Le bras de fer numérique entre Alger et Rabat franchit un nouveau cap. Le groupe de hackers « Jabaroot DZ », se réclamant de la mouvance algérienne, a revendiqué une vaste cyberattaque contre le système foncier marocain. À en croire les pirates, plus de 4 téraoctets de données auraient été exfiltrés, principalement issues de l'Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC). Ces fichiers, qui seraient en partie accessibles sur le dark web, comporteraient des informations hautement sensibles sur des figures de premier plan de l'Etat marocain, dont Yassine Mansouri, chef des renseignements extérieurs, et le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. La nature des documents évoqués inclut des copies de passeports, cartes d'identité, actes de propriété, documents d'état civil et transactions foncières évaluées à plusieurs millions de dollars. Selon les revendications du groupe, ces documents mettraient en lumière des mécanismes complexes de détournement de biens publics et d'appropriation foncière par le biais de sociétés-écrans. Un montage qui viserait, selon leurs termes, à « coloniser économiquement » certaines régions du royaume. Dans un message diffusé après l'attaque, Jabaroot DZ affirme : « Nous détenons désormais toute la base de données des biens immobiliers au Maroc, du roi au dernier employé du royaume. » Le groupe présente cette opération comme une réplique directe à ce qu'il qualifie de « guerre médiatique » menée par les services de renseignement marocains. Cependant, les investigations en cours, relayées par les médias marocains Le Desk et Yabiladi, nuancent fortement cette version. Selon des experts en cybersécurité cités par ces sources, la brèche ne concernerait pas directement l'ANCFCC, mais plutôt le système Tawtik, une plateforme gérée par le Conseil national de l'ordre des notaires. Cette interface regroupe divers documents notariés, notamment des procurations, constitutions de sociétés et actes de vente, sans pour autant inclure les titres fonciers officiels délivrés par l'ANCFCC. Un spécialiste contacté affirme que « la fuite ne concerne que des documents disponibles sur Tawtik à un instant donné, et non l'ensemble des actes notariés du pays ». Il souligne également l'absence de preuves concrètes confirmant le volume annoncé de 4 téraoctets de données compromises. Les fichiers rendus publics à ce jour concernent principalement des transactions immobilières datées de 2022 et 2023, mais leur authenticité et leur origine exacte restent à confirmer. Cette cyberattaque intervient dans un contexte tendu entre les deux voisins maghrébins, où les confrontations diplomatiques et les campagnes d'influence s'intensifient depuis plusieurs mois. Bien que le gouvernement marocain n'ait pas encore réagi officiellement à ces fuites, l'incident pourrait raviver le débat sur la cybersécurité des institutions publiques, la vulnérabilité des plateformes notariales et les risques croissants d'exploitation politique de données confidentielles. Si les affirmations de Jabaroot DZ restent à vérifier dans leur intégralité, cet épisode souligne la fragilité des systèmes d'information et le potentiel explosif des cyberattaques dans les conflits géopolitiques modernes. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!