Le président américain, Donald Trump, qui est responsable du chaos ambiant, lui qui a enterré en 2018 les Accords de Vienne sur le nucléaire iranien, a annoncé hier lundi 23 juin un cessez-le-feu total entre les deux ennemis historiques, l'Iran et Israël. Bon, le républicain l'a fait en avançant une pause de 12 heures pour chaque belligérant, sans aucun tir. Et seulement après ça on considérera que la trêve est actée. Une affaire alambiquée que d'ailleurs aucun des camps n'a confirmé officiellement, ils n'auraient parlé qu'à Trump. La preuve que cette annonce est bancale : Les attaques ont continué ce mardi, avec leurs lots d'accusations et menaces, comme si le président américain n'avait pas parlé. Les combats cesseront faute de combattants, mais… Mais tout le monde sait qu'il faut se méfier des discours enflammés du locataire de la Maison-Blanche. On se souvient de son annonce sur les négociations entre les USA et la Chine, aussitôt démentie par Pékin, avec des représailles. On se souvient de sa promesse ferme – on ne cessera de la rappeler – de faire taire les armes en Ukraine en « 24 heures » à peine. Il ne parle même plus de ce conflit. Oublié. Quant à l'Iran, il a redit ce mardi ce qu'il dit depuis le début : il cessera de frapper si l'Etat hébreu cesse. Ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un cessez-le-feu. Quoi qu'il en soit l'affrontement cessera, c'est une donnée presque mathématique. Les deux pays n'ont tout simplement pas les moyens de s'éterniser sur le champ de bataille. Les Israéliens n'en peuvent plus de ces allers-retours et séjours interminables dans les bunkers ; le pays perd ses forces vives et talents, et certains ne reviendront peut-être jamais ; l'économie est exsangue et le coût astronomique de la guerre grève encore plus des finances publiques moribondes, etc. Le tableau est encore plus sombre en Iran, qui en plus paye le prix de décennies de sanctions internationales que Trump a eu la mauvaise idée de corser, sans aucune raison objective. Téhéran n'a plus les moyens de défendre son ciel contre les redoutables F-35 israéliens et leurs bombes. Depuis octobre 2024 le pays a perdu l'essentiel de sa défense anti-aérienne et le reste a été atomisé par les assauts répétés depuis le 13 juin 2025. Les Mollahs sont certes très vaillants, sans doute les plus braves dans cette partie du monde où tous les pays se couchent devant Israël, mais les Iraniens ne sont pas suicidaires pour autant. Donc les combats contre l'Etat hébreu cesseront, tôt ou tard. Mais cela ne veut pas dire que la hache de guerre est enterrée, loin de là, pas après les coups que l'Iran a reçus. Idem avec les Américains. Téhéran avait promis de frapper les bases militaires américaines si les USA attaquent, les Iraniens ne pourront pas aller au-delà de la riposte symbolique, avec 14 missiles – le même nombre que les méga bombes américaines – envoyés sur une base militaire évacuée, après avoir averti le Qatar et Washington. Le deuxième petit « cadeau » fait par l'Iran…, le dernier ? Trump a remercié Téhéran pour cette tape presque amicale. C'est la deuxième fois, après l'assassinat par le même président de celui dont le nom était cité pour remplacer l'Ayatollah Ali Khamenei, le général Qassem Soleimani. Quand il a été tué en Irak en 2020 les Iraniens ont répondu symboliquement en tirant en direction de la base américaine, là aussi après avoir averti. Téhéran ne peut pas faire face à la puissance de feu américaine mais Washington sait qu'il a des passifs, des rendez-vous, des épées de Damoclès sur sa tête. Et ça pourrait rebondir par là où cette guerre entre Israël et l'Iran a commencé : le programme nucléaire. « Un risque accru » d'enrichissement clandestin d'uranium après les attaques américaines et israéliennes sur les sites nucléaires iraniens. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le président français, Emmanuel Macron. Certains diront qu'il fait beaucoup de bruit et agit peu – Trump le pense et le dit. Mais il faut écouter la France quand elle parle, une vieille diplomatie chevronnée qui a oeuvré pour éviter au monde le cataclysme de l'invasion irakienne. « C'est un des risques principaux pour la région, la communauté internationale, c'est pourquoi il nous faut garder le contact (avec les Iraniens, ndlr) (…) et il nous faut absolument éviter que l'Iran aille sur ce chemin« , a dit Macron ce mardi 24 juin depuis la Norvège. « Ce serait un chemin irresponsable à la fois pour la sécurité régionale, pour la prolifération nucléaire internationale, mais également pour les dirigeants » iraniens, a ajouté le chef de l'Etat français… Et il n'a pas tort. Tout de suite après les attaques de Natanz, Fordo et Ispahan les autorités iraniennes ont clamé que l'uranium enrichi et les stocks non traités ont été mis en lieu sûr avant le bombardement américain. Quand le président américain et son secrétaire à la Défense ont clamé que les installations iraniennes ont été pulvérisées Paris a répliqué que des bombes, aussi dévastatrices soient-elles, ne pourront jamais pulvériser les projets de Téhéran. Ce dernier l'a martelé ce mardi. Trump et Netanyahu disparaîtront dans peu de temps, pas les Mollahs Le gouvernement iranien a affirmé qu'il a « pris les mesures nécessaires » pour garantir la pérennité du programme nucléaire. Le monde entier – l'Occident surtout – se demande ce qu'est devenu l'uranium enrichi à 60%, niveau proche du seuil de 90% nécessaire à la fabrication d'une bombe atomique… La possibilité d'un enrichissement de l'uranium à l'insu de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) « est un risque qui existe et que nous redoutons depuis que le JCPOA a été fragilisé« , a averti Macron, en allusion à l'Accord sur le nucléaire iranien déchiré par Trump en 2018. « Ce risque s'est accru avec ce qui s'est passé récemment« , a-t-il ajouté. Quand l'armée américaine a démoli les installations iraniennes Téhéran a réagi en déclarant que cet acte aura des « conséquences éternelles« . Il ne faut pas sous-estimer le niveau de cet affront et le péché d'orgueil qui va avec. L'Iran s'est retrouvé seul face aux Américains, aucun de ses alliés n'a levé le petit doigt, à part des indignations de circonstance. Ni la Chine ni la Russie n'ont bougé, alors le ministre iranien des Affaires étrangères est allé hier lundi chez Vladimir Poutine pour l'exhorter à faire quelque chose. Moscou n'a rien promis officiellement mais attention aux actions souterraines… Les Iraniens se rappelleront qu'il n'y a pas beaucoup de monde à leurs côtés, encore moins leurs voisins et ennemis sunnites dont le rêve absolu est un espace vital débarrassé des Chiites. Cela nourrit l'instinct de survie lequel à son tour peut alimenter le mauvais réflexe de l'arme nucléaire pour s'assurer qu'Israël et les USA ne referont pas ce qu'ils ont fait. Les Iraniens ont le temps long, contrairement à Trump qui tirera sa révérence dans 3 ans et Benjamin Netanyahu qui pourrait vite passer de la case Premier ministre à la case prison. Que se passera-t-il dans 3,4,5,10 ans quand la conjoncture internationale changera ? L'Iran, une civilisation plusieurs fois millénaire, a une partie de la réponse mais n'en montrera rien…
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