Wahid Ferchichi: Sadok Belaïd, pionnier des juristes-doyens...    Tunisiens de l'étranger : zéro droit de douane sur les voitures électriques et hybrides !    Décès de la journaliste Frida Dahmani : une grande figure de la presse tunisienne s'éteint    Frida Dahmani, une journaliste talentueuse nous quitte    16es de finale de la Coupe de Tunisie : qui sera absent pour l'Espérance de Tunis ?    La guerre au Moyen-Orient menace l'économie tunisienne : le pétrole dépasse 100 dollars et des avertissements de vague d'inflation    Décès de Frida Dahmani, correspondante de Jeune Afrique    Vous avez le droit de connaître le vrai prix et d'obtenir une facture    Arabie Saoudite : visas expirés ? Prolongation et sortie sans frais jusqu'au 14 avril    L'Université de Monastir et l'Ecole normale supérieure de Ouargla signent un accord de coopération stratégique    Le champion du monde tunisien Ahmed Jaouadi remporte la médaille d'or avec un nouveau record au championnat des universités américaines    Guerre en Iran et dans la région: éléments de décryptage    Résiliation d'assurance : quand votre contrat peut être annulé    Météo en Tunisie : nuages passagers, pluies éparses    Billets en circulation en forte hausse : 28,5 milliards de dinars atteints en Tunisie    Aptamil en Tunisie : certains lots retirés, mais les nourrissons restent en sécurité    Salon de l'artisanat tunisien 2026 : 42e édition du Salon de la création artisanale au Kram    L'Hôtel Africa abrite la manifestation culturelle C ART HAGE 2026 durant 4 jours (programme)    IWG ajoute un nouvel espace de travail Regus à Sfax    Allemagne : la grande opportunité pour les étudiants tunisiens    Tunisie : une plateforme gratuite de soutien scolaire en ligne accessible à tous    Chery, 1ère marque automobile chinoise à dépasser les 6 millions de véhicules exportés    Exposition hommage à Habib Bouabana du 28 mars au 18 avril 2026 à la galerie Alexandre Roubtzoff    Guerre au Moyen-Orient et sécurité énergétique en Tunisie: d'une vulnérabilité subie à une stratégie d'indépendance    Météo en Tunisie : légère hausse des températures au Nord et au Centre    Saison Méditerranée 2026 : Louis Logodin annonce une programmation culturelle franco-tunisienne    La Tunisie au cœur des grands rendez-vous franco-africains en 2026    La Société des Transports de Tunis organise des sorties culturelles pour les écoles primaires    Trump reporte les frappes sur l'Iran : un répit diplomatique qui apaise les tensions    Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste de France, est décédé    Le fenugrec ou helba: Une graine ancestrale aux vertus multiples    Mahmoud El May - Choc énergétique global : l'entrée dans une stagflation durable    Mondher Mami: Le métronome du protocole    Festival International de Cerfs-Volants en Tunisie : Tout savoir sur l'édition 2026 portée par les vents de la mer et le Sahara    Tunisie – Grâce présidentielle : libération de 1473 détenus à l'occasion de Aid El Fitr et la fête de l'indépendance    CAN 2025 : Sénégal privé du titre, le Maroc champion    Comprendre le Moyen-Orient, ce foyer de crises    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    Arbitrage tunisien : 16 arbitres sanctionnés par la Fédération    "Monsieur Day", In memoriam    Abdelkader Mâalej: L'angliciste des services de l'information    Le poulpe: Un plat raffiné et une ressource sous pression    Abdelaziz Kacem, en préface du livre d'Omar S'habou: Gabriem ou la tentation de l'Absolu    Secousse tellurique en Tunisie, au gouvernorat de Gabès ressentie par les habitants    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Mondher Msakni: L'orfèvre    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Huis clos avec Facebook
Festival d'Avignon
Publié dans Le Temps le 21 - 07 - 2012

Au Festival d'Avignon (7-28 juillet), beaucoup de spectacles ont touché d'une manière ostensible aux nouvelles technologies pour leur mise en scène :
cela va du simple écran plat jusqu'aux sons ultrasophistiqués, images 3D ou l'Ipad. La seule pièce à en faire exclusivement sa matière première et sa raison d'être était 33 Tours et quelques secondes des metteurs en scène libanais Lina Saneh et Rabih Mroué.

Une pièce radicale qui se résume à une mise en scène austère et illuminée par une lampe de bureau et une page Facebook, actualisée et projetée sur le grand écran de fond de scène. Sur le plateau, on trouve une chaise vide devant une table débordée de documents, un écran télé en veille, des tas de livres empilés à côté du téléphone, un ordinateur allumé, relié à un modem qui clignote comme un cœur qui bat.

Au début de la pièce, sur un vieux tourne-disque, un 33 tours de Jacques Brel fanfaronne « Avant de mon dernier repas... ». Il n'y aura pas de théâtre à proprement parler, ni d'acteur ou acte à observer. La seule présence humaine dans la salle restera le public. On assistera, à travers une page Facebook, au débat suscité dans la société libanaise par le suicide d'un jeune artiste et militant des droits de l'homme, Diyaa Yamout. Comme seule action théâtrale, il y aura les bits défilant sous forme d'images ou de mots sur la page Facebook à l'écran. C'est un spectacle éprouvant qui, inéluctablement, engendrera des spectateurs frustrés, tellement ce huis clos s'avère creux et lisse à regarder. Et pourtant, c'est une pièce d'une radicalité utile.

Au théâtre, on attendra vainement le condamné à mort, mais on assistera à travers une page Facebook à ce débat qui a marqué la société libanaise. On est à Beyrouth, en octobre 2011, en plein printemps arabe. Tout est fiction, ou presque. Le débat avait réellement eu lieu, l'homme avait vraiment existé, sous un autre nom, Nour Merheb, décédé en novembre 2011.

Les « amis » sur Facebook

La confusion entre documentaire et fiction est entretenue sur scène. Quand la nouvelle du suicide de Diyaa Yamout est annoncée, les 3543 « amis » sur Facebook s'activent instantanément. Les messages pleuvent dans un rythme ahurissant : des réactions (« AAAAAAAAAAAAA... »), des messages et rumeurs (« Notre héros-martyre »), des récupérations (« Notre Mohamed Bouazizi libanais », « geste révolutionnaire », « acte sectaire »). Quant aux texto d'une amie palestinienne qui essaie (vainement) de venir à Beyrouth, ses messages se trouvent encore dans une autre temporalité. Elle n'est pas connectée. Comme les messages laissés sur répondeur qui, eux non plus, n'ont pas de face-à-face, pas de réseaux fournissant les dernières actualités. La télé aussi s'en mêle, amplifie les rumeurs et les suspicions, et nourrit à son tour le réseau social avec de nouvelles pistes concernant le suicide toujours non élucidé.

En attendant, la page Facebook de l'homme décédé reste toujours active. C'est elle qui devient le centre de la personne. Une machine sans pilote se met en route. Après le Ça, le Moi et le Surmoi de Freud, on découvre « L'Après moi », construit et véhiculé par les réseaux sociaux. Cette instance où règne, sans entraves, l'inconscient collectif autour d'une personne devenue virtuelle parce que décédée et donc sans moyen d'actualiser sa page Facebook. L'être humain est défini par ses gestes et ses non-gestes sur le réseau social. C'est l'outil de communication qui impose la dramaturgie et le contenu. Par contre, il n'y aura pas de réponse concernant les raisons du décès. C'est une coupure d'électricité qui met fin aux discussions. Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui éclairent le suicide, c'est le suicide qui éclaire la société des réseaux sociaux. (RFI)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.