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«Humainement et professionnellement, ça a été éprouvant !»
Publié dans Le Temps le 15 - 10 - 2015

Regroupant près de 1,4 million de pèlerins et ponctuée d'évènements dramatiques, la saison du hajj a été, cette année, particulièrement éprouvante pour tous. Samir Abdelmoumen, médecin principal au SAMU 01 de Tunis y a participé en sa qualité de professionnel de la santé. Il raconte le quotidien du staff médical tunisien sur les terres saintes et passe en revue les différentes difficultés rencontrées dans la prise en charge des pèlerins mais aussi les temps forts de ce hajj 2015 pas comme les autres.
Le Temps : Est-ce la première fois que vous faite partie de la délégation médicale tunisienne pendant le pèlerinage ?
Samir Abdelmoumen : J'ai passé 25 jours en Arabie Saoudite avec le staff médical en tant que deuxième vice-président de la délégation médicale tunisienne. C'est la deuxième fois que je tente cette expérience. J'y étais en effet trois ans en arrière et je peux affirmer que beaucoup de choses ont changé. Certaines en bien et d'autres pas.
Le staff médical était composé de combien de personnes ?
Cette année, il y a eu 8300 pèlerins tunisiens. Le staff médical était composé de 76 personnes entre médecins et paramédicaux. En conditions normales, le nombre de soignants aurait été amplement suffisant mais ce qui a compliqué les choses, ce sont les événements dramatiques qui ont ponctué ce pèlerinage mais aussi la santé fragile de certains pèlerins et l'attitude parfois irresponsable de certains autres.
En tant que médecin, quelles sont vos impressions sur les pèlerins tunisiens ?
Certains pèlerins refusent de suivre les conseils que nous leur prodiguons et se retrouvent au final avec des soucis de santé qu'ils auraient pu éviter. On leur demande par exemple d'éviter de se rendre à la mosquée entre midi et 16h ou encore de ne pas se bousculer pour atteindre la « rawdha » du Prophète. En vain ! Il nous est fréquemment arrivé d'examiner plus de 1000 patients par jour. Certains viennent consulter pour des pathologies graves et d'autres pour des symptômes ou des soucis vraiment bénins comme une petite irritation épidermique entre les cuisses, une douleur aux orteils à cause de la foule ou une sensation de brûlure à la gorge. Il nous est aussi arrivé de changer quotidiennement près de 400 pansements. Cela prend un temps fou, au détriment parfois de cas plus graves.
Quelles ont été les pathologies les plus récurrentes ?
La moyenne d'âge des pèlerins tunisiens avoisine les 70 ans contrairement à d'autres pays comme la Turquie et l'Indonésie. Parmi les pathologies les plus fréquentes, nous comptons l'asthme, la bronchite chronique et les déshydratations. De nombreux pèlerins d'un âge avancé se fatiguent au bout de quelques jours et deviennent plus fragiles qu'en temps normal. Un jour, nous avons soigné 25 cas d'insolation dont 12 avec convulsions. Mais il faut comprendre que le rôle du corps médical et paramédical n'est pas seulement de soigner mais parfois aussi de prévenir les accidents comme ce fût le cas le jour où la grue est tombée dans l'enceinte de la Mecque. Ce jour-là, il a plu. Par chance, à la consultation d' « El Oulayan », un médecin et deux infirmiers tunisiens se sont rappelés qu'il y a quelques années, des pèlerins avaient glissé dans la mosquée à cause de la pluie, ce qui leur a causé de multiples fractures. Le staff a donc demandé aux 500 pèlerins présents de ne pas quitter l'hôtel situé à 200 m de l'emplacement de la fameuse grue, jusqu'à ce que la pluie cesse. Heureusement qu'ils ont pris cette décision puisqu'on a ainsi évité la catastrophe. Les pèlerins algériens logés à l'hôtel contigu n'ont pas eu cette chance puisque deux d'entre eux sont morts écrasés par une grue, 9 blessés et 2 autres ont perdu leurs jambes.
Les conditions climatiques n'ont pas été des plus clémentes cette année.
Il est arrivé qu'à l'aube, la température soit de 39 degrés à la Mecque. A Arafat, il faisait 54 degrés le premier jour et 52 le deuxième. Les prochaines années, le pèlerinage aura lieu en août et en juillet et les températures seront encore plus élevées. Si des mesures de prévention ne sont pas prises, il risque d'y avoir d'innombrables catastrophes humaines surtout que des bruits courent que le nombre de pèlerins tunisiens augmentera de 20% l'année prochaine.
Quelles ont été les conditions de séjour à Mina?
Sincèrement, les conditions étaient déplorables. En plus de la chaleur, l'exiguïté des lieux a créé un réel malaise auprès de pèlerins. Considérant les dimensions d'une tente et le nombre de pèlerins qui s'y abritaient, chaque pèlerin n'avait pour lui qu'un espace de 1,5 m. D'autant plus que le toit des tentes était vraiment bas et le comble qu'elles n'étaient pas climatisées avec toute cette chaleur. On étouffait là-dedans alors que d'autres pays avaient des camps beaucoup plus confortables et spacieux que les nôtres. Passer près de 36 heures, voire plus, dans ces conditions est vraiment éprouvant et encore plus pour les pèlerins d'un certain âge.
Quelle est votre évaluation pour la logistique de cette année ?
