Les tensions entre la Chine et les Etats-Unis connaissent une nouvelle escalade alors que Washington accuse Pékin de se préparer à utiliser la force militaire dans la région Asie-Pacifique. Lors du Shangri-La Dialogue à Singapour, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a alerté sur une menace « réelle et potentiellement imminente » émanant de la Chine. Selon Hegseth, Pékin répéterait quotidiennement des manœuvres en vue d'une invasion de Taïwan, renforçant les inquiétudes sur une possible tentative de renverser l'équilibre stratégique dans la région. « La Chine souhaite dominer et contrôler l'Asie-Pacifique. Elle s'entraîne tous les jours pour cela », a-t-il martelé devant les responsables de sécurité venus de toute l'Asie et du monde. Une stratégie de domination militaire dénoncée Les autorités américaines dénoncent également une multiplication d'incidents maritimes en mer de Chine méridionale. Pékin y serait engagé dans une « militarisation illégale » d'îlots contestés, notamment au détriment des Philippines. Cette posture expansionniste alimente un climat d'instabilité dans une région déjà stratégique sur les plans économique et militaire. Washington qualifie désormais la région Asie-Pacifique de « théâtre prioritaire » de sa stratégie de défense. À ce titre, les Etats-Unis intensifient leur coopération avec le Japon, les Philippines et l'Inde, et appellent leurs alliés à accroître rapidement leurs capacités militaires. « La dissuasion n'est pas bon marché », a rappelé Pete Hegseth, soulignant que l'Europe, sous pression du président Trump, constitue désormais un modèle à suivre. Un contexte de rivalité commerciale et technologique Cette démonstration de fermeté intervient dans un contexte déjà tendu depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le président américain a relancé une politique de confrontation directe avec la Chine, marquée par des droits de douane records, des restrictions technologiques, et des accusations récurrentes de non-respect des accords bilatéraux. Ce vendredi, Trump a ainsi accusé Pékin de violer un accord de désescalade signé à Genève deux semaines plus tôt. « Sans grande surprise, la Chine a totalement violé son accord avec nous », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social, sans entrer dans les détails. « Cela m'apprendra à vouloir être gentil », a-t-il ironisé. L'Europe en position d'équilibriste Invité à prononcer le discours d'ouverture du forum, Emmanuel Macron a exprimé une position plus nuancée. Le président français a appelé à « bâtir de nouvelles alliances » en Asie afin d'éviter que les pays européens et asiatiques ne deviennent les « victimes collatérales des décisions prises par les superpuissances ». Il a également exhorté la Chine à prendre ses responsabilités en matière de sécurité globale, notamment en mettant fin à l'implication présumée de la Corée du Nord dans le conflit ukrainien aux côtés de la Russie. Une implication qui justifierait, selon certains, une réponse de l'OTAN en Asie, une perspective que Pékin souhaite pourtant éviter. Une absence chinoise remarquée Fait notable de cette 22e édition du Shangri-La Dialogue : pour la première fois depuis 2019, aucun haut responsable chinois n'a été envoyé. Cette absence est interprétée par plusieurs observateurs comme un signal politique dans un climat international de plus en plus fragmenté. Alors que le forum se poursuit jusqu'à dimanche, la montée en puissance militaire chinoise et le retour des Etats-Unis à une diplomatie d'influence agressive dans l'Indo-Pacifique ne laissent guère de place au dialogue, augurant une période de crispation durable entre les deux puissances. Ainsi, les prochaines semaines seront déterminantes pour jauger si la dissuasion voulue par Washington pourra contenir les ambitions de Pékin, ou si la région s'achemine vers une confrontation inévitable. Dans tous les cas, les équilibres géopolitiques en Asie-Pacifique semblent plus fragiles que jamais. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!