Quand on vous disait le mois dernier que le Mali est en plein naufrage. Le général autoproclamé qui est devenu le président de la République autoproclamé (il ne faut pas se fier à la validation du Conseil national de Transition) n'a même plus besoin de prendre des gants, de faire semblant, d'avancer masqué, il assume tout. Les prétendus méfaits de la France, accusée de téléguider le président déchu, avaient servi de prétexte au coup d'Etat militaire d'août 2020, les putschistes ne se donnent même plus la peine de convoquer des argumentaires fallacieux, les fossoyeurs de la démocratie le font à leur place. 5 ans de Transition, plus 5…, le réveil est douloureux Les doux rêves ont fait long feu, place au désenchantement. Le réveil est très douloureux. Le projet de loi est passé comme une lettre à la Poste en Conseil des ministres hier mercredi 11 juin. Sa motivation est simplissime et cousu de fil blanc : un mandat présidentiel sans limite dans le temps pour le général Assimi Goïta. Le militaire est déjà président de la Transition, théoriquement pour une période de 5 ans, ses soutiens lui ont préparé le terrain pour 5 années supplémentaires, au moins. Pire : ce mandat reconductible sans élections sera prolongé indéfiniment jusqu'à la «pacification totale» du Mali et des autres pays de l'Alliance des Etats du Sahel (AES), le Niger et le Burkina Faso. Autant dire que le départ du général pour céder son fauteuil aux civils est renvoyé aux calendes grecques, vu le péril sécuritaire endémique dans le pays et la faiblesse chronique de l'armée malienne. Et ce n'est pas le départ de la milice russe Wagner et son remplacement par l'Africa Corps, après un fiasco total, qui y changera quoi que ce soit. Théoriquement le boulevard ouvert aux putschistes doit être validé par le Conseil national de Transition, mais tout le monde sait qu'il est sous la botte de la junte et qu'il n'est jamais allé dans le sens des aspirations de la jeunesse. Le retour à l'ordre constitutionnel n'est pas pour demain. En attendant pour le général Assimi Goïta ce sera «un mandat de cinq ans renouvelable à partir de 2025, à l'instar de ses pairs de la confédération des Etats du Sahel». Il faut voir les arguments très spécieux : «malgré l'adoption d'une nouvelle Constitution», après un vote populaire en juin 2023 et en dépit du «contrôle de l'ensemble du territoire par les Forces armées» et «les résultats obtenus dans la lutte contre le terrorisme», le Mali «et les autres pays de l'AES sont toujours confrontés à la menace de la déstabilisation internationale et l'atteinte aux intérêts vitaux des populations»… Ils disent que l'armée a signé des victoires contre les djihadistes mais pas suffisamment pour que le général organise des élections, passe la main et retourne dans ses casernes. Très tortueux comme raisonnement. La France n'est pas mentionnée dans ces justifications auxquelles personne ne croit, mais tout le monde aura compris que quand les autorités maliennes dégainent la «déstabilisation internationale» c'est Paris qui est systématiquement visé. On n'entend plus les anti-français, ils ont disparu La France était accusée de tous les maux du pays, notamment le fait d'armer les groupes terroristes. Une posture qu'évidemment aucun élément matériel n'étaye, pas l'once d'une preuve. Mais cela suffisait au bonheur des anti-français, qui d'ailleurs sont devenus beaucoup plus calmes qu'il y a quelques années. Ils commencent à comprendre que les « méchants » ne sont pas nécessairement ceux qu'on pointe du doigt. Les potentats de l'armée ont déjà grillé 5 années de transition depuis le putsch de 2020 sans qu'aucun des problèmes du pays ne soit réglé, bien au contraire ils ont empiré. Du temps ils en redemandent pour faire ce qu'ils font le mieux : se cramponner au pouvoir. Comme le font leurs collègues au Niger et au Burkina Faso. Dans la région personne ne parle d'élection. Fin avril dernier on nous sortait des «recommandations phares» issues du dialogue des «forces vives de la nation»… Ce que l'Afrique, ce que le monde y ont vu ce sont des discussions menées dans d'obscures conditions par des militaires dont l'obsession est leur maintien au pouvoir. L'opposition n'a cessé de dénoncer une forfaiture démocratique mais en face il y a des fusils, des canons et ceux qui les tiennent n'hésitent pas à s'en servir. On ne compte plus le nombre d'exactions où l'armée du général Goïta est citée par des rapports internationaux. La junte a fait place nette en liquidant tous les partis politiques, le pouvoir a bétonné ses 5 ans de Transition et maintenant davantage. Les militaires ne s'arrêteront jamais. Il n'y a qu'en Afrique où il existe encore des gens suffisamment naïfs pour croire que des soldats lâchent le pouvoir après y avoir goutté. Depuis septembre 2020 les putschistes multiplient les pirouettes pour garder la main, le texte encadrant la Transition avait déjà été retouché en février 2022 pour abréger la période de flottement… On était parti sur 18 mois pour organiser un scrutin et rétablir l'ordre constitutionnel, on y est encore. La seule chose qui a changé ce sont les grades des généraux auto-promus. La junte n'a tenu aucune de ses promesses. Cela n'a pas l'air de gêner outre mesure les thuriféraires du régime, qui magnifient sur les réseaux sociaux l'édification d'un «Etat digne, souverain et durable» et le «sauvetage» du Mali face à l'«impérialisme». Les opposants quant à eux fustigent «un braquage politique maquillé en texte de loi». Le journaliste malien en exil Malick Konaté se désole de «l'enterrement en grande pompe du Mali républicain (…). Le régime militaire n'est plus déguisé, il est paré du boubou neuf de la dictature», rapporte RFI. De toute évidence le pays ne va pas bien, pas du tout. Les nations du voisinage ne vont guère mieux. Mais comme nous avons l'habitude de le dire, personne ne viendra faire leur bonheur à leur place, c'est leur combat, ce n'est plus celui du président Emmanuel Macron.
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