C'est au moment où hommes et femmes ont investi l'espace civique et clamé leur droit à une vie digne et au respect des droits de l'Homme que les dictatures ont été ébranlées. La conquête de l'espace public, physique soit-il ou virtuel a permis l'anéantissement des régimes absolutistes. Le citoyen a pu s'apprivoiser de nouveau l'espace qui lui est sien. Si certains régimes despotiques ont disparu, d'autres ont dû réviser leur politique de règne mais d'autres encore demeurent et détiennent toujours le pouvoir. Le soulèvement populaire a redonné de l'espoir aux citoyens. Or, la conquête de l'espace civique s'avère, aujourd'hui, en péril. Malgré le changement radical des régimes politiques, on note une volonté macabre de mainmise sur l'espace public, par le biais de nouvelles procédures et législations rappelant les mêmes moyens employés par les régimes déchus. Des discours incitateurs à la haine se propagent de plus en plus contre toute personne opposante au pouvoir actuel : leader politique, journaliste, acteur de la société civile. L'insécurité dans l'espace public atteint son summum avec l'assassinat politique du martyr de la parole libre Chokri Belaid. Les fervents défenseurs des droits de l'Homme, le droit d'association et de la liberté d'expression sont inquiets. «Article 19» accuse ! Dans le cadre de son programme régional consacré à la défense, la protection et la promotion de la liberté d'expression et d'association dans les pays d'Afrique du Nord, en particulier en Tunisie, l'organisation internationale ARTICLE 19 organise une conférence Nord Africaine à Tunis les 21 et 22 mars 2013 sur le thème de «la protection de la liberté d'expression, d'association et de manifestation dans l'espace civique ». Lors du congrès, l'organisation Article 19 soulèvera le voile sur l'origine de la montée de la violence sous toutes ses formes dans l'espace public, qu'elle soit physique, politique, idéologique, inter-religieuse, sexiste ou raciale. Un premier panel aura à débattre de l'origine de la montée de la violence, ceux qui la perpètrent, ses formes, ses victimes et son impact sur la liberté d'expression en particulier, et le processus démocratique en général. Un second panel citera l'expérience d'élaboration des Constitutions dans quatre pays (l'Egypte, le Maroc, la Tunisie et la Libye) en termes d'engagement de la société civile à l'élaboration de clauses garantissant la liberté d'expression et d'association. Quant à la thématique de la liberté d'expression et de la sécurité des journalistes, un troisième panel lui sera consacré. Tout changement politique et démocratique n'est possible dans les pays de l'Afrique du Nord qu'à travers des médias libres, neutres, pluralistes et responsables. Pourtant, les journalistes sont maintenant sur la ligne de mire des attaques physiques, des menaces de mort et d'intimidation. Lors de ce panel, les conférenciers listeront les types de pression, d'oppression, d'insécurité et de répression auxquelles font face les journalises. Il s'agira, aussi, de rappeler le rôle emblématique des médias dans le processus transitoire et la réforme politique. C'est aussi l'occasion de remettre sur la table les types de législations et de régulations qui les encadrent et ceux qui ont été élaborés par les gouvernements. Le droit d'association et de manifestation pacifique Une session sera consacrée aux droits d'association et de manifestation pacifique et leur protection dans l'espace civique. Article 19 a noté l'adoption et l'élaboration de nouvelles lois qui vont gravement restreindre le droit d'association et de manifestation. Des associations sont entrain de se mobiliser contre ces projets de lois. Il s'agira de se débattre sur la situation de ces droits dans la loi et dans les projets de lois en cours de préparation ; les risques physiques que confrontent les défenseurs des droits humains et la nécessité de dialoguer avec les gouvernements sur l'élaboration de ces lois. Dans le même contexte, est prévu un débat sur le rôle des régions dans le changement démocratique, les mouvements de protestation et de mobilisation populaire. A ce panel, participeront des activistes originaires de ces villes oubliées et marginalisées dans les pays nord-africains. La Tunisie : Processus inachevé ? La Tunisie, le pays qui a déclenché le printemps arabe, a entamé un processus de réforme démocratique dans des domaines touchant à la liberté d'expression, de manifestation et d'association. Si la première phase transitoire a été plus ou moins réussie et les réformes sont lancées. Ce processus connait depuis le début de l'année 2012, un blocage pour certains et un ralentissement pour d'autres. A ce panel, se joindront des personnalités politiques et associatives tunisiennes pour débattre, chacun à partir de ses engagements et ses responsabilités, les causes de ces processus inachevés et les solutions envisagées pour les débloquer. Le congrès s'achèvera sur la question épineuse de la protection juridique et physique des défenseurs des droits humains et des journalistes. Des experts internationaux introduiront un nouveau concept de protection juridique, morale et physique. Ces diverses sessions seront suivies de workshops afin de dresser un plan d'action garantissant la protection de la liberté d'expression et d'association dans l'espace civique des pays de l'Afrique du Nord.