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150 millions d'années
Rédécouvertes: Les Monts des Ksour
Publié dans Le Temps le 01 - 05 - 2012


*La rubrique animée par Alix Martin revient.
Pour le moment elle paraîtra tous les dimanches
Avec Alix Martin
En exergue : ces « promenades » et celles qui vont suivre, nous venons de les faire et que nous avons été très contents de constater que le Sud tunisien était au travail, malgré son implication dans les récents problèmes en Libye. Pas un seul sac d'ordures ne traîne dans les rues de Gabès, même autour du « marché de Jara », ni à Tataouine ni à Matmata ni dans aucun village !
Nous avons été, reçus et bien accueillis, voire « gâtés » partout ! Il n'y a plus de ruines croulantes à Douiret ni à Chenini mais des murs de soutènement, des rampes d'accès pavées et même des chambres d'hôte confortables aménagées dans des maisons troglodytiques restaurées. Nous nous plaisons à écrire que Tameghza, Douz et autres lieux sont prêts à accueillir des visiteurs. En ce moment, un soleil radieux – pas encore trop chaud ! – rayonne dans un ciel d'un bleu profond. Il a plu et partout les plantes tapissent les sols d'un velours vert émaillé de mille fleurettes blanches, mauves ou jaune d'or. Ne manquez pas de visiter le musée de « La Mémoire de la Terre », aussi intéressant que pédagogique, créé par une Association dynamique. Il se trouve à quelques kilomètres au Nord-Ouest de Tataouine, au bord de la route menant à Ksar El Farch.
Cette région du Sud-Est tunisien a émergé à plusieurs reprises il y a 150 millions d'années environ. Elle en a gardé des roches ainsi que des fossiles et même des empreintes de pas de dinosaures. Les monts portent des « ksour » : greniers collectifs, souvent inhabités, des « Kalaat » : des forteresses, aujourd'hui désertes, et des villages troglodytiques dont les habitations sont creusées et étagées à flanc de collines dans les couches tendres des roches. Dans les vallées, les cultures arbustives, appuyées sur des murs de pierres : les « Jessours », les maigres champs de céréales et les élevages menés sur le Dahar : le plateau à l'Ouest des monts, nourrissent des populations de souche berbère. Ces cultures et ses habitats, ainsi que ceux des Matmata, reflètent une adaptation à un environnement que ces populations ont dû « humaniser » après avoir sans doute fui l'invasion des arabes nomades et surtout celle des tribus « hilaliennes ». Il semble bien que les plus vielles installations n'aient guère plus de mille ans d'existence. Ainsi, ces lieux peuplés depuis la préhistoire, que Carthaginois, Romains et Byzantins avaient peu pénétrés, sont devenus un habitat-refuge pour les populations autochtones.
Les Promenades
Les marcheurs et les randonneurs peuvent découper l'itinéraire en tronçons de 10 à 15 kilomètres de long. Par exemple : Ksar Ouled Debbab / Douiret, Douiret / Chenini, Chenini / Guermessa, etc., jusqu'à Matmata, par les sentiers millénaires des crêtes. Les découvertes sont fréquentes : le tombeau de Sidi Bou Ali, fondateur de Douiret, des vestiges d'époque romaine méconnus, des curiosités géologiques, la faune et la flore typiques, etc. …
Les treckistes peuvent partir de Matmata ou de Ksar Ouled Debbab, avec un guide et deux petits ânes pour porter les bagages. Ils pourront se ravitailler, tous les soirs, à la halte, dans un village. Ils peuvent s'arrêter à Ghomrassen par exemple et retourner chercher leurs véhicules confiés à un hôtel. Ils peuvent aussi continuer vers Béni Khedache et là, les nombreux ksour, le « Parc des Dinosaures et les sources blotties dans un environnement pittoresque, les retiendront fort longtemps. La montée vers Matmata par Cheguimi, Zmertèn et Toujane est un autre treck superbe.
Les automobilistes se régaleront tout le long de belles routes en très bon état. La montée de Gabès à Matmata avec la découverte des premières collines ocre et ravinées, creusées des premières maisons troglodytiques, est une approche.
Les villages de Tamazret, Zeraoua ou Téchine, proches, méritent une visite. Sinon, l'aller à Toujane, gardé par trois Kalaa perchées sur les sommets voisins est inoubliable.
Ensuite, la descente sur Ksar Hallouf, bien restauré puis, la visite des forts de la « Ligne Mareth » proches, ensuite la promenade vers le village de Zammour ainsi que la découverte du relais restaurant « Le Bédouin » occupent toute une matinée. « Le Bédouin », où l'on déjeune fort bien, est perché sur un éperon montagneux d'où l'on découvre, au Nord-Ouest les confins de Ksar Hallouf et au Sud-Est Béni Khedache et ses environs. Ses habitants sont en train d'aménager, dans des habitations traditionnelles, en particulier : les « ghar » des logements pittoresques et confortables pour les visiteurs.
Ensuite, la « grimpette » sur le Jebel Miteur, signalé par deux reproductions de dinosaures, pour aller voir des ossements fossiles du « Parc des dinosaures » imposera ensuite une halte à Ksar Haddada ou à Ghomrassen.
Il faut vite y aller voir les dernières peintures préhistoriques avant que leur support rocheux n'ait été détruit par l'érosion. On peut finir l'après-midi à Ksar El Farch, autour d'un thé ou aller se reposer un peu plus loin à l'hôtel Dakyanus, isolé dans un grand parc ou dans un des établissements de Tataouine. La visite de Guermessa, Chenini et son huilerie souterraine, Douiret et sa mosquée troglodytique et ses énormes oliviers occupera largement la journée suivante.
Nous n'avons pas écrit une ligne à propos de tous les ksour situés au Sud de Tataouine, non seulement ceux qui sont dans les collines du Jebel Abiadh : Ksar Kedim, le plus vieux des ksour des Zénètes, Ksar Ouled Soltane : superbe avec ses quatre étages de « ghorfa », « la forteresse de Tazeghdanet », à 1 kilomètre au Nord, détruite par les canons français lors de la grande révolte de 1915 mais encore ceux de la plaine ou de l'arc montagneux qui précèdent Remada. Il faudrait écrire un livre – Il y'en a un récent ! – sur la centaine et plus de ksour qui sont autant d'objectifs intéressants pour vos prochaines « promenades ».
Jacques ANTOINE
GustavPalace


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