Le président de l'université publique de Virginie, Jim Ryan, a annoncé sa démission ce vendredi, à la suite de pressions directes de l'administration Trump, dans ce qui apparaît comme un nouvel épisode de la guerre culturelle que le président américain mène contre les établissements d'enseignement supérieur qu'il juge trop progressistes. Selon le New York Times, qui a révélé l'affaire, le ministère de la Justice américain aurait secrètement demandé le départ de Jim Ryan, en échange de l'arrêt d'une enquête portant sur les programmes de diversité, équité et inclusion (DEI) de l'université. En toile de fond, la menace de couper des centaines de millions de dollars de financement fédéral à l'établissement, l'un des plus prestigieux du pays. Un président poussé vers la sortie malgré un bilan salué Dans un communiqué officiel publié vendredi, Jim Ryan a expliqué qu'il ne pouvait pas, seul, engager l'université dans un bras de fer avec le gouvernement fédéral pour préserver sa fonction. « Rester en poste en exposant l'université à un risque de suppression de financement ne serait pas seulement irréaliste, ce serait égoïste. » Il a souligné que ce choix, bien que difficile, visait à protéger les centaines d'employés, chercheurs et étudiants qui auraient pu perdre emplois, bourses ou visas. Jim Ryan était connu pour ses efforts en faveur d'un campus plus représentatif, en particulier l'accueil des étudiants dits de "première génération", issus de familles sans antécédents universitaires. Un engagement qui a irrité une partie des anciens élèves conservateurs, selon plusieurs médias américains. Une guerre culturelle aux conséquences institutionnelles La réaction politique n'a pas tardé. Les sénateurs démocrates de Virginie, Mark Warner et Tim Kaine, ont dénoncé une décision « honteuse » : « C'est inacceptable qu'un président d'université mondialement reconnu soit contraint à la démission à cause de querelles idéologiques montées de toutes pièces. » Depuis plusieurs mois, Donald Trump multiplie les attaques contre les universités américaines, accusées d'entretenir un « endoctrinement gauchiste ». Les programmes DEI sont devenus des cibles prioritaires de cette croisade, car ils visent à corriger les inégalités raciales et sociales dans l'accès à l'enseignement supérieur. Un précédent qui inquiète le monde académique Pour de nombreux spécialistes de l'enseignement supérieur aux Etats-Unis, cette affaire pourrait créer un dangereux précédent : « La démission de Ryan signale que désormais, pour diriger une université publique, il faudra être aligné politiquement avec les gouverneurs ou la Maison-Blanche », a alerté un analyste dans les colonnes du Washington Post. D'autres établissements publics pourraient donc à leur tour se retrouver sous surveillance politique, surtout ceux qui dépendent massivement de subventions fédérales. Ainsi, la démission forcée du président de l'université de Virginie met en lumière une nouvelle instrumentalisation politique du monde universitaire aux Etats-Unis. En s'attaquant à des initiatives d'inclusion devenues standards dans de nombreuses universités, l'administration Trump affiche sa volonté de redéfinir les contours idéologiques de l'enseignement supérieur. Une évolution qui pourrait avoir des conséquences durables sur l'autonomie des institutions publiques, et au-delà, sur l'accès équitable au savoir. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!