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Walid Amri, le sud exsudant et la parole silex
Publié dans Le Temps le 23 - 08 - 2016

Auteur de cinq recueils parus entre 2002 et 2015, Walid Amri est une voix novatrice dans la poésie tunisienne de langue française. Il poursuit son parcours en creusant dans le sillon d'un verbe exigeant et d'une inspiration à la confluence des cultures...
Dans quelques jours devrait paraître aux éditions l'Harmattan à Paris le sixième recueil de poésie de Walid Amri, une voix tunisienne qui s'affirme de plus en plus comme la plus singulière de sa génération.
La dialectique des peuples et des hémisphères
Tenté par les grands poètes de la tradition soufi mais également installé au coeur de la parole contemporaine, Amri fait naître sous sa plume un métissage inédit, un verbe virginal et puissant et aussi une "tendre rage". Depuis son premier recueil sobrement intitulé "Poèmes en liberté" (2002) Amri a fait bien du chemin. De la tension méditerranéenne qui structurait ce premier ouvrage, les figures métaphoriques de l'olivier et du croissant annonçaient déjà cette poésie du sud "infatigable" et "labourant".
De fait, le dispositif poétique de Amri est une véritable boussole éberluée qui, de pôles en équateur, interroge les frontières, faisant jaillir des horizons inexplorés. Car la poésie de Amri est bel et bien installée dans un territoire, celui de la prise de conscience d'une dialectique permanente et irrésistible des peuples et des hémisphères.
Dans "Sudalterne" (2006) et "Sud exsudant" (2015), l'auteur précise ce projet, ces translations incessantes entre diverses virtualités. Outre-hémisphères, il tutoie le boréal, le matriciel, les blessures béantes et le réel corrosif.
Paru en 2012, après la révolution tunisienne, "Parole silex" poursuit la même quête mais en cherchant l'ignition ardente du verbe, la parole sismique et le sillage d'une étincelle devenue magma, lave dénouant les baillons de la peur. Dans cet ouvrage, Amri se revendique comme auteur d'un bréviaire révolutionnaire. Non pas un simple manuel de circonstance mais une grammaire de la rage et des méandres du verbe qui comme le feu initial jaillit du silex.
Divisé en deux époques, cet ouvrage conjugue des poèmes écrits avant puis après le temps révolutionnaire et parvient à jouer du hiatus entre les deux paroles, de l'aspiration devenue torrent, de la simple vue de l'esprit qui se réalise entre vœux romantique et tumulte flamboyant. "Sol" paru en 2010 annonçait à sa manière ce feu-silex- parole. En effet, ce recueil se veut le récit d'une cosmogonie mais aussi une "brûlure-itinéraire", un chemin de croix qui porte en lui la promesse subreptice d'une anabase. Pour Amri, la "solitude est l'état insécable et incréé du sol". Cette belle correspondance entre des termes qui sont en fait des jumeaux étymologiques débouche sur une poésie des éléments.
Noces impromptues avec l'éphémère
Soleil, ciel, mer et sol se télescopent puis renaissent par la vertu d'une singulière tectonique des mots et du coeur. Telle est la poésie de Amri: indécise, intégrale, innombrable, inlassable. Comme s'il puisait son verbe dans un sol tour à tour aride et fécond, le poète devient le démiurge d'une déclamation première, d'une parole-oxymore qui refait le sens au nom de l'éphémère.
En cinq recueils, Walid Amri allie une certaine forme de persévérance à un projet poétique qui trouve sa source dans la quête d'un Lorand Gaspar - celui de "Sol absolu" - ou celle des anachorètes observant les lentes mues du désert. Bien sûr, l'héritage des mystiques n'est jamais loin dans cette oeuvre qui nous renvoie dans sa globalité à des réminiscences du "De natura rerum" lucrétien.
C'est que poètes et philosophes nous ont toujours appris le fugace en toute chose. Aérien, silencieux et libre, le verbe de Amri nous confirme que si l'on ne se baigne jamais dans le même fleuve, on n'est tout autant jamais inondé par la même lumière ou englouti dans la même obscurité.
Telle est la leçon première des cinq recueils de Amri qui nous apprennent à communier dans des noces toujours impromptues avec l'éphémère.


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