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Tataouine fête le patrimoine
Publié dans Le Temps le 17 - 03 - 2015

Du 18 au 22 mars, la trente-sixième session du festival des ksours propose un programme essentiellement folklorique et des visites des monuments historiques du sud-est. Les arts populaires seront à l'honneur une semaine durant, en attendant que ce festival culturel et touristique enrichisse son identité en s'ouvrant à d'autres modes d'expression pour atteindre d'autres publics
Le printemps coïncide au sud tunisien avec le festival international des ksours sahariens qui en est aujourd'hui à sa trente-sixième session. Dirigé par Abdallah Ouerghimmi, ce festival constitue dans la vie culturelle du sud-est tunisien une balise aussi importante que les manifestations qui ont lieu à Douz, Kebili et Tozeur, dans le sud-ouest. Un festival qui jusqu'à récemment, comptait avec le festival d'Ulysse à Djerba, un autre fleuron ancré dans une tradition particulière qui , dès ses débuts, a conjugué tourisme et culture populaire.
En effet, le paysage festivalier dans le sud tunisien a cette particularité d'associer animation culturelle et touristique. De plus, l'ensemble de ces festivals ont démontré leur capacité à mobiliser le public tunisien, surtout celui, urbain, des grandes villes du nord, pour lequel le sud constitue toujours une découverte. En ce sens, l'ensemble des festivals sudistes a une valeur de dynamisation de l'économie locale.
Ainsi, de Douz à Tataouine, de Tozeur à Djerba, c'est le patrimoine qui est à l'honneur, les traditions régionales qui revivent et le folklore qui connaît une embellie. Telle est la spécificité des festivals du sud, tous profondément enracinés dans les arts et les traditions de leurs terroirs.
Pour que les ksours ne soient plus un simple prétexte...
Le festival international des ksours sahariens ne déroge pas à cette règle. Se déroulant du 18 au 22 mars, il fait la part belle au folklore tout en enrichissant son programme d'une dimension touristique appréciable.
Dans cette optique, cette nouvelle édition du festival des ksours proposera des rencontres culturelles et aussi des visites de terrain qui permettront au public de découvrir les réalités de nos ksours sahariens, parfois insérés dans les circuits touristiques, parfois mystérieux dans leur solitude, souvent carrément abandonnés à cause de l'enchevêtrement des propriétaires qui bloque leur potentiel de mise en valeur.
Dommage que ces festivals se contentent encore de peu et n'envisagent pas une dimension de recherche-action qui permettrait de restaurer, de sauver les ksours plutôt que de les utiliser comme toile de fond, comme simple prétexte à une animation culturelle qui ne fait que passer. En effet, après l'extinction des lampions du festival, les ksours reviennent à leur anonymat en attendant la prochaine session ou l'hypothètique passage d'un convoi touristique.
Bien sûr, les moyens modiques dont disposent ces festivals ne permettent pas grand chose. Toutefois, il devient urgent de rénover ces manifestations devenues routinières et handicapées dans leur développement par la modicité des ressources.
Pour cette session, le directeur du festival et son équipe proposent de découvrir plusieurs ksours à travers des visites. C'est ainsi que les festivaliers seront invités à visiter Ksar Béni Barka et Ksar Ouled Soltane. Ils iront aussi à la rencontre de Remtha, Douiret, Ghomrassen, Beni Ghdir et Chenini. Le programme du festival propose aussi un gros plan sur Ksar Haddada et Ksar El Ferch. Ces visites touristiques font partie intégrante du festival, structurent son identité et lui donnent sa singularité.
Il convient de saluer l'effort des organisateurs qui offrent ainsi aux festivaliers de connaître plusieurs aspects de nos ksours qui sont surtout présents dans les gouvernorats de Médenine et Tataouine.
Dans le cas de ce festival, c'est la région de Tataouine qui est à l'honneur. Le public pourra y visiter certains ksours qui ont servi de décor à la saga cinématographique de "La guerre des étoiles". C'est en effet à Ksar Haddada, par exemple, que Georges Lucas a posé ses caméras pour filmer les beautés subtiles de l'architecture des ksours, anciens greniers à blé fortifiés qui sont parsemés à travers le sud-est de la Tunisie jusqu'aux régions sahariennes. Parfois construits sur des pitons rocheux, ces véritables nids d'aigle sont dans certains cas doublés par une citadelle, une "kalaa" qui les protège.
