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« Son humanisme est un humanisme puisé du peuple et au service du peuple »
Mohamed Sayah :
Publié dans Le Temps le 06 - 04 - 2011

Plusieurs fois ministre, directeur du Parti Socialiste Destourien (PSD) et directeur de l'organe de presse du parti « l'Action » Mohamed Sayah s'est consacré aussi sous la direction personnelle du Président Habib Bourguiba d'écrire l'histoire du Mouvement National de Libération. Il était ainsi l'un des plus proches du combattant suprême. Il nous livre ici son témoignage sur la personnalité de Bourguiba et le Bourguibisme. Interview.
Le Temps : Pensez-vous que Bourguiba était un homme de génie ?
Mohamed Sayah : Hegel disait que l'homme de génie est celui qui réconcilie le plus de contraires. Parmi ceux – et non des moindres – qui ont relevé cet aspect de la personnalité de Bourguiba, Charles de Gaulle qui ne lui était pas pourtant toujours favorable. Voilà comment pour expliquer la guerre de Bizerte et rendre hommage à un adversaire qui forçait son admiration, il en trace à grands coups de burin le portrait : « Depuis toujours, il est le champion de l'indépendance tunisienne, ce qui l'oblige à surmonter en lui-même maintes contradictions.
Il s'est sans cesse opposé à la France à laquelle, cependant, l'attachent sa culture et son sentiment. A Tunis il a renversé le régime beylical et épousé la révolution, bien qu'il crût à la vertu de ce qui est permanent et traditionnel. Il s'incorpore à la grande querelle arabe et islamique, tout libre-penseur qu'il soit et imbu de l'esprit et des manières de l'Occident ». Bien d'autres exemples peuvent être cités des contradictions surmontées dans la poursuite du dessein que le leader tunisien s'est assigné. N'a-t-il pas uni son peuple comme aucun autre n'a pu le faire, à partir de la grave scission qu'il provoqua en 1934 dans le « parti de la Nation » ? N'a-t-il pas conduit la Tunisie à sa pleine indépendance, en commençant à se réclamer du traité du Protectorat et, au risque de passer pour « un traître » par se poser en défenseur de l'autonomie interne contre les partisans de l'indépendance totale et immédiate ?
N'a-t-il pas aussi émancipé la femme Tunisienne comme aucune de ses semblables ne l'est en pays d'Islam, après s'être opposé en 1929 au mouvement qui militait pour la suppression du voile ? De fait, la réconciliation des contradictions, signe de l'homme de génie, apparaît dans tout ce qui a contribué à forger la personnalité de Bourguiba.
*On parle souvent de l'humanisme de Bourguiba ?
-C'est un humanisme à trois dimensions : méditerranéenne, arabe et universelle. La troisième le rattache notamment au courant socialiste, de sorte que son humanisme est un humanisme près du peuple et au service du peuple et que son socialisme est un socialisme à visage humain. Baignant aux trois sources « du miracle grec, du miracle arabe et de la lumière socialiste ». La pensée de Bourguiba s'en nourrit également. Voilà ce qui l'a désigné, au-delà de l'œuvre accomplie en Tunisie, à servir dans le monde la cause de la paix et de la libre coopération.
*C'est donc là le fondement du Bourguibisme ?
Absolument. Mais le bourguibisme ne se limite pas à une synthèse des vertus du passé. Il les transcende dans une vision d'avenir qu'aucun événement n'est venu jusque-là prendre en défaut. Héritier des valeurs permanentes des siècles passés, se faisant du progrès une conception proche de celle des Encyclopédistes et des Rationalistes du 18ème siècle, le Bourguibisme participe également de la conception qui est en fait, au 20ème siècle, liée à la lutte contre le sous-développement. Nul doute qu'avec la vision d'avenir qui le sous-tend, en rapport avec l'éveil du Tiers-Monde auquel il a grandement contribué et la nouvelle révolution technologique à laquelle il a été l'un des plus attentifs, il s'avèrera de la plus grande utilité pour la solution des problèmes du 21ème siècle.
*Mais le Bourguibisme est-il concevable aujourd'hui sans Bourguiba ?
Il n'est pas de signe distinctif du Néo-Destour ou de choix caractéristique de la Tunisie indépendante, qui puissent s'expliquer sans l'intervention décisive de Bourguiba. Surtout en matière de doctrine, de stratégie et de tactiques politiques, tout y est frappé du sceau de sa personnalité. A tel point que pour Charles-André Julien « le Bourguibisme apparaît moins comme une technique raisonnée que comme l'effet naturel d'un tempérament, à la fois impétueux et prudent ». Aucune doctrine politique, aucune méthode d'action pouvons-nous dire ne colle à son auteur autant que le Bourguibisme à Bourguiba. Au fait Bourguiba dans l'un de ses écrits définit le Bourguibisme « C'est une doctrine, une stratégie et une tactique par quoi se distingue le Néo-Destour sous l'influence de Bourguiba. Elles n'ont pas été créées et imposées au parti par un acte d'autorité de son chef. Elles ont été élaborées lentement dans le feu de l'action après des tâtonnements et une série de corrections qui ont fini par leur donner une forme, non pas définitive – car rien n'est définitif dans les choses qui touchent à la vie des hommes en société – mais suffisamment précises pour être comprises et assimilées aussi bien par les leaders responsables que par la masse anonyme des militants et des sympathisants ».
Cette révélation éclaire, on ne peut plus, sur l'un des fondements idéologiques du Bourguibisme. La référence au positivisme ne peut pas y être plus nette, nous autorisant ainsi à dire que c'est en positiviste que le chef du Néo-Destour a abordé la politique ou encore que le Bourguibisme n'est autre que le positivisme appliqué à la politique. Se rattachant au courant rationaliste, à l'école positiviste et au mouvement réformiste, le Bourguibisme ne se confond, toutefois avec aucun d'entre eux. Servi par un sens profond de l'humain et une rare intelligence politique, il dépasse toutes ses sources d'inspiration pour donner naissance à une doctrine, une stratégie et une tactique qui concourent toutes à un objectif politique de portée révolutionnaire : la création d'une nation moderne et d'un Etat national. Et il a réalisé cet objectif. Aujourd'hui il ne peut pas être dit que l'entreprise bourguibienne ne continuerait pas surtout après la Révolution. Comme toute innovation, cette entreprise ne pouvait être initiée et menée à son terme qu'avec la force intérieure de son promoteur et conduite comme elle l'a été avec méthode, persévérance et en profondeur.
Interview réalisée par Néjib SASSI


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