Le débat sur l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël a mis en lumière un fossé grandissant entre les déclarations publiques du président Emmanuel Macron et le positionnement parlementaire de sa majorité. Lors d'une réunion de la Commission des affaires européennes à l'Assemblée nationale, la résolution proposée par La France insoumise (LFI), qui visait à suspendre l'accord UE–Israël, a été vidée de sa substance par un amendement de suppression adopté à la majorité. Ce vote révèle une ambivalence stratégique de l'exécutif français face au conflit israélo-palestinien. Un texte porté par LFI et rejeté en commission La résolution, portée par la députée Clémence Guetté (LFI), visait à dénoncer et suspendre l'accord d'association entre l'UE et Israël, dans le contexte de la guerre à Gaza. Ce texte s'appuyait sur l'article 2 de l'accord, qui stipule que son maintien est conditionné au respect des droits de l'homme et des principes démocratiques. La résolution appelait la France à : * Suspendre l'accord en attendant un cessez-le-feu à Gaza. * Soutenir une commission d'enquête internationale indépendante. * Initier un débat au sein du Conseil européen. Mais cette proposition a été neutralisée par un amendement de suppression introduit par Caroline Yadan, députée apparentée à la majorité présidentielle, représentant les Français de l'étranger (Grèce et Israël). L'amendement a été adopté par 25 voix pour et 15 contre, notamment avec le soutien des groupes Renaissance, Les Républicains, le Rassemblement national et Divers droite. Seuls les groupes LFI, GDR (PCF), EELV et PS ont voté contre l'amendement, sans parvenir à faire barrage. À noter que le Parti socialiste, tout en votant contre la suppression en commission, a annoncé son intention de s'abstenir lors du vote final. De leur côté, les députés écologistes ont proposé un texte alternatif plus modéré, visant à exprimer des préoccupations humanitaires et diplomatiques sans aller jusqu'à une suspension formelle. Ce compromis a également été rejeté. Contradiction entre le discours d'Emmanuel Macron et l'action de sa majorité Ce vote parlementaire apparaît en contradiction frontale avec les déclarations officielles du président Macron, qui, depuis octobre 2023, a plusieurs fois exprimé : * Sa préoccupation face à l'ampleur des frappes israéliennes sur Gaza. * Son soutien à un cessez-le-feu immédiat et à un accès humanitaire sans entrave. * Sa volonté de faire respecter le droit international et d'œuvrer pour une paix juste fondée sur deux Etats. Pourtant, aucun acte concret de sanction ou de révision des accords bilatéraux avec Israël n'a été engagé par la France. Le rejet de cette résolution, même dans une version atténuée, traduit donc un refus de transformer les principes en mesures diplomatiques concrètes. Silence sur les droits humains, solidarité à géométrie variable La résolution s'appuyait pourtant sur des violations largement documentées du droit international : * Plus de 37 000 morts à Gaza selon les autorités sanitaires palestiniennes. * Des bombardements ayant touché des hôpitaux, écoles et camps de réfugiés. * Des enquêtes ouvertes par la Cour pénale internationale et des résolutions onusiennes appelant à la fin des opérations militaires. Malgré cela, la majorité présidentielle a refusé de reconnaître ces éléments comme justifiant une suspension de l'accord d'association, mettant en lumière un usage sélectif de la diplomatie des droits humains. Analyse : la France prise entre diplomatie morale et réalpolitik Le traitement de cette résolution à l'Assemblée révèle plusieurs lignes de tension dans la stratégie française : 1. Un double langage assumé ? Le président Macron adopte une posture morale sur la scène internationale, notamment à destination des pays arabes, tout en préservant ses alliances traditionnelles avec Israël et les Etats-Unis. Ce décalage affaiblit la crédibilité de la diplomatie française, en particulier dans le monde arabo-musulman. 2. Eviter de légitimer la gauche radicale ? Le rejet du texte pourrait aussi s'expliquer par une volonté de ne pas accorder une victoire politique à LFI, en pleine recomposition des blocs parlementaires. Ce calcul politique prévaut parfois sur le fond des questions internationales. 3. Pressions géopolitiques et européennes La France évolue dans un environnement diplomatique où les sanctions contre Israël restent marginales. Soutenir une suspension de l'accord UE–Israël isolerait Paris au sein de l'Union, ce que la majorité cherche à éviter. 4. Un signal brouillé à l'électorat musulman français Cette absence de clarté sur la question palestinienne peut renforcer un sentiment de méfiance ou d'abandon chez une partie de la population issue de l'immigration, en particulier dans les quartiers populaires. 5. La diplomatie des droits humains en perte d'autorité En refusant de sanctionner des violations documentées du droit international, Paris fragilise son image de gardien du multilatéralisme, et cède progressivement à une logique de diplomatie utilitariste, au risque d'y perdre en influence morale. Ainsi, la gestion du vote sur la résolution visant à suspendre l'accord UE–Israël a mis en lumière les contradictions profondes de la diplomatie française. Entre grands discours humanitaires et votes parlementaires de blocage, l'écart se creuse. Si la France veut préserver son rôle de médiateur crédible et fidèle à ses engagements en faveur du droit international, elle devra tôt ou tard aligner sa parole politique avec ses actes législatifs. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!