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« Il ne faut pas que toute la lutte, en Tunisie, soit centrée uniquement sur la démocratie politique. Il faut aller vers la démocratie économique »
Le personnage: Chico Whitaker, récipiendaire du Prix Nobel alternatif en 2006 au Temps
Publié dans Le Temps le 25 - 04 - 2012

« La pire menace pour la démocratie c'est l'achat des voix et des consciences.
La parade brésilienne est édifiante à ce niveau »
Récipiendaire du Prix Nobel alternatif en 2006, l'un des fondateurs du Forum Social Mondial, altermondialiste, Chico Whitaker parle dans cette interview de l'égalité, de la justice humaine et de la démocratie économique.
Il explique par ailleurs, les mécanismes d'organisation des mouvements de solidarité parmi les chômeurs, comme il donne une idée sur les lois contre la corruption électorale. Des lois qui ont fait leurs preuves au Brésil en 2000, où l'on a pu écarter mille candidats après avoir lutté contre l'achat des voix. Elles peuvent être réalisées en Tunisie. D'ailleurs, « s'il y a quelque chose que vous pouvez travailler dans la Constitution, c'est l'initiative populaire des lois », recommande Chico Whitaker.
*Le Temps : Vous êtes l'un des fondateurs du Forum Social Mondial. Quelle est votre mission et qu'est ce qui a motivé votre choix ?
-Chico Whitaker : Le Forum en tant que tel, était une initiative –à un moment donné de l'histoire- où, on sentait qu'il était possible de dire au monde qu'il y avait des alternatives aux modèles qui étaient dominants. Après la chute du mur de Berlin en 1989, il y avait une certaine perplexité. Nous avions quand même la possibilité de dire que le capitalisme n'est pas le seul système, et qu'il y a d'autres systèmes qui sont plus centrés sur l'égalité et la justice humaine. Mais avec la chute du mur de Berlin, tout cela s'est écroulé comme un rêve, et l'humanité a passé une dizaine d'années (lors des années 90), un peu perplexe. Il y avait des résistances ici et là. Des gens protestaient et disaient que ce n'est pas l'économie de marché qui va tout résoudre. Margaret Thatcher disait : « there is no alternative tina », c'est-à-dire, il faut s'arranger avec les marchés, parce que ce sont les mécanismes du marché qui vont résoudre les problèmes des besoins humains. D'autres disaient non, et considèrent que les besoins du marché vont vers des sessions pires. Mais le système capitaliste était en pleine expansion, et ce parce que, en tant que tel, ce système dépend absolument de la consommation. Si on consomme beaucoup, on produit beaucoup, on vend beaucoup et on gagne beaucoup. C'est un cercle, qu'ils disent, vertueux. Mais en fait, c'est un cercle qui mène aux problèmes écologiques que nous avons maintenant, dont l'excès d'utilisation des matières premières et d'énergie. Il faut toujours produire plus d'énergie pour rentrer alors dans l'atomique qui est mauvais. Il y a donc des gens qui disent que par ces économies de marché -qui fonctionnent avec une logique celle du profit-, le monde ira de mal en pis. Il y avait des personnes qui contestaient contre la domination. En fait, la simple domination s'exprimait très nettement par un événement qui se fait tous les ans. C'est le Forum Economique de Davos qui réunit tous les grands seigneurs du monde (les dirigeants des pays riches, les grandes multinationales et les intellectuels, les techniciens et les scientifiques qui travaillent avec eux...). Cette réunion avait une couverture médiatique incroyable où, le monde entier sait à la fin du mois de janvier, ce que les grands pensent…C'est à ce moment que les gens ont commencé aussi à protester contre cette réunion de Davos. Par ailleurs, il y avai d'autres manifestations contre le Fonds Monétaire International -qui était un instrument du système important et essentiel-, contre la Banque Mondiale, contre l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Il y a eu aussi, de grandes manifestations à Seattle aux Etats-Unis d'Amérique en 1999 pour interrompre un nouveau round de négociations de l'OMC qui allait porter préjudice encore plus, aux pays sous développés. Donc, en ce moment là, on se disait que ça c'est l'antimondialisation. Mais il ne faut pas simplement être anti. Il faut dire ce que nous présentons comme alternative. Si nous ne voulons pas ce monde avec cette logique, quelle logique nous voulons, comment nous montons un autre monde ? Et nous disons qu'un autre monde est possible. Il est en train d'être construit déjà dans la pratique des gens. D'ailleurs, pas mal d'institutions travaillent dans une autre ligne. Nous nous sommes dit à un moment donné, que si nous créons un Forum à la même date de Davos pour rompre toute l'attention sur lui et que voilà, il y a une alternative, et dire au monde qu'il ne faut pas se sentir toujours condamner à vivre sous la logique du marché. Ce qui est marron est que celui qui a eu cette idée, il n'est pas un militant de base, c'était un chef d'entreprise très engagé socialement. Il a proposé l'idée qui a été adoptée par huit organisations brésiliennes. Et ce fut le début de l'affaire.
