Une nouvelle salve de droits de douane américains plane sur l'économie française. En l'absence d'un accord commercial entre Bruxelles et Washington d'ici le 9 juillet 2025 — ou un éventuel report à septembre — Donald Trump menace d'imposer des tarifs punitifs allant de 20 à 50 % sur plusieurs produits phares des exportations européennes, dont les vins et spiritueux, les cosmétiques et la maroquinerie. Selon une étude publiée ce lundi par le cabinet Asterès, les conséquences seraient « catastrophiques » pour l'économie française, avec 17 000 à 45 000 emplois menacés, selon le niveau des surtaxes appliquées. Trois secteurs français dans la ligne de mire Les trois secteurs ciblés représentent ensemble près de 19 % des exportations françaises vers les Etats-Unis. D'après Asterès, ils sont aussi les plus excédentaires commercialement vis-à-vis de Washington : * 3,8 milliards d'euros d'excédent pour les boissons alcoolisées, * 2,4 milliards pour les cosmétiques et produits d'entretien, * 2,2 milliards pour la maroquinerie et le cuir. À 20 % de droits de douane, les exportations chuteraient de 11 %, entraînant la perte de plus de 17 000 emplois, dont 4 300 directs. Dans le détail : * 8 000 postes supprimés dans les vins et spiritueux, * 5 300 dans les cosmétiques, * 3 900 dans la maroquinerie. Dans un scénario plus sévère, avec des droits grimpant à 50 %, ce sont 45 000 emplois qui disparaîtraient, pour 2,5 milliards d'euros d'exportations perdues. L'économiste Nicolas Bouzou, qui a contribué à l'étude, alerte sur un impact territorial profond et socialement déstabilisant, en particulier dans les régions rurales où ces filières sont souvent ancrées. Une stratégie européenne à revoir ? Face à cette menace, l'étude recommande la prudence stratégique. Selon Asterès, une politique de représailles commerciales serait contre-productive. Le cabinet appelle l'Union européenne à renoncer aux mesures de rétorsion et à soutenir activement les secteurs menacés, notamment via des fonds de compensation, des aides à la diversification des marchés, et un renforcement de la coopération commerciale avec d'autres partenaires stratégiques. D'autant plus que l'impact économique serait aussi, voire davantage, douloureux pour les Etats-Unis. D'après les travaux du think tank Bruegel, une guerre commerciale entraînerait des pertes de 51 milliards de dollars pour les Etats-Unis en un an, soit 0,27 % de leur PIB, avec une projection de -6 % de croissance et -5 % sur les salaires à long terme. « Les Etats-Unis mènent une politique imbécile. Ne répliquons pas par une autre politique imbécile », avertit Nicolas Bouzou, pointant du doigt la tentation de certains Etats membres de répondre par l'escalade. Analyse : La menace douanière américaine, bien que ciblée, révèle une fracture structurelle dans les relations commerciales transatlantiques. L'Europe, et notamment la France, doivent désormais repenser leur position de dépendance aux marchés américains. Trois leviers stratégiques peuvent être envisagés : 1. Diversification commerciale urgente : les filières les plus exposées (vins, cosmétiques, cuir) doivent renforcer leur présence en Asie, en Afrique et en Amérique latine, pour réduire leur vulnérabilité à un seul partenaire, aussi stratégique soit-il. 2. Intégration européenne renforcée : face à la pression bilatérale exercée par Washington, seule une réponse unifiée de l'UE, fondée sur la coordination des politiques industrielles et commerciales, peut rétablir un rapport de force équilibré. 3. Soutien ciblé à la montée en gamme et à l'innovation : pour amortir le choc à moyen terme, les pouvoirs publics doivent investir dans la valeur ajoutée de ces filières, en misant sur l'identité de marque, la traçabilité, le développement durable, et l'accès facilité aux financements pour l'export. Enfin, cette crise potentielle pourrait servir d'électrochoc positif : relancer la diplomatie économique européenne, assainir les dépendances héritées, et replacer l'autonomie stratégique de l'Europe au cœur du débat. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!