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A quoi sert l'opposition ?
Les mots et les choses
Publié dans Le Temps le 08 - 06 - 2007

Je ne dis pas une bêtise en affirmant que la scène politique tunisienne est outrageusement dominée depuis l'indépendance du pays, en 1956, par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), héritier direct du Néo-Destour (Nouvelle Constitution), fondé en 1934 par Habib Bourguiba, leader du mouvement national et premier président de la République, et du Parti socialiste destourien (PSD), qui a succédé à ce dernier en 1964 (toujours sous la direction de Bourguiba).
Le RCD, parti-Etat s'il en est, ou qui se confond à l'Etat auquel il a historiquement donné naissance, continue de dominer, sous une façade de pluralisme arithmétique, les partis existants ou, à défaut, de les affaiblir, en suscitant en leur sein divisions, dissidences et scissions, de manière à les empêcher de se développer, d'agrandir leur base et de constituer un pôle d'opposition capable de mobiliser les foules autour d'un nouveau projet national. Ce parti de masse domine aussi les grandes organisations nationales, notamment l'UTICA (syndicat patronal), l'UNFT (principale organisation féminine) et l'UNAT (syndicat agricole), tout en étant fortement présent dans les structures de l'UGTT (centrale ouvrière).
On peut déplorer cette domination ou la considérer comme l'une des causes de la faiblesse chronique de l'opposition et, par conséquent, de la lenteur de la transition démocratique tunisienne. Mais peut-on sérieusement reprocher au RCD sa mainmise sur la scène politique nationale ? C'est de bonne guerre, pourrait-on dire. Et il serait naïf de croire qu'un parti au pouvoir, et qui est si fortement implanté dans les rouages de la société et de l'Etat, puisse céder, spontanément et volontairement, des pans de son pouvoir à des partis rivaux ou qui s'affichent comme tels. Le problème, on l'a compris, n'est pas dans la puissance du RCD, mais dans la faiblesse de ces soi-disant partis de l'opposition.
Sous cette appellation, nous trouvons des partis dits d'opposition légale, qui sont en réalité des partis satellites, ou progressivement satellisés, sans réelle envergure, et dont le rôle a consisté jusque là à servir de sparring partners - ou d'alibis démocratiques, selon certains -lors des joutes électorales, toujours remportés sans coup férir par le parti au pouvoir.
J'ai nommé le Mouvement des démocrates socialistes (MDS), fondé en 1978 et reconnu en 1983 (14 sièges au parlement), le Parti de l'unité populaire (PUP, socialiste), fondé en 1981 et reconnu en 1983 (11 sièges), l'Union démocratique unioniste (UDU, nationaliste arabe), fondé et reconnu en 1988 (7 sièges), le Parti social libéral (PSL), fondé et reconnu en 1983 (1 siège), le Parti des verts pour le progrès (PVP, écologiste), fondé en 2005 et reconnu en 2006 (1 siège) et Ettajdid (Renouveau, ex-Parti communiste tunisien), fondé en 1920, interdit en 1963, autorisé de nouveau en 1981, puis refondé en 1993, et qui s'apprête à entamer une nouvelle refondation pour constituer un grand parti progressiste et démocratique, en se ralliant des personnalités de gauche indépendantes (3 députés).
Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter ici que les rares sièges au Parlement dont ces partis se prévalent, ils la doivent au mode de scrutin proportionnel mis en place à partir des élections de 1994. Et qui aide généralement les petits partis à avoir une représentation parlementaire.
A côté de ces partis, souvent qualifiés aussi d'«administratifs», tant ils semblent - à l'exception, peut-être, d'Ettajdid - tirer leur existence de la reconnaissance de l'administration publique et de son généreux soutien financier, plus que d'une véritable assise électorale, on trouve d'autres partis dits d'opposition «radicale», si tant est qu'on puisse l'être en Tunisie. Il s'agit de partis légaux, mais non représentés à la Chambre des députés, qui se distinguent par leur posture critique vis-à-vis du pouvoir, mais vivotent tant bien que mal dans une sorte de marginalité à la fois subie et acceptée... de guerre lasse. Ce sont le Parti démocrate progressiste (PDP), fondé en 1983 et reconnu en 1988 sous le nom de Rassemblement socialiste progressiste (PSP), et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL, démocrate socialiste), fondé en 1994 et légalisé en 2002.
Voilà, brossée à grands traits, l'«offre politique» légale tunisienne. On remarquera sans peine qu'au-delà du nombre, celle-ci ne brille pas par sa diversité. Elle semble même en net déphasage par rapport aux attentes d'une population dont les référents culturels et politiques ont beaucoup évolué au cours des 30 dernières années, délaissant le communisme et le socialisme tiers-mondiste des premières générations post-indépendance au profit d'une forme de nationalisme arabe à connotation vaguement islamiste.
Je ne parle pas ici du RCD, qui a su régénérer ses forces et se mettre au goût du jour, n'hésitant pas, par pragmatisme et opportunisme, à s'approprier certains concepts jadis agités par l'opposition (pluralisme, solidarité sociale, Etat de droit...). Je veux parler surtout de l'opposition dite «de gauche», où se range la majorité des partis cités ci-haut.
Ces partis, qui ressemblent plus à des «clubs fermés» qu'à des formations de masse, se distinguent (presque) tous par leurs carences structurelles, la faiblesse de leur leadership et leurs divisions internes. Cela n'est pas pour déplaire au parti au pouvoir, qui n'a pas eu à se dépenser beaucoup pour attiser leurs différends, accentuer leurs divisions internes et les empêcher de créer un véritable pôle d'opposition face à l'Etat-RCD.
Les nombreuses tentatives de ces partis pour créer un front politique autour du plus petit dénominateur commun ont d'ailleurs toutes échoué. Les raisons de ces échecs sont souvent idéologiques, comme la difficulté de s'entendre sur une position commune à l'égard des membres d'Ennahdha, le parti islamiste interdit. Elles tiennent aussi de considérations de leadership. Car la plupart des dirigeants de ces partis, qui ont soixante ans et plus, semblent pressés de cueillir les fruits de décennies de combat. Ils se bousculent au portillon, comme si le pouvoir est à prendre, alors que celui-ci est encore solidement en place, ancré dans le pays profond et adossé à un parti qui occupe toute la place, privant alliés et adversaires de toute possibilité d'alternance.
On peut d'ailleurs s'étonner de voir s'affairer, en marge de la société, dans des cercles intellectuels coupés des réalités du pays, des mouvements d'opposition se réclamant tous de la gauche et se disant tous, indistinctement, démocrates et progressistes.
Ces mouvements, qui se déclinent sous diverses appellations et acronymes (MDS, PUP, PDP, FDTL, Ettajdid...), croient répondre aux attentes d'un électorat dont ils présupposent, sans doute à tort, quelque intérêt pour la démocratie, la modernité et la laïcité. En fait, ils se disputent un électorat potentiel qui représenterait peut-être, aujourd'hui, selon les meilleures estimations, quelque 10 à 15 % de la population.
Au lieu de se marcher ainsi sur les pieds et de se doubler - ou de se doublonner - les uns les autres, ne feraient-ils pas mieux de se mettre à l'écoute des citoyens, de leurs soucis quotidiens et de leurs aspirations réelles, et non supposées, et de cesser de projeter sur eux des chimères idéologiques importées d'ailleurs. Les désirs ne sauraient tenir lieu de réalité.


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