Relativement préservés, ces ksours mériteraient plus d'attention de la part des pouvoirs publics. Certains sont en état de délabrement avancé alors que d'autres sont recyclés dans le tourisme et subissent des aménagements qui insultent notre mémoire. Dans certains cas, ces ksours, au fort potentiel touristique, font l'objet de passes d'armes entre des promoteurs qui y voient une diversification potentielle de leur produit touristique.
Le bénéfice que le festival des ksours peut apporter à la région est bien dans le fait d'attirer l'attention sur ce patrimoine qui oscille entre abandon et délabrement. Les animateurs du festival font bien de proposer des visites dans plusieurs de ces ksours qui témoignent d'un laisser-aller évident mais aussi d'une absence de vision claire pour la promotion de cette région et de son patrimoine.
Un potentiel énorme, mais étouffé par la routine...
En plus des visites aux ksours, cette session du festival propose un programme culturel essentiellement basé sur le folklore et ses déclinaisons sudistes. L'ouverture du festival sera le fait de la Troupe des arts populaires de Tataouine qui animera les rues de la ville. Ces animations de rue sont aussi l'une des caractéristiques du festival des ksours. Chaque jour, des cortèges festifs sillonneront les rues et créeront une animation toujours bienvenue.
Au programme également des compétitions d'équitation et des soirées artistiques entre musique et poésie. C'est ainsi que les quatre jours du festival se dérouleront avec des vernissages d'expositions d'art et d'artisanat (jeudi 19 mars), une rencontre avec les animateurs de l'Institut supérieur des Arts et Métiers de Tataouine (vendredi 20 mars), un concert de percussions et une soirée artistique à Ghomrassen (samedi 21 mars) et une compétition d'équitation (dimanche 22 mars).
Entretemps, les festivaliers pourront visiter les ksours de la région et se tremper dans l'ambiance festive qui durera toute la semaine. Bien conçu, le programme du festival permet en effet de multiplier visites de terrain et circuits touristiques tout en bénéficiant des soirées artistiques animées par des formations essentiellement tunisiennes, en dépit de l'identité internationale du festival.
Reste à savoir comment donner un nouvel élan à ces festivals qui n'inventent que peu et se contentent d'une routine peu innovante. L'exemple vient d'ailleurs de Tataouine même puisqu'une initiative d'animation a vu le jour qui se propose de parer de couleurs techno un des nombreux ksars de la région. Est-ce la bonne approche? Ne faudrait-il pas plutôt songer à des spectacles plus consensuels qui pourraient s'ajouter aux arts populaires? N'y aurait-il pas aussi la possibilité d'inviter des troupes de théâtre à se produire dans des ksours? "Kaab el ghazal", la dernière création du centre d'art dramatique de Médenine se prêterait à merveille à un cycle de représentations dans l'un des ksours.
Il faut aux animateurs de ce festival investir davantage sur l'innovation et l'imagination. Il faudrait multiplier et diversifier l'offre. Pourquoi pas du cinema à l'image de Doc Douz Days? Il y a beaucoup à faire pour que ce festival des ksours, au potentiel énorme, puisse sortir des pesanteurs qui le lient à un destin répétitif.
C'est aux animateurs culturels de la région de réfléchir sur ces questions et d'apporter l'ambition qui manque encore à cette manifestation. Ce qui est sûr, c'est que cette 36ème édition sera couronnée du succès habituel mais sans qu'il y ait des ferments de progrès ou de diversification. Abdallah Ouerghemmi et son équipe peuvent mieux faire, peuvent revêtir d'habits neufs un festival que le public plébiscite de toutes les manières, peuvent tourner la passion des ksours vers l'avenir au lieu de se contenter de ressasser le folklore.
Cette semaine, le patrimoine sera à l'honneur dans le cadre du festival international des ksours de Tataouine. En attendant les prochaines sessions qui devront souligner la mue et la modernisation d'un grand festival qui pourrait devenir une balise majeure dans notre paysage culturel et touristique...


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