*« Un autre monde est possible », il s'agit là de votre slogan. Sur quoi est basé cet autre monde ?
-D'abord, un monde où, les droits des gens sont respectés et pas simplement des gens soumis à l'intérêt et au profit de l'argent et ce, parce que la logique de l'argent est terrible. Tout devient prétexte quand il y a de l'argent. Il faut que les gens mangent. Se basant sur ça, les producteurs augmentent les prix. Cet autre monde sera basé seulement sur la recherche des profits mais aussi, sur l'idée que les activités économiques puissent répondre aux besoins humains. Donc, les décisions des gouvernements et des chefs d'entreprises doivent être basées sur la question suivante. Quels sont les besoins auxquels il faut répondre ? Il y a par exemple des besoins élémentaires dont, une grande partie de l'Humanité, les deux tiers, n'en est pas satisfait, à l'instar de l'alimentation, de l'habitation, du vêtement…il y a des droits à l'emploi par exemple. Et là, il faut tout d'abord, répondre à ces besoins. Il faut que la machine de la production soit tournée vers cet angle. Mais si elle est faite par des entreprises qui cherchent de l'argent, elle ne va pas tourner vers ces questions. Il s'agit alors, du changement de la logique de fonctionnement qui implique des gouvernements capables d'orienter cette logique. Dès lors, le problème se pose à ce niveau. Comment est-il possible d'implanter une logique d'égalité et de respect des droits des gens qui mène aussi au respect de la nature ? En effet, le système capitaliste s'est tellement développé avec la mondialisation et les marchés sont devenus tellement énormes. D'ailleurs, les Chinois sont entrés dans ces affaires et fabriquent des choses. Ils envahissent le monde, et eux là bas sont aussi dans cette société de consommation. C'est-à-dire cette folie totale. Là, il faut vraiment compter sur la conscience des gens. En fait, le système est terrible parce qu'il nous domine aussi par la publicité, la propagande. Il nous met dans la tête que nous avons des besoins que nous n'avons pas parce qu'il faut vendre les produits. Il y a des techniques perverses, et changer tout ça implique des gouvernements qui sont capables de le faire en introduisant de nouvelles lois. Alors, à ce moment, nous disons qu'il n'est pas question de prendre le pouvoir et imposer de nouveaux modèles. Non. Il faut que la société soit d'accord, sinon le modèle ne va pas fonctionner.
*Cela veut dire qu'il faut que le changement émane de la société, de la base ?
-Il faut que la société prenne conscience du fait qu'il faut changer, mais elle n'a pas cette conscience. Je dirais qu'une grande partie n'a même pas la force pour se lever, elle ne mange pas suffisamment. Une autre partie, très grande, et spécialement dans les pays riches est très contente. Avec la société de consommation, elle vit dans le confort, la commodité et tout ça c'est insatiable. Il y a un marché permanent qui est en expansion. Il y a tout un travail à faire pour prendre conscience du système qui est en lui-même suicidaire. Nous pouvons voir ça dans l'écologie, la question du nucléaire par exemple. Il faut augmenter la conscience des gens, les aider à s'organiser pour lutter contre tout ça, en s'organisant, ils définissent de bons objectifs et agissent mieux. Ils sortent de la division dans laquelle le système les laisse pour continuer de les dominer. Il nous fait bagarrer entre nous au lieu de nous unir. Le Forum surgit avec ces idées là pour agir au niveau mondial et même local.
*Etes-vous satisfait des résultats du militantisme ?
-Mes années de militantisme n'ont pas commencé avec le Forum Social. 40 ans avant, j'étais dans la même démarche. Le Forum est pour moi, une nouvelle étape, une nouvelle dimension pour augmenter les possibilités. Mais c'est un processus en cours, parce qu'il ya des résistances énormes. Nous avons des règles dans le Forum que nous devons respecter. Nous travaillons dans l'horizontalité. Il n'y a pas de chef, pas de porte parole, pas de commandant, tout le monde doit être sujet. C'est très compliqué pour appliquer ce système et changer tout ça.
