Grande figure du flamenco espagnol, Ursula Lopez était samedi dernier sur la scène du Théâtre municipal de Tunis à l'occasion de la Journée mondiale du flamenco. Cela faisait bien longtemps que la Bonbonnière de Tunis n'avait pas vibré au son du flamenco et aux rythmes échevelés de ses danseurs! Cette absence a été conjurée samedi dernier avec le spectacle de Ursula Lopez et son groupe qui se sont produits pour une soirée unique sur la scène du Théâtre municipal de Tunis. L'ombre de Lorca, Manitas de Plata et du Café Chinitas Organisée en partenariat avec l'Institut Cervantes de Tunis et les services culturels de l'ambassade d'Espagne en Tunisie, cette soirée flamenco avait drainé le grand public et offert une nouvelle occasion de se retremper dans l'univers de cet art espagnol par excellence avec son cortège de danseurs, de guitares et de mélopées andalouses. Cette soirée intervenait dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale du flamenco qui a été instituée pour rendre hommage à ce style musical inscrit au patrimoine mondial de l'humanité. Fêté officiellement chaque 16 novembre, le flamenco reçoit à cette date un hommage universel et se déploie sur les scènes du monde entier. Le public tunisien, c'est connu, apprécie énormément cet art du chant et de la danse et a toujours réservé un triomphe aux musiciens et danseurs de flamenco qu'ils se produisent dans des espaces confidentiels, comme c'est le cas pour le Festival de la médina, ou qu'ils donnent leurs spectacles sur les plus grandes scènes du pays, à l'image du Café de Chinitas, invité du Festival international de Carthage à plusieurs reprises. Très féru de guitare flamenco, le public tunisien a également toujours réservé le meilleur des accueils aux virtuoses espagnols de ce style musical. D'ailleurs, l'immense Manitas de Plata a depuis les années soixante laissé un sillage de grâce après ses nombreux récitals en Tunisie. C'est pour cette longue tradition que le concert produit samedi dernier a été un moment chaleureux et un nouvel éloge des relations séculaires entre la Tunisie et l'Espagne. La puissance fondatrice et le frémissement contemporain Ursula Lopez est de ces artistes qui ne laissent pas indifférent. Non pas que son répertoire flamenco diffère des autres... En fait le secret est ailleurs quelque part entre la grande technicité de cette danseuse et la manière dont elle s'empare du flamenco comme d'une vocation profonde. Ursula Lopez est en effet l'une des meilleures ambassadrices de cet aspect de la culture espagnole. Sillonnant le monde, elle propose de découvrir un flamenco rénové et une approche de la danse qui s'inscrit dans une vaste réflexion esthétique. De fait, elle reprend le patrimoine flamenco à l'aune des nouvelles chorégraphies et lui insuffle une tension de modernité. A la fois classique et novatrice, cette danseuse a su dépoussiérer certains aspects folklorisants de la performance des artistes flamenco. En effet, elle parvient à structurer son spectacle et retrouver les racines de la tradition et l'élan de la création. Intitulé "Abriendo Caminos", ce qui signifie ouvrir des sentiers ou, mieux, défricher des chemins, le spectacle qui s'est étalé sur une succession de tableaux et de chants qui ont fait retentir dans la Bonbonnière le souvenir des pièces de Garcia Lorca jouées par la Troupe de la Ville de Tunis et les voix gitanes des chanteurs espagnols des années cinquante, lorsque Tunis regorgeait d'exilés madrilènes, andalous, basques et catalans. Au delà, le choix de Ursula Lopez par l'Institut Cervantes pour une prestation tunisienne est une manière d'honorer notre pays car il s'agit aussi bien d'une grosse pointure que d'une rénovatrice du flamenco. Partant, c'est cet art que nous avons découvert dans son actualité, sa puissance fondatrice et son frémissement contemporain. Ardents et pleins de ferveur ont été donc les chemins qu'a ouvert Ursula Lopez pour le public de la Bonbonnière qui a vécu un nouveau grand soir de retrouvailles avec l'essentiel flamenco.