Les disparités de prix alimentaires en Europe ne cessent de susciter l'intérêt, notamment dans un contexte mondial marqué par l'inflation, la guerre en Ukraine et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement. Le dernier rapport publié par Eurostat pour l'année 2024 permet de dresser un classement instructif sur le coût des denrées alimentaires et boissons non alcoolisées dans 36 pays européens. Basé sur un indice comparatif où la moyenne de l'Union européenne (UE) est fixée à 100, ce classement met en lumière les écarts significatifs de pouvoir d'achat sur le continent. Classement 2024 des prix alimentaires en Europe (base UE = 100) Rang Pays Indice 1 Islande (EFTA) 144 2 Suisse (EFTA) 131 2 Norvège (EFTA) 131 4 Luxembourg 125 5 Danemark 120 6 Irlande 115 7 Autriche 111 8 France 110 9 Finlande 110 10 Malte 112 11 Suède 106 12 Estonie 106 13 Grèce 106 14 Belgique 105 15 Lettonie 105 16 Croatie 104 17 Allemagne 103 18 Italie 102 19 Portugal 102 20 Lituanie 101 21 Slovénie 100 21 Albanie (candidat) 100 23 Pays-Bas 99 24 Serbie (candidat) 96 25 Espagne 95 25 Hongrie 95 27 Monténégro (candidat) 84 28 Slovaquie 83 28 Bosnie-Herzégovine (candidat) 83 30 Bulgarie 89 31 République tchèque 89 32 Pologne 87 33 Turquie (candidat) 77 34 Roumanie 76 35 Macédoine du Nord (candidat) 73 Que révèle ce classement ? Les pays nordiques et ceux hors UE comme la Suisse, la Norvège ou l'Islande se situent largement au-dessus de la moyenne. L'Islande, avec un indice de 144, détient le record européen, soit des prix alimentaires 44 % plus chers que la moyenne UE. À l'opposé, la Macédoine du Nord (73), la Roumanie (76) et la Turquie (77) affichent des niveaux de prix nettement inférieurs, rendant l'alimentation plus accessible en apparence, bien que les salaires y soient également plus bas. La France (110) se classe en zone haute, reflétant un marché alimentaire à la fois diversifié et coûteux, impacté par des facteurs comme les coûts de production, la fiscalité et les standards de qualité. Analyse : ce que cela signifie pour la Tunisie Ce classement, bien que centré sur l'Europe, peut être utilement exploité dans une lecture comparée pour notre pays = la Tunisie, fortement exposé aux importations et à l'évolution des prix mondiaux. 1. Positionnement stratégique En l'absence d'un classement similaire pour la Tunisie, on peut estimer que le pays se situerait entre la Turquie et les pays des Balkans, soit autour d'un indice entre 75 et 85, selon les catégories de produits. Cela pourrait faire de la Tunisie un marché attractif pour les consommateurs européens, en particulier dans le cadre du tourisme médical, alimentaire ou balnéaire. 2. Opportunités commerciales Les entreprises tunisiennes peuvent tirer parti de ces écarts de prix pour développer des exportations ciblées (huile d'olive, dattes, produits bio) vers les marchés haut de gamme européens, notamment en France, Allemagne et pays nordiques. 3. Souveraineté alimentaire et inflation En revanche, ce classement rappelle aussi la vulnérabilité des pays importateurs nets comme la Tunisie face à l'inflation importée. Avec une forte dépendance aux céréales, au lait et aux huiles, toute hausse dans les pays exportateurs européens affecte directement le panier de la ménagère tunisienne. 4. Le rôle du dinar et des politiques publiques Un dinar faible renforce le coût d'importation des denrées, alors que les subventions ne parviennent plus à contenir la spirale inflationniste. Une réflexion stratégique sur la relocalisation partielle de la production, l'appui aux filières agricoles locales et une meilleure gestion des stocks nationaux devient indispensable. Recommandation : la betterave sucrière est une solution stratégique pertinente La culture de la betterave sucrière est une solution stratégique pertinente par rapport aux point 3 et 4 de l'analyse (réduire la dépendance alimentaire et renforcer la souveraineté nationale et relocaliser partiellement de la production), notamment pour les raisons suivantes : Avantages de la betterave sucrière : 1. Substitution aux importations de sucre : o Le sucre est l'un des produits alimentaires les plus importés en Tunisie et dans plusieurs pays d'Afrique du Nord. o La culture de la betterave permettrait de produire du sucre localement et donc de réduire la facture d'importation. 2. Résilience face aux fluctuations mondiales : o Elle protège des hausses de prix sur le marché international, en particulier en cas de crise mondiale ou de conflit commercial. 3. Bonne adaptation au climat semi-aride : o La betterave est plus résistante à la sécheresse que d'autres cultures sucrières comme la canne à sucre. o Elle peut être cultivée en rotation avec d'autres cultures stratégiques. 4. Création d'une filière agro-industrielle locale : o Transformation locale du sucre → création d'emplois → développement régional. o Opportunités d'exportation en cas de surproduction. 5. Utilisation des sous-produits : o Pulpe et feuilles de betterave peuvent être utilisées en alimentation animale ou comme engrais naturel. Ainsi, ce classement européen est bien plus qu'un simple comparatif. Il souligne l'importance pour la Tunisie de repenser ses politiques agricoles, commerciales et monétaires pour garantir un accès durable et équitable à l'alimentation, tout en valorisant sa position de carrefour entre Europe, Méditerranée et Afrique. Et la betterave sucrière s'inscrit parfaitement dans une stratégie de relocalisation productive et de renforcement de la souveraineté alimentaire, tout en permettant de limiter les effets de l'inflation importée, dans un contexte où les prix des produits alimentaires explosent au niveau mondial. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!