Longtemps perçu depuis la Tunisie comme un eldorado de l'emploi pour les jeunes diplômés et les professionnels qualifiés, le marché du travail québécois semble aujourd'hui refermer certaines de ses portes. À l'image du reste du Canada, la province fait face à une conjoncture économique défavorable et à une reconfiguration de ses priorités, impactant particulièrement les nouveaux arrivants et les jeunes en début de carrière. Le taux de chômage au Canada a atteint 7 %, tandis que le Québec s'en sort relativement mieux avec un taux de 5,8 % . Toutefois, le nombre de postes vacants dans la province a chuté de 254 000 début 2022 à 121 000 fin 2024, d'après l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) . Trois facteurs expliquent ce recul : 1. Inflation stabilisée : les entreprises repoussent leurs campagnes d'embauche. 2. Guerre tarifaire avec les Etats-Unis : elle fragilise déjà une croissance ralentie depuis 2024. 3. Climat d'incertitude : à en croire Yves Chochard, directeur de l'Observatoire compétences‐emplois, « on repousse [...] les investissements et on évite peut‐être d'embaucher... » . Parallèlement, l'augmentation de la population active – principalement due à l'immigration – a élargi l'offre de main‐d'œuvre, pendant que les postes disponibles étaient en diminution . Selon l'économiste Simon Savard, sans cette immigration, le vieillissement démographique entraînerait une pénurie plus marquée. Face à ce constat, le gouvernement du Québec a lancé des consultations pour réduire ses seuils d'immigration et suspendre plusieurs programmes. Les jeunes diplômés plus exposés au chômage Les jeunes diplômés (baccalauréat et plus) connaissent désormais un taux de chômage supérieur à la moyenne, une tendance inverse à celle d'avant 2021-2022 . Cette hausse s'explique par : * Retards de remplacement : les départs à la retraite ne se traduisent pas systématiquement par des recrutements ; * Choix stratégiques : certains diplômés préfèrent patienter ou poursuivre leurs études pour éviter un "job mal assorti" ; * Automatisation : l'intelligence artificielle et l'automatisation grignotent les emplois d'entrée de carrière . La fin de la pénurie, place aux tensions sectorielles Selon Simon Savard, la pénurie généralisée observée en 2021-2022 est terminée, même si des pénuries sectorielles persistent . Un récent sondage mené auprès des entreprises québécoises révèle que 25 % d'entre elles ont du mal à recruter des employés qualifiés, et 20 % subissent une pénurie de main‐d'œuvre . Les régions, notamment hors agglomération montréalaise, sont particulièrement touchées : * Métiers spécialisés en tension (soudage, mécanique, électricité...) ; * Plus de postes vacants dans les secteurs de : o soins infirmiers (infirmier autorisé et infirmier autorisé psychiatrique) ; o restauration (serveur au comptoir, aide de cuisine, personnel de soutien) ; o commerce de détail (vendeur). L'économiste principal de l'IDQ rappelle que les diplômes conservent une valeur certaine. Ils facilitent la mobilité professionnelle et rendent les diplômés plus résilients face aux cycles économiques. Analyse pour les candidats tunisiens 1. Choisir des formations à fort débouché régional Les métiers spécialisés et techniques – en santé, restauration, commerce – sont toujours en demande. Se former dans l'un de ces domaines peut faciliter l'insertion. 2. Préparation adéquate avant l'arrivée Connaître les réalités du marché local, obtenir les équivalences de diplôme et commencer à nouer un réseau professionnel (LinkedIn, associations diaspora, etc.). 3. Flexibilité géographique et sectorielle Les régions hors Montréal offrent des opportunités, mais nécessitent souvent plus de mobilité. Être prêt à accepter un poste dans une autre région peut ouvrir des portes. 4. Acquérir des compétences complémentaires Maitrise de l'anglais (et du français québécois), certifications professionnelles, et même des compétences numériques ou en gestion peuvent vous distinguer. 5. Cette stratégie prend tout son sens si vous souhaitez vous implanter dans un environnement où l'offre d'emploi est plus exigeante : être mobile, polyvalent et formé devient un avantage décisif. Ainsi, en 2025, le marché du travail québécois présente à la fois des difficultés et des opportunités. Le resserrement général masque des poches de tension où la demande structurelle reste forte. Pour les candidats tunisiens, la clé réside dans une préparation ciblée, une adaptabilité géographique et sectorielle, et une montée en compétences réfléchie. Une approche stratégique couplée à une bonne connaissance du terrain maximise vos chances de réussite. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!