Dans un rapport d'analyse approfondi, l'agence Bloomberg alerte sur les conséquences financières explosives des politiques économiques adoptées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Depuis janvier 2025, le dollar américain a perdu plus de 10 % de sa valeur face à des devises majeures telles que l'euro, la livre sterling et le franc suisse. Il s'agit de la plus forte dépréciation depuis 2010. Mais contrairement à la période post-crise financière, cette chute n'est pas liée à des mesures de relance monétaire, mais bien à une série de décisions politiques jugées risquées, comme des baisses d'impôts non financées, des droits de douane renforcés, des pressions sur la Fed, et des tactiques juridiques agressives à l'encontre d'Etats étrangers et d'institutions. Un dollar faible... et une Maison-Blanche silencieuse Fait marquant : l'administration Trump n'a montré aucun signe de préoccupation face à la dépréciation du billet vert. Bien au contraire, certains observateurs estiment que cette politique est volontaire, afin de stimuler les exportations américaines en rendant les produits nationaux plus compétitifs à l'international. Le cas le plus frappant : en mai dernier, le dollar a perdu 4 % face au dollar taïwanais en une heure, provoquant une onde de choc sur les marchés asiatiques. De nombreuses voix y ont vu un usage stratégique du taux de change dans les négociations commerciales. Financement du déficit : le talon d'Achille américain La dépendance croissante des Etats-Unis au financement étranger est au cœur des inquiétudes exprimées par Bloomberg. Avec un déficit budgétaire dépassant 4 000 milliards de dollars par an, la moindre perte de confiance dans le dollar pourrait entraîner : * Une fuite des capitaux étrangers, * Une hausse du coût de la dette, * Une baisse de la notation souveraine. « Trump joue avec le feu. Sa stratégie peut devenir incontrôlable à tout moment », prévient Steven Miller, conseiller en gestion d'actifs chez GEFM Canada. Les investisseurs se tournent vers l'or Face à l'affaiblissement du dollar, les investisseurs cherchent des alternatives. L'or a bondi sur les marchés internationaux. Jeffrey Gundlach, PDG de DoubleLine Capital, estime que les hausses de taux aggravent paradoxalement le déficit. De son côté, Paul Tudor Jones, célèbre gestionnaire de hedge funds, prévoit une baisse supplémentaire de 10 % du dollar en 2026. Les positions spéculatives baissières sur le dollar ont atteint 15,9 milliards de dollars selon la Commodity Futures Trading Commission — un sommet depuis plusieurs années. Malgré la défiance croissante, aucune devise ne semble prête à remplacer le dollar dans son rôle de monnaie de réserve mondiale. L'euro est confronté à des fractures internes, le yen à une croissance stagnante, et le yuan chinois à un contrôle strict par Pékin. « Le vrai problème, c'est qu'il n'existe pas de remplaçant viable. Quelle alternative crédible à l'échelle mondiale ? », interroge Daniel Murray, directeur adjoint chez EFG International (Zurich). Une taxe qui inquiète les investisseurs étrangers Le projet de loi fiscale de Trump contient un article controversé (baptisé "article 899"), surnommé "taxe de représailles", qui vise à augmenter les impôts sur les investisseurs étrangers provenant de pays jugés "hostiles ou discriminatoires". Pour Bloomberg, il s'agit d'un signal alarmant : la Maison-Blanche n'anticipe pas les effets de la perte de confiance mondiale, et parie que les capitaux continueront d'affluer par inertie. Une dette et un déficit hors de contrôle Selon l'US Budget Watch, les réformes fiscales de Trump pourraient alourdir la dette fédérale de 3 000 milliards de dollars supplémentaires au cours de la prochaine décennie. À ce jour : * Le déficit fédéral dépasse 6 % du PIB, * La dette publique atteint 29 000 milliards de dollars, soit près de 100 % du PIB, * Les Etats-Unis ont perdu leur dernière note AAA en mai 2025 selon Moody's. Traditionnellement, la hausse des taux d'intérêt entraîne une appréciation du dollar. Or aujourd'hui, les marchés vendent simultanément les obligations et la devise américaine, rompant un mécanisme fondamental des marchés financiers. Leah Traub, gestionnaire de portefeuille chez Lord Abbett, parle d'un effet d'emballement auto-alimenté : « Plus on vend du dollar, plus il baisse. Et plus il baisse, plus on le vend. Si cette spirale commence, elle sera difficile à arrêter. » La crédibilité du dollar en question Si les Etats-Unis disposent toujours d'une économie dynamique et de la première armée au monde, la position dominante du dollar repose aussi sur la confiance. Or, les politiques actuelles semblent sapées par un court-termisme préoccupant. Ce « nouveau normal » pourrait entraîner à terme : * Une diversification accélérée des réserves mondiales vers d'autres actifs ou métaux précieux, * Une hausse du coût de la dette américaine, * Et une révision stratégique des flux d'investissement étrangers vers les Etats-Unis. À long terme, la remise en cause du dollar comme pilier du système monétaire mondial pourrait modifier l'équilibre des pouvoirs économiques, au bénéfice de la Chine, de la zone euro, ou de blocs régionaux alternatifs. Ainsi, la dépréciation rapide du dollar n'est plus perçue comme un simple ajustement de marché, mais comme le symptôme d'un affaiblissement structurel du leadership financier américain. Si l'administration Trump ne revoit pas sa trajectoire budgétaire et fiscale, le monde pourrait entrer dans une ère post-dollar plus tôt que prévu. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!