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Explication : pourquoi la devise américaine perd du terrain partout dans le monde ?
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026

La dégringolade du dollar américain se confirme sur les marchés internationaux. Depuis le début de l'année 2025, la devise a perdu 9,1 % de sa valeur face à l'euro, atteignant un taux de change autour de 1,14 dollar pour un euro.
À plus large échelle, l'indice DXY — qui mesure la performance du billet vert face à un panier de grandes monnaies — affiche une baisse de 8,5 %. Les analystes, de plus en plus nombreux, s'attendent à ce que cette tendance baissière se poursuive, voire s'accentue.
Une perte de confiance nourrie par l'incertitude politique
Cette baisse du dollar est directement liée à une combinaison de facteurs, notamment les incertitudes politiques et économiques qui entourent l'administration actuelle aux Etats-Unis. La révision à la baisse des prévisions de croissance du pays, ramenées à 1,6 % pour 2025 par l'OCDE (contre 2,2 % précédemment), témoigne de la fragilité du climat économique américain.
L'institution internationale pointe du doigt l'impact négatif des droits de douane imposés par Washington depuis le début de l'année. Ces mesures protectionnistes ont provoqué une hausse des prix à l'importation, réduit le pouvoir d'achat des consommateurs américains, et perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales, freinant ainsi les investissements.
Les investisseurs se détournent des actifs américains
Les réactions sur les marchés ne se sont pas fait attendre. Face à une politique commerciale jugée imprévisible, les investisseurs étrangers ont réorienté leurs portefeuilles, vendant des titres libellés en dollars pour se tourner vers d'autres devises jugées plus stables. Cette « rotation de portefeuille » a accru la pression sur la devise américaine, aggravant encore sa chute.
Bank of America évoque un « changement collectif de pensée » des investisseurs, qui commencent à remettre en question les fondements historiques de leur exposition au dollar. Le spectre d'un isolement croissant des Etats-Unis sur la scène économique mondiale n'a fait qu'accroître ce sentiment de défiance.
Hausse des taux, mais pas de soutien au billet vert
Paradoxalement, alors que les rendements des obligations américaines à 10 ans ont grimpé à 4,5 %, contre 4 % début avril, le dollar a continué de se déprécier. Normalement, une telle hausse attire les capitaux étrangers, mais dans ce cas précis, elle a plutôt incité à la vente des actifs américains, accentuant la spirale baissière.
Plusieurs grandes institutions financières tirent la sonnette d'alarme. Deutsche Bank parle d'une « crise de confiance » sur la monnaie américaine. UBS souligne que les attaques verbales répétées à l'encontre du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, n'ont fait qu'ajouter à l'incertitude, même si son maintien à la tête de l'institution jusqu'en mai 2026 est peu remis en cause.
Le projet de budget américain, nouveau facteur de tension
Le projet de loi budgétaire actuellement en discussion à Washington, surnommé par ses promoteurs le « big, beautiful bill », inquiète fortement les milieux financiers. Goldman Sachs prévoit qu'il engendrera une série de déficits prolongés, aggravant le déficit courant américain — un facteur historiquement défavorable au dollar.
Morgan Stanley anticipe que cette situation pèsera encore plus sur la devise, notamment face à l'euro, au yen et au franc suisse. La banque prévoit un taux euro/dollar de 1,25 d'ici 2026. Nomura, Deutsche Bank et UBS partagent cette prévision, s'attendant à un euro à 1,20 voire 1,25 dollar entre fin 2025 et fin 2026.
Une tendance durable ?
Si la Réserve fédérale semble peu encline à baisser ses taux en l'absence de baisse de l'inflation, les observateurs estiment que le recul du dollar n'en est qu'à ses débuts. Bank of America prévoit une parité euro/dollar à 1,17 d'ici fin 2025. Même UBS, pourtant plus prudente, s'attend à un euro à 1,20 à mi-2026.
Les perspectives pour la zone euro, portées par une politique budgétaire plus expansionniste — notamment en Allemagne —, pourraient par ailleurs offrir un contraste favorable à la monnaie unique. À l'inverse, les Etats-Unis font face à un ralentissement économique, une montée des incertitudes politiques, et une exposition croissante aux risques liés à leur propre dette.
Ainsi, la dépréciation du dollar n'est plus seulement un phénomène temporaire lié à un cycle économique. Elle s'inscrit désormais dans une dynamique plus profonde, alimentée par des choix politiques et une perte de crédibilité internationale.
Sauf changement radical de cap, les analystes s'accordent à dire que toute remontée du dollar dans les mois à venir pourrait n'être qu'un sursaut passager.
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