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“Les années «go-go» de fuite en avant sont révolues; voici venues les années «go-slow», des années à petite vitesse”
Exclusif- Interview de Pierre Pascallon, auteur du livre-événement «Hier la crise, demain la guerre ?»
Publié dans Le Temps le 06 - 07 - 2010

Le Temps : Vous soutenez dans votre ouvrage que nous avons connu en 2007-2008 une crise exceptionnelle ?
Pierre Pascallon : Nous avons bien eu en effet en ce début du XXIe siècle une crise exceptionnelle du capitalisme financier mondialisé sous hégémonie de l'Occident et des Etats-Unis plus particulièrement. Bien sûr, en première analyse, cette crise 2007-2008 peut se lire comme l'une des crises du capitalisme contemporain (XIXe – XXe siècles). Elle a eu en effet le même visage que les crises habituelles du capitalisme, à savoir la forme d'un krach bancaire et boursier. Mais elle a eu également la même origine que les crises habituelles du capitalisme, à savoir les excès d'endettement des périodes d'euphorie, avec aux Etats-Unis en particulier dans la décennie 90 une croissance insolente obtenue par utilisation débridée du crédit, à coup d'excès, d'overdose d'emprunt et de montagnes d'endettement, permettant indument outre atlantique (mais aussi en Europe) de vivre au-dessus de ses moyens.
Mais au-delà on peut dire, il faut dire que la crise de 2007-2008 a été la crise du capitalisme contemporain, le plus grand krach financier qu'ait connu à ce jour le capitalisme. En effet, la crise financière de 2007-2008 a été, historiquement, le krach financier le plus intense et le plus globalisé de toute la période contemporaine du capitalisme.
Il faut insister surtout sur le fait que cette crise financière exceptionnelle, déclenchée sur la principale place financière du moment qui est aussi le cœur économique et politique du monde : les Etats-Unis d'Amérique, est le « marqueur » de la « fin » de l'hyper-puissance américaine et du XXe siècle américain, ouvrant la voie à un monde où la puissance américaine s'érode et se rétracte.
Voici bien venu en effet le temps du déclin relatif des Etats-Unis malgré tous les efforts du Président Barack Obama pour tenter de préserver à l'Amérique une place de choix, la première, dans le monde multipolaire qui se met en place.
Vous prétendez dans votre livre que cette crise de 2007-2008, avec le déclin relatif des Etats-Unis, se prolonge et va se prolonger en une longue, difficile et dangereuse phase de transition jusqu'aux années 2030.
Il faut se persuader en effet que les Etats-Unis en particulier, et nos nations occidentales, sont entrés dans la phase descendante d'un 5e cycle long Konhratieff qui a eu sa phase ascendante Outre Atlantique de 1900 à 2007-2008 et qui connaît donc depuis septembre-octobre 2008 sa phase descendante. Nous sommes entrés, en liaison avec cette phase descendante, phase active de « recomposition » et de « basculement » de l'espace économique mondial, dans une période comportant - on les distingue par simple commodité d'exposition - des risques de désordres « géoéconomiques » et des risques de désordres « géostratégiques » certains.
Les risques de désordres «géoéconomiques» ?
On va avoir en effet une pérennisation d'une croissance limitée aux Etats-Unis et dans nos pays, sinon dans le reste du monde. Les années « go-go » de fuite en avant sont bel et bien terminées ; celles à venir seront plutôt dans l'esprit « go-slow » à petite vitesse, avec un scénario qui pourrait ressembler à celui des années 30 ou à celui du Japon des années 1990-2000.
Oui, on peut penser que nous sommes condamnés à une longue période de stagnation, de croissance molle, car dans nos pays :
- la croissance par endettement privé infini des acteurs privés est désormais terminée pour un bon bout de temps ; et
- la croissance par endettement public infini des Etats est impossible. On le voit bien en particulier ces derniers mois en Europe où les gouvernements, après être venus massivement au secours du secteur privé, subissent la pression des marchés pour réduire les déficits, les dépenses et la dette, alors que les agents privés sont loin d'avoir terminé leur effort de désendettement.
Oui, la croissance est faible aujourd'hui et sera encore faible demain chez nous car les particuliers, les entreprises et les Etats sont confrontés au « mur de la dette ».
