Mohamed Boudjedi, recteur de la mosquée de Nanterre, est en garde à vue. Au cœur d'une escroquerie présumée liée à la construction de la mosquée Emir-Abdelkader, cette figure des musulmans des Hauts-de-Seine a reçu la visite des enquêteurs de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) de la police judiciaire parisienne dès 6 heures avant-hier. Placé en garde à vue pour « abus de confiance, abus de biens sociaux, escroquerie et recel », Mohamed Boudjedi était toujours interrogé avant-hier soir. De même que Richard Lejoyeux, le dentiste rebaptisé Abdel Ghani depuis sa conversion à l'Islam, cueilli, lui, dans sa maison de Cayeux-sur-Mer (Somme) où il s'est replié voici quelques mois. Il sentait le vent tourner et la perspective de tracas judiciaires l'a décidé à prendre le large, selon un proche de l'affaire. Président de la Coordination islamique des Hauts-de-Seine, le docteur Lejoyeux œuvre aux côtés du vieux cheikh depuis de longues années. C'est lui qui était désigné « maître d'ouvrage » pour la construction de la mosquée, le long de l'autoroute A 86. Boudjedi et Lejoyeux auraient profité du chantier pour détourner des dizaines, voire des centaines de milliers d'euros. De l'argent public, débloqué par l'Epasa, l'Etablissement public de la Défense devenu depuis l'Epadesa. En vertu d'un accord passé entre l'Epasa et l'Association islamique des religieux de Nanterre (AIRN), présidée par Mohamed Boudjedi, l'établissement public devait verser un million d'euros à l'association. Un million correspondant à une indemnité contre le terrain où se situe l'actuelle mosquée au 38, avenue de la République à Nanterre. L'argent devait être versé par tranches, au gré de l'avancement du chantier. 200 000 Euros retrouvés sur un compte offshore Dès octobre 2009, l'Epasa débloque plus de 200 000 Euros censés financer le terrassement et les fondations. La somme atterrit normalement sur le compte de l'AIRN, mais s'en évapore curieusement. En principe, l'argent doit servir à payer Novolis, l'entreprise chargée des travaux. Sauf que Novolis, opportunément créée pour construire la mosquée par un homme douteux impliqué dans plusieurs escroqueries, Tacim Soysuren, ne paie pas ses fournisseurs. Au moment du premier versement de l'Epasa, un chèque de 200 000 Euros a curieusement alimenté un compte offshore, à Chypre. Où Richard Lejoyeux a des attaches. Tacim Soysuren n'a pas été arrêté hier et serait en fuite. En revanche, l'ex-directeur administratif de Novolis et l'ancienne gérante ont aussi été placés en garde à vue à la BRDE. Mohamed Boudjedi n'en a pas fini avec la justice. Il est convoqué devant le tribunal correctionnel de Nanterre en mai prochain pour « blanchiment » et « abus de confiance » pour avoir gardé au fond de ses poches 46 000 Euros de dons de fidèles et subventions de la Mosquée de Paris.