*Vous êtes contre la mondialisation ?
-Non. Je ne peux pas être contre la mondialisation, parce qu'elle est un fait. Je ne peux pas être contre les faits, l'intégration mondiale. Il y a des appareils pour lesquels chaque pièce est produite dans un coin du monde pour être rassembler par la suite dans un autre coin, telles que les technologies qui facilitent les communications, le transport…tout cela est un gain et c'est incroyable. Nous ne pouvons pas être contre. Ce que nous voulons, c'est une autre mondialisation. Une mondialisation qui est au service des humains et non pas au service du capitalisme.
*Vous êtes alors altermondialiste. Comment se définit ce concept ?
-Nous étions au début antimondialistes. Mais doucement, avec l'entrée en scène du Forum Social Mondial, qui a dit qu'un autre monde est possible, le mot autre est entré. Nous avons alors inventé l'altermondialisation. Un autre monde basé sur d'autres besoins, d'autres objectifs, ceux de la solidarité, de l'égalité.
*Vous avez entamé votre carrière dès l'Université, lors des années cinquante en défendant l'idée de s'impliquer dans son propre milieu. Que recommandez-vous aux Tunisiens qui ont fait la Révolution ?
-Il faut réfléchir sur les moyens de faire la politique, la façon dont l'action politique a été organisée dans le temps. Il faut éviter de tomber dans certains pièges qui divisent, car cela diminue la force.
Je crois qu'il faut que toute la lutte ici ne soit pas centrée uniquement sur la démocratie politique. Il faut aller vers la démocratie économique. A ce niveau il y a des changements dans la politique économique, la notion de développement. C'est à ça que les gens doivent penser. Il faut penser à une économie qui soit au service des besoins.
*L'un des axes sur lesquels vous avez également travaillé, c'est l'organisation des mouvements de solidarité parmi les chômeurs. Que conseillez-vous à nos jeunes en quête de travail ?
-Nous avons fait à Sao Paulo une expérience très intéressante. Au lieu de travailler avec des chômeurs pour qu'ils fassent des revendications seulement, -bien sûr ils doivent le faire pour demander de l'emploi-, nous avons créé des groupes de solidarité entre les chômeurs, entre les chômeurs et les non chômeurs. C'est-à-dire, nous avons créé des groupes qui étaient capables dans chaque communauté de créer de nouvelles activités rentables. Ces groupes de solidarité faisaient par exemple du pain pour répondre aux besoins de la communauté, des briques pour construire des maisons. Cette idée peut être appliquée en Tunisie en l'aidant à avoir des ressources financières pour lancer ces activités.
*Vous étiez à l'origine d'un projet de loi contre la corruption électorale pour lutter contre l'achat des voix au Brésil. Elle a fait ses preuves.
-Nous avons fait cela à deux reprises. La première, il y a dix ans. Un projet de loi a été formulé et été soutenu par un million de signatures. Nous avons réussi à convaincre le Congrès de l'approuver. Nous avons fait cela parce que les gens au Brésil achètent les voix et nous avons réussi à mettre dehors mille personnes entre conseillers municipaux, maires, sénateurs, gouverneurs parce qu'ils achetaient les voix des électeurs. Ensuite, nous avons fait l'année dernière une autre loi appelée « la loi du casier propre ».
*En quoi consiste-t-elle ?
-Avec la présomption d'innocence, qui est un principe universel, des gens poussaient leur condamnation jusqu'à la fin de leur vie. Des criminels pouvaient être des candidats aux élections. Ils amassaient dès lors, encore plus d'argent et repoussent plus loin leur condamnation. Qu'est ce que nous avons fait ? Si la personne est condamnée à un deuxième niveau, c'est-à-dire pas uniquement par un seul juge, elle perd alors le droit d'être candidat.
D'ailleurs, s'il y a quelque chose que vous pouvez travailler dans la Constitution, en Tunisie, c'est l'initiative populaire des lois. C'est une chose que nous avons introduite au Brésil, en 1985 par la pression populaire. Un million de signatures dans notre cas c'est 1 % d'électeurs qui suffisent à matérialiser cette parade.
Interview réalisée par Sana FARHAT


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