- Avec cette perspective, au total, le tassement économique, on est et on va continuer ainsi à être demain avec des rivalités accrues entre les entreprises et les Etats. On est bien en effet, aujourd'hui et demain, dans un monde de concurrence et de compétition de plus en plus accusées entre les firmes privées. Mais avec la crise l'on a assisté un peu partout de par le monde au « retour de l'Etat » conduisant à des « capitalismes d'Etat ». Et il y a désormais non seulement concurrence et lutte entre les capitalismes privés, mais mieux concurrence et lutte entre les capitalismes d'Etat, avec des pratiques interventionnistes et protectionnistes pilotées par ces Etats, la guerre des monnaies, la guerre des changes et des dévaluations compétitives.
Les risques de désordres « géostratégiques » ?
On va s'orienter en effet suite à la continuation sinon l'accentuation de l'érosion de la puissance des Etats-Unis, à la continuation de la montée en force des puissances émergentes dans le grand redéploiement des cartes de la période de transition, vers un « polycentrisme mondial », c'est-à-dire une scène internationale avec de nombreux pôles plus ou moins puissants … loin du caractère unipolaire de l'ordre mondial américain des années 2000.
Cette perspective d'un polycentrisme mondial dans la décennie 2010 et au-delà est source de tensions accrues entre les Nations. A dire vrai, un monde plus polycentrique de Nations est bien en effet un monde à l'instabilité accusée et à la dangerosité accusée. Il n'est pas exclu que puisse ressurgir dans ce monde multipolaire au-delà des « petites guerres », des « guerres asymétriques », du temps de l'hyper-puissance américaine, des conflits interétatiques, des guerres de haute intensité.
Au total, il est clair, on espère en avoir convaincu, que la crise et sa suite, avec le ralentissement économique, l'accroissement de la rivalité des Etats, la périlleuse redéfinition de la hiérarchie des Nations, vont accuser rivalités et tensions, et nous faire côtoyer à plein les risques de conflits et de guerre.
Existe-t-il vraiment à vos yeux un risque de guerre généré par la crise et le basculement des puissances ?
On ne peut pas ne pas être frappé, si l'on regarde le passé, par le fait que de toujours les conflits et les guerres paraissent être au cœur de la dynamique instable du capitalisme, au cœur, plus précisément - ces deux points sont bien sûr intimement liés - des crises et des périodes de transition marquées par le basculement de domination.
On peut et on doit bien en effet dans le contexte dans lequel nous sommes dans nos années 2010 garder les yeux grands ouverts sur la question des conflits et de la guerre en tant qu'issue ou réponse/solution aux graves crises du capitalisme et de la mondialisation libérale.
L'analogie, bien sûr, vient d'abord dans cet esprit avec la période avant la 1ère guerre mondiale. Nous sommes en effet dans quelque chose qui ressemble aujourd'hui à un « inter-règne » qui est sans doute un « inter-siècle » entre le XXe siècle et le « vrai » XXIe siècle, comme il ya avait eu un « inter-règne » et un « inter-siècle » entre 1895 et 1914. La 1ère grande vague de mondialisation conduite par l'Empire britannique au XIXe siècle s'est terminée brutalement un dimanche de 1914 lorsque Gavrilo Princip tua l'archiduc d'Autriche, Franz Ferdinand et sa femme, la guerre de 1914-18 devant entraîner l'effondrement du système d'intégration économique mondiale qui s'était développé tout au long du XIXe siècle. N'assistons-nous pas de nos jours à la fin de la grande mondialisation : 1980-85 à 2007-2008, comme on a eu la fin de l'autre grande mondialisation du XIXe siècle ?
Mais on ne peut pas aujourd'hui aussi, on le sait, on l'a déjà mentionné, ne pas rapprocher la crise actuelle et la crise de 1929, pour souligner en quoi la seconde guerre mondiale s'est inscrite en tant que conséquence directe de la dépression longue et de la grande crise de 1929. Ces derniers mois, on l'a dit, de plus en plus nombreux sont les observateurs qui font remarquer en effet qu'on est sorti de la grande dépression des années 30, non pas avec le New Deal, mais par et avec la 2e guerre mondiale permettant à Sir William Reveridge d'estimer, évoquant le chômage au Royaume-Uni : « Le seul remède souverain que le capitalisme ait jamais découvert contre le chômage, c'est la guerre ». Et Jacques Attali de se demander ces derniers mois : « la crise sera-t-elle une crise longue dont seule une guerre mondiale fournira l'issue comme en 1929 ? ».