Il faut absolument revoir l'organisation lors des différentes étapes du séjour des pèlerins. A la Mecque par exemple, loger tous les pèlerins tunisiens dans un même hôtel ou même deux qui seraient contigus ferait gagner du temps et de l'énergie à tous. Cette année, ils étaient répartis sur 6 ou 7 hôtels. Le staff médical ne disposait quant à lui que de deux espaces de consultation, l'un à « Oulayan » et l'autre à « Palestine ». Certains pèlerins, qui habitaient loin, parfois à 4km de distance, ont donc eu du mal à se déplacer jusqu'à nous et ce, bien que le ministère de la Santé ait envoyé des ambulances de Tunisie pour assurer le transport des malades.
Outre les conditions climatiques et celles du séjour, vous avez évoqué la santé fragile de certains pèlerins.
En effet, certains pèlerins étaient tellement mal en point qu'ils ont dû être hospitalisés dès leur arrivée à l'aéroport saoudien. Ce n'est pas normal qu'un patient admis il y a moins d'un mois en carcinologie ou ayant subi une intervention chirurgicale cardiaque tout récemment voyage pour accomplir le pèlerinage. Il y avait également beaucoup de pèlerins diabétiques insulino-dépendants qui ont cessé de s'injecter de l'insuline et qui se sont exposés au danger.
Quelles solutions proposez-vous ?
Il faudrait peut-être penser à réduire la durée du hajj, du moins pour les pèlerins âgés. Le pèlerinage peut être dûment effectué en 10 à 15 jours. Ceux qui veulent passer plus de temps peuvent faire une « omra » (petit pèlerinage) plus tard. Par ailleurs, on ne peut pas fixer une limite d'âge aux pèlerins mais il faut que les ministères de la Santé et des Affaires religieuses se concertent pour établir des conditions bien claires pour l'acceptation du dossier du pèlerin, en prenant en considération son âge physiologique, ses anciennes pathologies, son état de santé actuel et bien d'autres facteurs.
Le test médical pré-pèlerinage n'est-il pas crédible ?
Oui il y a bien évidemment tous les pèlerins passent un test médical mais je me pose ouvertement des questions sur l'efficacité de cet examen. Ne vaudrait-il pas mieux que des commissions indépendantes se déplacent dans tous les gouvernorats et effectuent elles-mêmes ces examens médicaux ?
Comment avez-vous vécu le drame de la bousculade de Mina ?
Humainement et professionnellement, ce fût une rude épreuve qui nous a tous fait perdre nos repères et porté un sacré coup à notre moral. Nous ne savions plus si nous devions assister psychologiquement les blessés traumatisés par l'ampleur du drame ou encore les soigner ou aller les identifier dans les hôpitaux ou encore aller recenser les morts dans les morgues. Nous étions à la fois débordés et accablés mais le message que nous a adressé le ministre de la Santé a reboosté notre moral et remotivé les troupes. Nous avons alors émergé de la torpeur causée par le choc et nous avons travaillé dur pour assurer au mieux notre rôle auprès des patients. Il faut dire que le ministre, son chef de cabinet et les responsables ont été en contact continu avec nous, dès le premier jour. Cela a facilité beaucoup de choses pour nous puisque tous les problèmes ont pu être résolus à temps.
A Arafat, est-ce vrai que des cadavres ont été transportés à l'aide de trax ?
Non, je peux vous assurer que cette information est infondée et que l'image qui a circulé sur les réseaux sociaux date des années 80. Nous n'avons pas vu ni de trax ni de pelleteuse. Par contre, les corps n'ont commencé à être évacués qu'après la prière du soir ce qui a provoqué une odeur fétide dans les alentours. Des hélicoptères ont été mobilisés pour transporter les corps et les blessés. C'est un terrible accident. Sa gestion n'a pas été facile. Avec ses gros moyens, l'Arabie Saoudite a fait ce qu'elle a pu et je peux assurer que devant l'ampleur de cette catastrophe, même les USA auraient eu du mal à gérer un tel drame humain.
Qu'est ce qui a été le plus difficile ce jour-là ?
Cette bousculade est survenue dans une rue étroite, située juste en face du camp numéro107 des Tunisiens. C'est terrible de voir des pèlerins être happés par la foule et c'est encore plus terrible de voir, à la morgue d'El Maïsssem, des centaines de cadavres entassés les uns sur les autres ainsi que des dizaines de camions frigorifiés, encore sous scellés, remplis de cadavres. Malgré ce drame, la solidarité tunisienne a été au rendez-vous. Nous avons, en effet, accueilli près d'une centaine de blessés dont trois en arrêt cardiaque. On a pu en sauver deux. On a eu aussi 8 blessés comateux et plus d'une centaine piétinés. Malgré l'étroitesse de l'endroit, le camp a aussi accueilli des pèlerins algériens, marocains et égyptiens. Nous avons visité les 22 hôpitaux, à Mina, à Arafat, à Jeddah, à la Mecque. Chambre après chambre, étage après étage, nous étions mobilisés pour collecter les informations, identifier les blessés, recenser les morts. Un grand merci à cette occasion aux médecins et personnels soignants tunisiens travaillant dans les hôpitaux saoudiens qui nous ont été d'un grand secours dans cette épreuve mais aussi à chaque fois que nous avons eu besoin d'eux.


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