Sous l'effet d'une pression citoyenne grandissante, la multinationale danoise Mærsk, leader mondial du transport maritime, a annoncé en juin 2025 la rupture de ses liens avec des entreprises opérant dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Cette décision fait suite à une campagne ciblée menée durant plusieurs mois par des organisations de solidarité avec la Palestine, en particulier la Palestinian Youth Movement (PYM). Dans un communiqué publié sur son site officiel, Mærsk indique avoir récemment réévalué ses opérations de transport liées à la Cisjordanie, aboutissant au renforcement de ses mécanismes de contrôle en ce qui concerne les activités dans les colonies israéliennes illégales. L'entreprise précise que ses nouvelles procédures sont désormais alignées avec la base de données de l'ONU, qui recense les sociétés impliquées dans des activités de soutien aux colonies, considérées par le droit international comme illégales. Une réaction saluée, mais jugée partielle L'annonce a été saluée par les défenseurs des droits humains. Pour une militante au sein du PYM, « cette décision envoie un signal clair à l'industrie du transport maritime : respecter le droit international et les droits fondamentaux n'est plus une option, c'est une obligation ». Elle a toutefois averti que l'engagement de Mærsk ne suffit pas : la compagnie continue de participer à la chaîne logistique de l'armement israélien, en particulier à travers des composants liés aux avions de chasse F-35. Selon la militante, ces avions sont régulièrement utilisés pour bombarder la bande de Gaza, ce qui rend la présence logistique de Mærsk dans cette chaîne problématique. Elle affirme que la campagne de pression populaire se poursuivra tant que l'entreprise n'aura pas coupé tous ses liens avec l'industrie militaire israélienne. Une logistique controversée via Rotterdam Cette polémique s'inscrit dans un contexte de révélations récentes sur la logistique européenne de l'armement. Un reportage publié en mai 2025 par Al Jazeera, intitulé « La chaîne des cargaisons de la mort », avait mis en lumière le rôle du port de Rotterdam, aux Pays-Bas, dans le transit de pièces d'armement à destination d'Israël, notamment des éléments des F-35. Et ce, malgré une décision de justice néerlandaise interdisant formellement l'exportation de ces composants vers Israël. La plateforme portuaire hollandaise continuerait à jouer un rôle central dans l'acheminement des cargaisons sensibles, selon l'enquête journalistique. Mærsk se défend, mais reconnaît un lien indirect Interrogée par Al Jazeera, Mærsk a rappelé qu'elle applique une politique stricte de non-transport d'armes ou de munitions vers les zones de conflit actif. L'entreprise affirme effectuer des contrôles renforcés dans les régions sensibles, y compris en Israël et dans les territoires palestiniens. Cependant, la filiale américaine de l'entreprise, Maersk Line Limited, continue de participer indirectement à la chaîne d'approvisionnement mondiale du programme F-35, un fait que l'entreprise reconnaît, tout en soulignant qu'il s'agit d'une implication parmi d'autres dans un système logistique global. Pressions internationales en augmentation Cette décision de retrait partiel intervient alors que les critiques internationales contre les entreprises soutenant l'occupation israélienne s'intensifient. L'Espagne, par exemple, a interdit en 2024 l'accès à ses ports aux navires de Mærsk transportant du matériel militaire destiné à Israël. D'autres Etats et ONG exigent davantage de transparence et de conformité au droit international de la part des opérateurs du commerce mondial. La mobilisation coordonnée par le PYM montre que les mouvements citoyens sont désormais capables de peser sur les décisions de grandes entreprises internationales, en exposant leurs engagements jugés contraires à l'éthique et en les reliant aux réalités du conflit israélo-palestinien. La décision de Mærsk, bien qu'incomplète selon ses détracteurs, marque un précédent dans la remise en question du rôle logistique des grandes entreprises dans les conflits armés. Elle pourrait ouvrir la voie à une redéfinition des pratiques du secteur du transport maritime, de plus en plus scruté sur ses implications éthiques et géopolitiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!