C'est toujours ainsi quand un pays, jusqu'au sommet de l'Etat, le président de la République, se contorsionne, va dans une direction puis se renie, fait un pas en avant puis deux en arrière. Les Français ne peuvent pas avoir un cap clair sur le lancinant problème israélo-palestinien parce que leurs dirigeants n'en ont pas. Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, lui-même s'emmêle les pieds dans ses revirements. Comment voulez-vous que le reste de l'attelage ne soit pas pris dans le même tourbillon. Mais cette fois c'est beaucoup plus grave qu'un problème de positionnement pour ne fâcher personne (ni l'Etat hébreu ni les Palestiniens et leurs soutiens arabes), pour ménager la chèvre et le chou : les députés français ont carrément piétiné le Droit international. Réunis en commission des Affaires européennes, les élus français ont retoqué hier mercredi 2 juillet un amendement qui enjoignait les pays européens – dont la France – de se plier aux décisions de la Cour pénale internationale (CPI). Il s'agissait juste de leur rappeler une évidence : l'application stricte du mandat d'arrêt émis par la CPI contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu si d'aventure il foulait le sol européen. Netanyahu est traqué pour des crimes de guerre à Gaza, rappelons-le. A noter que cet amendement était un des points du texte mis sur la table par la députée de la France insoumise (LFI) Clémence Guetté, dont le principal but était de faire voter le gel de l'accord d'association entre l'Union européenne (UE) et Israël. Mais voilà, les Républicains (LR, la droite), Renaissance (le camp présidentiel) et le Rassemblement national (RN) ont rejeté la proposition dans sa globalité… Le RN (extrême droite) dont la cheffe de file, Marine Le Pen, a défendu ouvertement tous les actes signés par l'armée israélienne, même les pires. «Votre vote est une honte (…). Je pense que vous ne mesurez pas la gravité de ce que vous venez de voter. La France est engagée devant la CPI. Vous vous faites une piètre idée de votre mandat», s'est emportée Guetté. «Je suis estomaqué. C'est scandaleux», a embrayé le coordinateur de LFI Manuel Bompard. «Le respect de la CPI et du statut de Rome sont dans la Constitution française depuis une décision de Jacques Chirac à la fin des années 1990. Des députés, dont certains sont d'anciens ministres, ne prennent même pas position pour appuyer les décisions de la CPI», a-t-il ajouté. «C'est extrêmement grave (…). On vient de voter le fait que la France ne respecte plus la CPI. Il faudra retenir ce vote comme étant une bascule grave», a commenté l'élue écologiste Sabrina Sebaihi. Les députés qui ont fait capoter la résolution ont fait profil bas, ils n'ont pas jugé utile de s'exprimer après le torpillage en règle du Droit international. L'élue de la Macronie Caroline Yadan (députée des Français de l'étranger, dont ceux résidant en Israël) s'est bornée à dire «qu'en avril dernier, la CPI a infligé un désaveu discret mais profond à sa propre institution» en «annulant ses poursuites contre les responsables israéliens»… Une contre-vérité que Mme Yadan (sa famille est originaire de la Tunisie et de la Pologne) n'est pas allée chercher bien loin, elle a repris un article de Franc-Tireur. Quelques secondes à peine après cette affirmation Mme Guetté l'a démentie publiquement : «Ce que vient de dire Caroline Yadan est tout simplement faux. La Cour d'appel a, dans un deuxième temps, confirmé les mandats d'arrêt contre Netanyahu et ses ministres». Et puis s'il n'avait rien à craindre pourquoi il a fait un détour de 400 kilomètres en revenant de Washington ? Mais quoi qu'il en soit la messe sur Netanyahu a été dite depuis novembre 2024, par le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot. Sa parole engage celle du président Macron. Barrot a dit qu'il n'est pas question d'inquiéter le Premier ministre israélien s'il met les pieds en France. Pourtant même la présidente du Parlement, de confession juive (comme Mme Yadan) et qui en a beaucoup fait pour Israël – beaucoup trop -, a rappelé les obligations internationales de la France… Rappelons également que le chef de l'Etat, face aux crimes de guerre massifs commis à Gaza, avait déclaré en octobre 2024 qu'il faut cesser d'armer Israël, ce que bien entendu les faits ne vérifient pas. C'est ça le Macronisme : le fameux « En même temps ». En même temps le problème est européen. Le député du Parti socialiste Philippe Brun, qui déplore un vote «particulièrement inquiétant» des macronistes, de LR et du RN, rappelle que Netayanhu a pu aller tranquillement en Hongrie début avril dernier. Il y a passé 4 jours, à l'invitation du Premier ministre Viktor Orbán, qui s'est assis sur le mandat d'arrêt de la CPI alors que son pays en était membre… Netanyahu, pour rappel, qui a emprunté l'espace aérien français en allant chez Orbán. Mais la France n'est pas la seule à verser dans la compromission, l'Allemagne, lestée par le poids de l'histoire (le nazisme et l'Holocauste), fait encore pire. C'est aussi ça l'UE : un naufrage des Droits humains, à tous les niveaux, sous la poussée de la droite et de l'extrême droite, et en face le rang des opposants se dépeuple.
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