Mais historiquement, aussi, on peut observer que la «circulation» des cartes de la puissance et des leaderships s'est toujours traduite par des «guerres de trente ans», des « guerres systémiques », des « guerres hégémoniques ». Et il paraît bien ainsi dans cette perspective pour de nombreux observateurs se préparer à terme à un inévitable conflit entre la puissance déclinante : les Etats-Unis et la puissance montante : la Chine. L'inquiétude est d'autant plus forte qu'à l'horizon 2030, malgré les efforts actuels de dénucléarisation du monde du Président Obama, il y aura bien pérennité du nucléaire militaire dans la défense des Nations. Et si une nouvelle utilisation demain de l'arme nucléaire paraît a priori exclue, elle n'est pourtant pas à l'avenir complètement improbable.
Alors on sait que pour conjurer tous ces périls, il en est ceux qui rêvent pour demain, d'un ordre harmonieux, pacifique autour des deux puissances majeures qui vont occuper à plein la scène internationale, les prochaines années : les Etats-Unis et la Chine. Et d'imaginer ce nouveau duopole, ce G2 Etats-Unis – Chine (La « Chinamérique ») qui nous paraît malheureusement une vue de l'esprit tant sont irréversibles la poussée de la Chine … et le recul des Etats-Unis.
On va bien inéluctablement à vos yeux vers un «ordre» mondial chinois en 2030 ?
Oui, on peut penser que «normalement» à l'horizon 2030, avec notre interprétation cyclique du temps long à la Konhratieff , on «sortira », pacifiquement, il faut l'espérer (mais c'est loin d'être acquis, on l'a vu) du monde polycentrique, instable et dangereux de la période transitoire pour retrouver autour de la Chine hégémonique d'alors un nouvel « ordre » mondial, l'hyper-puissance chinoise des années 2030, dans l'esprit de ce qu'a fait l'hyper-puissance américaine autour des années 2000, imposant à son tour au mieux son équilibre, sa stabilité, sa paix à la scène internationale.
Nous allons bien en effet de façon semble-t-il irréversible, après des siècles occidentaux, vers un XXIe siècle post-occidental marqué par la prépondérance de l'Asie et de la Chine en particulier. L'Asie est seule à pouvoir combiner à ce point désormais sur la longue période de façon aussi efficace des populations très importantes, et encore jeunes, la maîtrise des technologies civiles les plus avancées (espace, …) et la volonté d'extension des capacités militaires, l'adhésion des « élites », au « patriotisme économique » et des peuples à la « croissance » sinon au « Progrès ». Et tout permet de croire dans ce cadre que la Chine en particulier, forte de son « nationalisme mémoriel » (selon l'heureuse expression de Jean Luc Domenech), devrait s'affirmer dans les années 2030 comme la grande puissance « globale » de l'ordre international de cette époque ; et malgré la prudence qu'il faut garder - la Chine est un pays fragile tant du point de vue de la maîtrise de ses grands paramètres économiques que du point de vue de ses structures sociales en évolution brutale -, il y a tout lieu de croire que le XXIe siècle, à partir de ces années 2030, sera bien le « siècle de la Chine».
Resterait bien sûr à préciser les autres sous-pôles de ce monde des années 2030 qui aura donc son centre autour et avec le « capitalisme asiatique » et la prépondérance de la Chine dans ce cadre. Il faudrait imaginer en particulier pour notre réflexion la place et le devenir de l'ensemble euro-méditerranéen dans cette « globalisation asiatique ». On sait aujourd'hui, pour se cantonner aux pays maghrébins, que la Maroc et la Tunisie sont devenus particulièrement attractifs pour l'informatique et l'aéronautique (entre 2003 et 2008, la production aéronautique tunisienne est passée de 9,02 à 61,6 millions euros). On a tout lieu de penser que ces pays peuvent être à l'horizon 2030 « les nouveaux pays industrialisés » du monde, à l'instar de ce que furent en leur temps les NPI asiatiques.
Propos recueillis par Kamel BOUAOUINA


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