Dans le cadre de la préparation de la prochaine campagne de culture de la betterave sucrière, le siège de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP) a accueilli ce vendredi 20 juin 2025 une réunion de travail stratégique entre des représentants de l'organisation et une délégation de la société GINOR, spécialisée dans la production de sucre local. La rencontre s'est tenue sous la présidence de Moez Ben Zeghidane, président de l'UTAP, et en présence de plusieurs personnalités influentes du secteur agricole, notamment Mohamed Rejaibia, membre du bureau exécutif national, Fethi Ben Khlifa, conseiller économique du président de l'UTAP, et Lotfi Jemmazi, président de l'Union régionale de Jendouba. Un secteur à fort potentiel mais sous-exploité La filière de la betterave sucrière en Tunisie représente un levier important de substitution aux importations de sucre raffiné. Toutefois, sa valorisation reste tributaire de plusieurs défis : accès limité aux intrants, manque de structuration contractuelle et incitations faibles à la transformation locale. Lors de cette réunion, les deux parties ont réaffirmé l'importance économique et stratégique de ce secteur, tout en soulignant la nécessité d'adopter une approche équitable et durable, fondée sur les principes du commerce équitable et du respect de la concurrence loyale entre agriculteurs. Importance économique et stratégique de la filière de la betterave sucrière Avantages agronomiques : * Améliore la structure du sol grâce à son enracinement profond. * Aère naturellement les terres et facilite l'infiltration de l'eau. * Réduit les mauvaises herbes, limitant le recours aux herbicides. * Interrompt les cycles de maladies dans les rotations culturales. * Apporte de la matière organique au sol via les résidus. * Valorise des terres fertiles dans des zones peu exploitées, notamment dans le Nord-Ouest. Enjeux économiques clés * Réduction des importations de sucre, donc allègement de la balance commerciale. * Création d'emplois agricoles et industriels locaux. * Stabilisation des prix du sucre sur le marché intérieur. * Sécurisation des revenus agricoles grâce à la contractualisation. * Renforcement de la souveraineté alimentaire tunisienne. * Dynamisation des régions rurales à fort potentiel agricole. Vers une contractualisation structurée L'un des points clés de cette rencontre a été l'engagement mutuel en faveur d'un cadre contractuel clair entre les agriculteurs affiliés à l'UTAP et la société GINOR. Un accord de principe a été conclu pour l'élaboration d'un programme de travail commun qui permettra d'assurer la transparence des prix, la régularité des approvisionnements et la garantie d'achat de la production locale. Cette approche vise à stabiliser les revenus des agriculteurs, tout en renforçant la sécurité d'approvisionnement en sucre pour le marché tunisien, dans un contexte de volatilité mondiale des prix. Présence régionale et mobilisation des structures locales Le rôle de la région de Jendouba dans la relance de cette filière a été mis en avant à travers la participation de Lotfi Jemmazi. La région dispose d'un potentiel agroclimatique favorable à la culture de la betterave sucrière, ce qui en fait un pôle stratégique de production à consolider. Par ailleurs, la présence d'experts et de cadres de l'UTAP témoigne de la volonté de l'organisation de mobiliser l'ensemble de ses structures techniques et territoriales pour assurer la réussite de cette campagne agricole. Analyse : la betterave sucrière, un levier agro-industriel pour la souveraineté alimentaire L'accord amorcé entre l'UTAP et GINOR s'inscrit dans une logique de relance intelligente de la souveraineté alimentaire tunisienne, en ciblant un produit de consommation de base fortement dépendant des importations : le sucre. Sur le plan économique, cette collaboration pourrait contribuer à réduire la facture d'importation du sucre, qui pèse lourdement sur la balance commerciale tunisienne. Elle favoriserait également la création de valeur ajoutée locale, via des emplois agricoles et industriels, et renforcerait le tissu économique régional, notamment dans le Nord-Ouest. Sur le plan social, la contractualisation proposée peut apporter une sécurité de revenu pour les agriculteurs, notamment dans les zones marginalisées. En instaurant des règles claires sur les volumes, les prix et les délais de paiement, elle réduirait les risques liés à la volatilité du marché et encouragerait les jeunes à investir dans cette filière. Sur le plan agronomique, la betterave sucrière présente plusieurs avantages pour la fertilité des sols : * Son enracinement profond améliore la structure du sol, favorise l'aération et l'infiltration de l'eau. * Elle agit comme culture nettoyante, réduisant la prolifération des mauvaises herbes et la pression phytosanitaire. * Ses résidus végétaux enrichissent les sols en matière organique, améliorant leur fertilité naturelle. * Intégrée dans une rotation, elle permet de rompre les cycles de maladies, contribuant à une agriculture durable. Sur le plan stratégique, la relance de la betterave sucrière pourrait faire partie d'un plan national de réindustrialisation agroalimentaire, en lien avec les priorités du gouvernement en matière de souveraineté et de résilience face aux crises mondiales. Toutefois, le succès de cette initiative dépendra de plusieurs conditions : un accompagnement technique renforcé, une réglementation adaptée, une logistique d'écoulement efficace, et surtout un engagement de long terme des deux parties. Dans un contexte marqué par l'instabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et la montée en puissance des enjeux de sécurité alimentaire, le sucre tunisien issu de la betterave pourrait devenir un symbole de résilience économique et écologique — à condition d'être soutenu par une vision stratégique claire et partagée. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!