a beaucoup à faire. Nous n'avons pas de culture et d'expérience dans la lutte contre la violence à l'égard de la femme », c'est ce qu'a signalé hier, Mme Nabiha Gueddana Directeur Général de l'Office National de la Famille et de la Population (ONFP) lors de l'atelier national sur le partenariat en matière de prévention de la violence à l'égard des femmes.
Spécialistes, sociologues, cadres de l'office, délégués régionaux de l'ONFP, représentants de la société civile, etc... se sont réunis pour établir une vision commune pour lutter contre ce fléau. Le partenariat, l'implication et l'engagement des différents partenaires sont les moyens susceptibles de mieux prendre en charge les femmes tunisienne victimes de violence. Cette démarche s'inscrit dans le cadre du projet de coopération avec l'Agence Espagnole de Coopération Internationale lancé il y a déjà un an et qui se poursuivra jusqu'en mars 2009.

Les statistiques et les données témoignant l'ampleur de la violence à l'égard de la femme Tunisienne sont quasiment absentes. La Tunisie ne dispose pas de chiffres sur lesquels les institutions peuvent se baser pour résoudre ce problème, toutefois elle s'est engagée à lutter contre ce fléau à travers la stratégie instaurée par le ministère des Affaires de la Femme, de la Famille, de l'Enfance, et des Personnes âgées d'une part et le projet en cours de réalisation par l'ONFP d'autre part. Objectif commun : mieux prendre en charge les victimes et sensibiliser les différents intervenants quant à l'importance de la question. Ils sont décidés à être « intolérants vis-à-vis de la violence ». Pour ce faire, l'ONFP œuvre à nouer un partenariat avec les institutions gouvernementales (ministère de la Justice et des Droits de la Femme, ministère de l'Intérieur et de Développement local, ministère de l'Education et de la Formation...) les intervenants sociaux (la police, les assistantes sociales...), les centres d'assistance et d'intégration sociale, les ONG, les autorités religieuses.

Les partenaires de l'ONFP
Mais pourquoi l'office a misé sur ces partenaires. Pour répondre à cette question, Mme Nabila Hamza coordinatrice nationale du projet a précisé dans sa présentation du programme que le choix a été identifié selon certains critères, notamment l'engagement et la capacité d'exécution. « Un large réseau d'aide de la femme victime de la violence sera créé dans dix gouvernorats », d'après la coordinatrice. L'office concrétise actuellement le projet en collaboration avec 38 partenaires dont 12 organisations gouvernementales et 26 ONG. Un partenariat qui se base sur le regroupement d'un ensemble de prestations assurées notamment par les intervenants sociaux, les médecins d'urgence, les juristes et la police. A cet effet, Mme Hamza a précisé qu'ils sont ciblés afin de mieux assurer la prise en charge des femmes victimes de violence. Et d'expliquer « les intervenants sociaux seront ciblés afin qu'ils améliorent leur méthodes d'accueil, d'écoute, de détection et d'hébergement. Les médecins d'urgence devront mettre à jour leur système de diagnostic, de délivrance des certificats médicaux. Pour ce qui est des agents de la police, il sera question de l'intervention en situation de crise, du recueil de la plainte, la rédaction des procès verbaux... ».

Formes de la violence
A cette occasion, le Pr Dorra Mahfoudh, sociologue, a présenté les résultats d'une étude analytique des recherches et programmes d'action traitant la violence à l'égard des femmes. Elle a précisé que la violence prend racine dans les discriminations. Elle est insidieuse et invisible. Ce fléau pèse lourd à la communauté étant donné que la prise-en charge d'une femme battue est deux fois et demie plus chère que celle d'une femme souffrant de problèmes de santé.
Les études réalisées au niveau international ont démontré que beaucoup d'obstacles persistent. « Les intervenants ne disposent pas de compétences nécessaires, en plus d'une faible mobilisation et de l'incapacité du système judiciaire face à ce fléau ».
La sociologue a rappelé les différentes formes de violence. Elle a parlé entre autres de la « violence psychologique, de la violence physique, de la violence juridique, organisationnelle et institutionnelle ». La femme est confrontée à ce problème là où elle se trouve, dans la rue, à la maison, à l'école...Elle en est victime aussi bien en période de paix qu'en période de guerre et de conflits.
Lutter contre la violence à l'égard de la femme est certainement un travail de longue haleine, car il faut mettre beaucoup de temps pour changer les mentalités des adultes ainsi que des jeunes. Mais en Tunisie peut-on réaliser des résultats satisfaisants quand on ne dispose pas de données pertinent et de statistiques fiables ?


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