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Les risques d'un Etat théocratique
Constitution
Publié dans Le Temps le 27 - 04 - 2013

«Tout ce qui concerne le domaine des libertés, va être encadré par l'article 136», prévient Mohamed Kilani
«Tous ceux qui veulent éviter à la Tunisie un Etat théocratique devront s'unir», avertit Salah Zghidi
Le dernier brouillon de la Constitution qualifiée, par Mustapha Ben Jaâfar, président de l'Assemblée Nationale Constituante (ANC), l'une des meilleures au monde jamais élaborées, n'emballe pas trop de monde. Beaucoup y voient des signes révélateurs d'un Etat théocratique. Dans son blog le constitutionnaliste Yadh Ben Achour a été on ne peut plus clair. Il a affirmé en substance que la constitution a été faite pour servir un Etat théocratique.
Si le premier article de la Constitution stipule que l'Islam est la religion de la société tunisienne, l'article 136 spécifie l'Islam comme étant la religion de l'Etat tunisien. Il y a presqu'une année Rached Gannouchi avait déclaré qu'il sursoit à la proposition d'inclure dans la Constitution la Chariâa comme source de la législation en Tunisie. Aujourd'hui la Chariâa réapparait de nouveau pour se faufiler à travers une autre voie, l'article 136.
Mohamed Kilani, secrétaire général du Parti Socialiste considère que les risques d'un Etat théocratique sont énormes. Il précise au Temps : «Je pense que le cadre général de la Constitution, en tenant compte du préambule et les articles concernant la place de la Religion, montre que la mise en place d'un Etat théocratique est claire. Il est dit de manière claire que l'Etat a comme religion l'Islam dans l'article 136. C'est ce cadre là qui va donner un sens et une interprétation des libertés et des Droits de l'Homme. Tout ce qui concerne le domaine des libertés, va être encadré par l'article 136. On est dans un cadre théocratique bien que les autres articles laissent entendre le contraire. Il suffit qu'il y ait une majorité favorable à pareille interprétation pour que l'Etat théocratique s'installe ». Devant les risques d'un Etat théocratique, le débat sur la nature du régime politique, présidentiel, parlementaire ou mixte, devient secondaire pour ne pas dire insignifiant. Mohamed Kilani, dira qu'il n'y a pas d'accord sur la nature du régime. « Mais, ils sont entrain d'en débattre à Dar Dhiafa à Carthage. Il est possible que la Troïka puisse se mettre d'accord avec Al-Joumhouri, Al-Moubadara et Al-Aridha pour qu'il y ait un certain équilibre entre les deux systèmes. C'est quelque chose qu'ils peuvent dépasser. Mais, pour l'Islam comme religion officielle de l'Etat, Ennahdha ne fera pas de concession».
Salah Zghidi, militant des Droits de l'homme, n'y va pas du dos de la cuillère. Il affirme au Temps que l'année dernière lorsque Rached Ghannouchi a décidé de retirer l'articla 2 de la Constitution faisant de la Chariâa la source de la législation en Tunisie, il avait justifié son choix par le fait qu'une partie du peuple tunisien n'est pas encore mûre pour une telle option. ». A l'époque Salah Zghidi avait prévenu « attention, il fait retirer la chariâa pour la faire entrer sous d'autres formes. « Malheureusement c'est vrai. Je n'arrive pas à comprendre que des hommes politiques puissent imaginer qu'Ennahdha puisse se raviser et renoncer à ses conditions concernant la chariâa et son projet théocratique. Le jour où Ennahdha arrive à se départir de son projet théocratique, cela signifie qu'elle cesse d'être un parti à référence religieuse islamiste. Et si elle n'est plus un parti islamiste, c'est qu'elle troque une autre couleur, celle de devenir laïque. Est-ce qu'on peut imaginer Ennahdha devenir un parti laïc ? Nous avons un parti religieux qui n'a pas d'autres programmes que l'islamisation de la société. Ils n'ont aucun programme économique ou social. Leur seul programme c'est islamiser l'Etat et la société. Il faut désespérer d'Ennahdha. Il est clair que dans les prochaines élections il faudra faire un choix : ou donner la Tunisie en cadeau à Ennahdha pour qu'elle réalise son Etat théocratique, ou mettre sur pieds un Etat civil et démocratique. Si les forces démocratiques restent dispersées, nous risquons d'avoir un Morsi lors des prochaines élections. Tous ceux qui veulent sauver la Tunisie d'un Etat théocratique doivent s'unir pour un Etat civil et démocratique ».
Les appréhensions sont grandes. Les membres de la Constituante appartenant au camp démocratique sauront-ils insérer des améliorations dans le contenu de la prochaine Constitution, pour en faire une des meilleures dans le monde ?
Attendons de voir.


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