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Nous sommes tous des "Bouabdil"
Les mots déchaînés
Publié dans Le Temps le 19 - 02 - 2010

C'est chez Aragon, que j'ai découvert pour la première fois l'expression : "se faire l'avocat de Bouabdil". C'était - si ma mémoire est encore bonne - dans l'introduction de "Blanche ou l'oubli".
Cette expression veut dire à peu près "défendre le diable" avec la particularité suivante, c'est que quand on "défend le diable" on est de son côté en opposition à Dieu. Pour "Bouabdil" qui est l'un des derniers princes musulmans d'Espagne, on ne peut le défendre ni d'un côté ni de l'autre puisqu'il était haï en tant que souverain musulman par les chrétiens et leurs Inquisitions et que de l'autre côté, il est celui par qui la défaite du règne musulman sur l'Espagne, est arrivée puisqu'il avait passé sa vie à sévir dans le vice (musique, stupéfiants et autres dépravations) au lieu d'assumer pleinement ses fonctions.
Du côté chrétien, on le haïssait. Du côté musulman, il était diabolisé. Personne ne pouvait donc le défendre. D'où l'expression "se faire l'avocat de Bouabdil". Quand Aragon a commencé ses investigations concernant ce personnage mal connu et dont l'image a été déformée de part et d'autre pour les raisons des intérêts respectifs à chaque camp, le spécialiste chez qui il est venu chercher quelques vérités sur Bouabdil, lui exprima son étonnement pour une telle démarche. Personne n'est jamais venu demander quoi que ce soit concernant ce prince décrié. Son cas était réglé pour l'éternité. Il était une calamité à jeter aux oubliettes de n'importe quel angle qu'on le regarde.
Bien évidemment, l'enquêteur va découvrir et nous faire découvrir un prince d'une grande éducation, amoureux du savoir et féru de musique et de poésie.
Ce sont ces mêmes qualités qui vont être retournées contre lui comme étant les causes essentielles de la perte de l'Espagne par les musulmans.
Faut-il rappeler que bien avant l'Inquisition, des bataillons entiers venus des divers pays musulmans de la rive Sud de la Méditerranée - chauffés à mort - par des discours religieux alarmistes et qui jetaient l'anathème aux princes musulmans d'Espagne puisqu'ils se vautraient dans le vice - ont gagné l'Espagne et massacré - au nom d'une foi sans concessions - des centaines et des centaines de sujets andalous sous prétexte que leurs comportements quotidiens étaient contraires aux préceptes de l'Islam. Bouabdil en était l'exemple le plus représentatif.
C'est Aragon qui a fait que j'éprouve de la sympathie pour ce prince qui ne représentait alors pour moi, comme pour beaucoup de congénères, un dépravé qui s'adonnait à la consommation des drogues avec frénésie et continuait à écouter les musiciens alors que l'ennemi était à ses portes.
Bouabdil est celui à qui on fait porter le chapeau de notre propre échec. C'est une espèce de bouc - émissaire dont deux parties ennemies s'accordent à dire qu'il est l'unique coupable de ce qui peut leur arriver de mal.
Comment pouvoir réhabiliter un tel personnage ? Ne serait-il pas plus sage de le laisser aux oubliettes jusqu'à la fin des temps ? Pourquoi déranger notre conscience et celle de notre ennemi par le rappel à la mémoire d'une "horreur" que nous avons enterrée ensemble ?
Cela va nous obliger - sinon à réécrire - du moins à reconsidérer notre approche de l'Histoire.
Il faudrait être fou ou poète pour défendre un coupable aussi parfait ! Aragon le fut !
Il nous a recréé un Bouabdil émouvant qu'on ne peut pas ne pas aimer parce qu'il a mis dans son labeur toute sa force d'amour.
D'un petit souverain décrié, il a fait un héros.
Et nous aimons les héros... souvent plus que les êtres qu'ils sont censés représenter... parce qu'ils sont plus proches de nous, plus vivants et parce que les légendes et les mythes sont - souvent - plus coriaces que la vérité plate que nous proposent les historiens.
L'histoire a toujours été écrite par les victorieux contre ceux qui perdent la guerre. Elle a toujours été du côté du plus fort pour le servir et desservir les autres.
Quelles idées avons-nous des Indiens d'Amérique et de leur immense culture avant les films "La flèche brisée", "La porte étroite", (Début des années 50) et "Little big man" et "Soldat bleu" (début des années 70) ?
Des bêtes sauvages qui hurlaient comme des coyotes qui étaient étrangers à toute forme de civilisation et qui n'avaient qu'une seule idée en tête : "bouffer du blanc".
Que doivent penser les enfants du monde occidental aujourd'hui des Irakiens, des Afghans et de tous les ressortissants du monde arabo-musulman ?
Des sauvages, sans foi ni loi, loin de toute civilisation et qui n'ont qu'une seule idée en tête : détruire la magnifique civilisation occidentale".
Qui, de par le monde oserait nous défendre aujourd'hui ou nous faire sortir de cette image qui, de part et d'autre, nous a été collée à la peau... indélébilement ?
Par ceux qui diabolisent l'Occident et qui sont à leur tour diabolisés par les faucons occidentaux.
Qu'avons-nous à présenter pour notre défense par des temps ou certains historiens actuels poussent leur xénophobie jusqu'à nier l'apport de la civilisation arabo-musulmane dont le rôle indéniable qu'elle a joué dans la transmission de la culture grecque aux autres ?
Rien !
On nous a habillés - qu'on l'ait voulu ou pas - de l'horrible robe du terroriste !
Nous sommes tous des "Bouabdil" sans poète pour nous faire aimer des autres. Ce n'est peut -être pas aussi grave après tout. La haine peut faire vivre aussi. La preuve : nous sommes encore là même si personne ne peut prévoir pour combien de temps... encore...


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