Le débat sur la définition officielle de l'islamophobie au Royaume-Uni prend une tournure de plus en plus polémique. Une nouvelle initiative menée par le gouvernement travailliste britannique, via la création d'un groupe de travail sur la haine anti-musulmane, fait craindre un possible recul de la liberté d'expression, notamment en matière de critique des religions. Cette initiative, pilotée par la vice-première ministre Angela Rayner, a été vivement critiquée par plusieurs organisations, dont la Free Speech Union (FSU). Dans une lettre adressée au gouvernement, l'ONG alerte sur les risques d'un encadrement excessif du discours public lié à l'islam, perçu comme une dérive vers une forme moderne de loi anti-blasphème. Un groupe consultatif jugé partisan et opaque Le groupe de travail est dirigé par Dominic Grieve KC, ancien député conservateur et ex-procureur général, et composé d'au moins cinq membres – dont la majorité sont ouvertement favorables à la définition de l'islamophobie proposée par le All-Party Parliamentary Group (APPG) sur les musulmans britanniques en 2018. Cette définition, toujours contestée dans les milieux juridiques et universitaires, décrit l'islamophobie comme étant « enracinée dans le racisme et visant des expressions de la musulmanité réelle ou perçue ». Cette conception est jugée problématique par plusieurs observateurs, car elle confond la critique des croyances avec des attaques contre des personnes, brouillant ainsi la frontière juridique entre liberté d'opinion et discours de haine. Le mode de fonctionnement du groupe de travail renforce les soupçons : ses délibérations resteront confidentielles, en contradiction avec les standards de transparence attendus des organismes publics britanniques. De plus, les consultations menées pour définir l'islamophobie auraient été biaisées, selon la FSU, avec un appel à témoignages passé quasiment inaperçu et restreint à des cercles idéologiquement favorables à l'initiative. Le Public Order Act de 1986, modifié par le Waddington Amendment, garantit explicitement que la critique d'une religion ne constitue pas en soi une infraction pénale. Il protège « la discussion, la critique ou l'expression d'antipathie, de mépris, de ridicule ou d'abus envers des religions ou les croyances et pratiques de leurs adeptes ». Pour les défenseurs de la liberté d'expression, cela risquerait de museler les débats sur l'extrémisme religieux, les problèmes d'intégration, voire certaines pratiques culturelles controversées, par crainte d'accusations d'islamophobie. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!